Un long mé­trage à hau­teur d’hommes

Historia - - Événement Cinéma - His­to­ria n° 847 / Juillet-août 2017

Tour­né en grande par­tie sur les plages de Dun­kerque au printemps 2016, le film de Ch­ris­to­pher No­lan, réa­li­sa­teur de la tri­lo­gie Bat­man ou d’ In­ters­tel­lar , est moins un film de guerre qu’une oeuvre sur l’expérience de la guerre. L’his­toire se veut à hau­teur d’hommes, ra­con­tée de trois points de vue : l’air (les avions), la terre (sur la plage) et la mer (l’éva­cua­tion par la ma­rine). Han­té par l’image des files de sol­dats sur la je­tée Est, le Bri­tan­nique a ren­con­tré le der­nier vé­té­ran de l’opé­ra­tion « Dy­na­mo », Vic Vi­ner, dé­cé­dé en sep­tembre 2016. Pour No­lan, cette ba­taille est un mo­ment dé­ci­sif du conflit : « Si cette éva­cua­tion n’avait pas été un suc­cès, la Gran­de­Bre­tagne au­rait été obli­gée de ca­pi­tu­ler. » Sa vi­sion d’une dé­faite mi­li­taire mais d’une vic­toire hu­maine s’ins­crit dans la tra­di­tion an­glo-saxonne, qui voit dans « Dy­na­mo » l’ori­gine de la ré­so­lu­tion des An­glais à lut­ter jus­qu’au bout. Avant lui, Les­lie Nor­man s’y était es­sayé ( Dun­kerque , 1958), s’in­té­res­sant en par­ti­cu­lier aux des­tins des pro­prié­taires des lit­tle ships ve­nus ai­der à l’em­bar­que­ment des tom­mies. La dua­li­té dé­faite-vic­toire de la tra­di­tion an­glo-saxonne (dans la­quelle la pré­sence des sol­dats fran­çais est ré­duite à presque rien) s’op­pose à celle pré­sen­tée par Hen­ri Ver­neuil dans Week-end à Zuyd­coote (1964), avec Jean-paul Bel­mon­do, ti­ré du ro­man de Robert Merle (prix Gon­court 1949), lui-même fait prisonnier à Dun­kerque. Ici, rien d’hé­roïque, mais une vi­sion as­sez noire de sol­dats dé­pas­sés par le sens du conflit. Deux ap­proches dif­fé­rentes qui tra­duisent à leur ma­nière la place de la ba­taille dans les mé­moires an­glaise et fran­çaise – dé­but pour les uns, dé­but de la fin pour les autres… C. A.

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