« IL N’EST PAS POS­SIBLE D’AP­PLI­QUER DES CRI­TÈRES ET DES NORMES QUI DATENT DE TREIZE SIÈCLES »

Historia - - Événement Exclusif -

L’élite prit conscience aux XVIIIE et XIXE siècles que les peuples qui oc­cu­paient cette ré­gion du globe som­braient dans la ré­gres­sion après avoir connu la gran­deur, la puis­sance et la gloire, qu’ils ré­tro­gra­daient, après avoir été à la pointe du pro­grès. Leur dé­ca­dence n’était pas un fait ac­ci­den­tel ou pas­sa­ger, mais un phé­no­mène conti­nu à tra­vers la suc­ces­sion des siècles, qui a fi­ni par les li­vrer aux convoi­tises des im­pé­ria­lismes, à l’ex­ploi­ta­tion et à l’hu­mi­lia­tion de la ser­vi­tude. Dans les té­nèbres de ces siècles, l’élite pen­sante s’est pré­oc­cu­pée de re­cher­cher les causes de cette ser­vi­tude. Y avait-il quelque chose de chan­gé dans la na­ture de l’homme ? Ceux qui ployaient sous le joug de l’im­pé­ria­lisme étaient-ils dif­fé­rents des an­cêtres qui avaient conquis le monde ? Ces causes de­vaient né­ces­sai­re­ment pré­sen­ter un cer­tain ca­rac­tère d’uni­ver­sa­li­té, qui, chez les peuples éloi­gnés par la géo­gra­phie et le cli­mat, pro­dui­sait les mêmes ef­fets : fai­blesse, im­mo­bi­lisme, lé­thar­gie et mort lente. Cet ef­fort d’ana­lyse abou­tit à la conclu­sion qu’il fal­lait ré­for­mer les struc­tures. Sur la na­ture des ré­formes, ce­pen­dant, de­vaient ap­pa­raître les di­ver­gences.

Une fausse so­lu­tion : re­tour aux sources de l’is­lam

Au XVIIIE siècle, on avait ten­dance à ex­pli­quer la dé­ca­dence consta­tée par le fait que l’on s’était écar­té des prin­cipes re­li­gieux. Les pays mu­sul­mans étaient forts dans les pre­miers temps de l’is­lam. C’est donc qu’il fau­drait re­ve­nir à la pu­re­té des pre­miers âges. Des ten­dances se ma­ni­fes­tèrent dans ce sens. Des sectes ap­pa­rurent, comme la secte wah­ha­bite, qui, ani­mées par un pu­ri­ta­nisme ex­ces­sif, prêchent le re­tour aux sources. Est sys­té­ma­ti­que­ment dé­non­cé comme hé­ré­sie tout ce que qui n’était pas connu du temps du Pro­phète et des pre­miers ca­lifes de l’is­lam. Ce qui im­pli­quait de re­ve­nir au mode de vie et de pen­sée en vi­gueur il y a mille trois cents ans. Cette ten­dance n’a pas don­né de ré­sul­tats. Elle a pu s’im­plan­ter et se dé­ve­lop­per dans cer­taines ré­gions du monde mu­sul­man et dans la pres­qu’île arabe. Mais, pour peu qu’on y ré­flé­chisse, on s’aper­ce­vra ai­sé­ment qu’elle n’avait au­cune chance d’ou­vrir de nou­velles pers­pec­tives de gran­deur à ses adeptes. C’est qu’il n’est pas pos­sible de re­ve­nir en ar­rière, ni d’avan­cer à contre-cou­rant. Il n’est pas pos­sible d’ap­pli­quer aux don­nées ac­tuelles, ma­té­rielles ou in­tel­lec­tuelles, des cri­tères et des normes qui datent de treize siècles. Le dé­ca­lage est en­core ac­cen­tué par l’évo­lu­tion et les pro­grès des autres peuples, no­tam­ment en Eu­rope. C’est dire que ce genre de ré­for­misme ne pou­vait at­teindre son ob­jec­tif, ce­lui de rat­tra­per le cor­tège de la ci­vi­li­sa­tion et de se frayer éven­tuel­le­ment une place à sa tête. Une autre gé­né­ra­tion de ré­for­ma­teurs est ap­pa­rue à la fin du XIXE siècle. Ap­par­te­nant à la gé­né­ra­tion du dé­but du XXE siècle, j’ai pu dis­cer­ner per­son­nel­le­ment l’em­preinte de l’oeuvre et de l’époque. Pour ces nou­veaux ré­for­ma­teurs, la cause de la dé­ca­dence ré­side dans les entraves et les chaînes qui étouffent la rai­son de l’homme. En­chaî­née, l’in­tel­li­gence n’est plus en me­sure de rem­plir sa fonc­tion na­tu­relle. Elle su­bit la même contrainte dans deux do­maines étroi­te­ment liés : le spi­ri­tuel et le tem­po­rel. » u

À CONTRE-COU­RANT. Des pé­le­rins à La Mecque fai­sant le tour de la Kaa­ba, tou­chée et em­bras­sée au pas­sage. De l’ido­lâ­trie, se­lon Bourguiba.

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