« NOUS RÉÉCRIVONS LES HIS­TOIRES DE NOS RÉ­GIONS ET PAR­TA­GEONS UN PA­TRI­MOINE COM­MUN »

Historia - - Dossier - Propos re­cueillis par Guillaume Ma­lau­rie et Éric Pincas

HIS­TO­RIA – Long­temps, les ar­chéo­logues ont sem­blé can­ton­nés à une mis­sion sup­plé­tive : illus­trer et com­plé­ter les sources do­cu­men­taires des historiens. Or, avec l’évo­lu­tion des tech­niques et de la lé­gis­la­tion sur les fouilles, l’ar­chéo­lo­gie s’éman­cipe et re­nou­velle au­jourd’hui l’his­toire de France…

Do­mi­nique Gar­cia – Votre ré­su­mé est as­sez exact. Jus­qu’aux an­nées 1950, notre dis­ci­pline était l’otage d’une his­toire fon­dée qua­si ex­clu­si­ve­ment sur les seuls do­cu­ments écrits. Or, entre 1950 et 1970, à la fa­veur des nom­breux tra­vaux d’in­fra­struc­tures, les ar­chéo­logues ont pu faire re­mon­ter en pleine lu­mière, et en grand nombre, ce que nous ap­pe­lons les « ar­chives du sol ». Entre 1970 et 1980, c’est donc le dé­but de l’ar­chéo­lo­gie de sau­ve­tage, sus­cep­tible d’in­ter­ve­nir sur tous les types de chan­tiers met­tant en pé­ril le pa­tri­moine en­foui. En 2002, l’in­rap [Ins­ti­tut na­tio­nal de recherches ar­chéo­lo­giques pré­ven­tives] est créé. L’état dé­cide alors of­fi­ciel­le­ment de conci­lier les deux ap­proches : l’amé­na­ge­ment du ter­ri­toire et l’acquisition de ces ar­chives du sol, pour écrire ou ré­écrire l’his­toire du ter­ri­toire na­tio­nal. Et ce, sur toutes les pé­riodes : la pré­his­toire – où il n’y avait pas d’écri­ture –, mais aus­si des sé­quences contem­po­raines, comme la Pre­mière Guerre mon­diale, époque qui re­gorge pour­tant d’écrits et d’images.

Pou­vez-vous nous don­ner un exemple sur ce cas ?

Nous connais­sions mal ce qui se pas­sait dans les lignes ar­rière pen­dant la Grande Guerre. Ain­si, les ar­chéo­logues ont pré­sen­té des ins­crip­tions dé­cou­vertes dans les car­rières de Naours (Somme) et qui jus­qu’alors n’avaient pas fait l’ob­jet d’études pré­cises. Elles dé­voilent que les sol­dats ca­na­diens ou aus­tra­liens ne se bat­taient pas 24 heures sur 24 : ils vi­si­taient aus­si les lieux in­so­lites de la ré­gion et, sur les pa­rois des car­rières, ils ins­cri­vaient leurs noms, des dates, lais­saient une trace… C’est cette his­toire « sen­sible » que l’ar­chéo­logue a pu faire sur­gir. Et pour les temps bien plus an­ciens, qui sont pauvres en sources écrites, l’ar­chéo­lo­gie conti­nue sa fa­brique de l’his­toire. L’his­to­rien s’au­to­rise alors à ré­flé­chir sur des tem­po­ra­li­tés beau­coup plus vastes que par le pas­sé. Re­gar­dez le ré­cent livre L’his­toire mon­diale de la France, sous la di­rec­tion de Pa­trick Bou­che­ron : elle com­mence à la pré­his­toire, alors que nos ma­nuels dé­bu­taient avec Ver­cin­gé­to­rix.

Même sur des époques re­la­ti­ve­ment bien do­cu­men­tées, comme la pé­riode gal­lo-ro­maine, les ar­chéo­logues re­nou­vellent les ap­proches…

Prenez la somp­tueuse vil­la ro­maine de Lan­gro­lay, ré­cem­ment mise au jour en

Bre­tagne (lire p. 22). A prio­ri, l’idée qui pré­vaut pour ce type de dé­cou­verte, c’est qu’il s’agit d’un geste ar­chi­tec­tu­ral os­ten­ta­toire d’un no­table gal­lo-ro­main for­tu­né. Sauf qu’une vil­la, ce n’est pas seule­ment un jar­din, des fresques et des thermes. L’investigation ar­chéo­lo­gique per­met de dé­mon­trer qu’il s’agit d’abord d’un pôle éco­no­mique (agraire, le plus sou­vent, comme à Lan­gro­lay) ou en­core l’épi­centre d’un com­plexe consa­cré à l’ex­ploi­ta­tion des res­sources mi­nières. À com­men­cer par l’étain, es­sen­tiel pour faire le bronze né­ces­saire à la fa­brique d’armes, d’ou­tils et de mon­naies. Or l’étain se trouve un peu dans les mi­lieux gra­ni­tiques, comme le Mas­sif cen­tral, un peu aus­si dans le Mor­van, mais sur­tout en Bre­tagne et en Gran­de­Bre­tagne. Quand les Ro­mains s’ins­tallent fas­tueu­se­ment en Bre­tagne, ce n’est donc pas pour la qua­li­té de la vil­lé­gia­ture ou pour ro­ma­ni­ser par la langue et la culture. L’in­ten­tion est bien plus pro­saïque : ils y vont parce qu’ils savent pou­voir y ex­ploi­ter des ri­chesses, no­tam­ment les mi­ne­rais, que les Gau­lois connais­saient mais dont l’ex­ploi­ta­tion de­meu­rait li­mi­tée.

Avec quelles consé­quences sur l’his­toire de France ?

Consi­dé­rables ! Jus­qu’à la pé­riode ro­maine, l’axe de ce qui se­ra la France se dé­ploie sur une orien­ta­tion sud-nord : la Mé­di­ter­ra­née et la val­lée du Rhône. Du coup, le site de Lu­tèce, jus­qu’à la pé­riode au­gus­téenne, n’est guère plus qu’un pe­tit bourg. Le fait que les Ro­mains vont jus­qu’à l’at­lan­tique et la Manche pour ex­ploi­ter les res­sources éco­no­miques de ces ré­gions fait bas­cu­ler l’espace sur un axe est-ouest et offre à la Seine et à Pa­ris un rôle qui de­vien­dra cen­tral. Jus­qu’à la conquête ro­maine, l’his­toire de la Gaule est un trou noir ?

Oui, mais se­lon les seules traces écrites ! – comme si la Gaule ne pou­vait pré­tendre in­té­grer l’his­toire qu’à la condi­tion ex­presse que Cé­sar passe les Alpes et ré­dige ses ex­ploits à l’at­ten­tion des sé­na­teurs ro­mains ! L’ar­chéo­lo­gie ré­vèle en fait que la Gaule est de­puis long­temps au coeur de nom­breux en­jeux géo­po­li­tiques, qui sou­vent dé­bor­daient les fron­tières ac­tuelles de la France. À quelques ki­lo­mètres de Troyes a été mise au jour la très fas­tueuse tombe de ce­lui que l’on a bap­ti­sé le « prince de La­vau » (lire p. 63). Un puis­sant per­son­nage po­li­tique, comme l’at­testent les ri­chesses qu’il ac­cu­mu­lait (vais­selle en mé­tal pré­cieux, vases étrusques et grecs de grande qua­li­té, etc.), qui ré­gnait sur une prin­ci­pau­té en contact avec la Mé­di­ter­ra­née et le reste de l’eu­rope. Les ar­chéo­logues ont mis en évi­dence plu­sieurs de ces États émer­gents à peu près in­con­nus jusque-là qui prospéraient entre 600 et 400 avant notre ère. C’est à la même pé­riode que les Grecs es­saiment et fondent des ci­tés sur les rives de la Mé­di­ter­ra­née oc­ci­den­tale : en Si­cile, à Mar­seille, à Am­pu­rias en Espagne. Avec Mar­seille, les Grecs contrôlent l’axe du Rhône pour des res­sources en étain et en ambre de la Bal­tique. C’est donc la ré­gion du « prince de La­vau », à che­val sur la Bourgogne et la Champagne, qui bé­né­fi­cie pen­dant deux bons siècles de cette ac­ti­vi­té éco­no­mique.

Com­ment êtes-vous si cer­tain de la puis­sance du « prince de La­vau » ?

Il y a d’abord les ob­jets ex­cep­tion­nels trou­vés dans la tombe : un im­mense chau­dron, des pa­rures en or, des ob­jets en ar­gent. Plus si­gni­fi­ca­tif en­core, le fait que sa sé­pul­ture est mar­quée par un re­lief créé par l’homme dans cette ré­gion plane de Troyes : un tu­mu­lus d’une di­zaine de mètres de hau­teur, de 40 mètres de dia­mètre, et un fos­sé de plu­sieurs mètres de pro­fon­deur qu’on ne peut pas ra­ter ! Là où l’his­toire per­met d’étayer l’ar­chéo­lo­gie, c’est par l’éty­mo­lo­gie du nom de la ville de Troyes, qui est ti­ré de ce­lui de la tri­bu des Tri­casses. En celte, Tri si­gni­fie « tra­ver­ser » et casse, c’est la cas­si­té­rite, l’autre nom de l’étain. Quand on consi­dère la ri­chesse du site de La­vau et qu’on sait que Troyes était la ville où « tran­si­tait l’étain » alors qu’il n’y a pas de res­sources mi­né­rales à proxi­mi­té, on com­prend mieux le rôle de plaque tour­nante que jouait cette ré­gion dans l’an­ti­qui­té. C’était même peut-être là que se fixait la va­leur des ob­jets échan­gés.

Com­ment quan­ti­fier les in­ter­ven­tions de l’in­rap ?

Son­gez que ce sont 700 km2 d’amé­na­ge­ments qui sont réa­li­sés tous les douze mois sur le ter­ri­toire na­tio­nal et que l’in­rap,

LA GAULE PRÉ­RO­MAINE, UN TROU NOIR ? SÛ­RE­MENT PLUS. LES AR­CHÉO­LOGUES ONT MIS EN ÉVI­DENCE DES ÉTATS, À PEU PRÈS IN­CON­NUS JUSQUE-LÀ, QUI PROSPÉRAIENT ENTRE 600 ET 400 AV. J.-C.

sur pres­crip­tion de l’état, pro­cède en consé­quence à quelque 1 500 diag­nos­tics qui donnent lieu, in fine, à plus de 200 fouilles ! En quinze ans, nous sommes ain­si par­ve­nus à dres­ser une car­to­gra­phie as­sez pré­cise des dif­fé­rentes phases d’oc­cu­pa­tion de notre pays. Et nous ar­ri­vons aus­si à da­ter avec exac­ti­tude les grands mou­ve­ments mi­gra­toires, le dé­ve­lop­pe­ment ur­bain, les pre­mières in­fra­struc­tures rou­tières…

Qu’est-ce que l’ar­chéo­lo­gie pré­ven­tive a ap­por­té de par­ti­cu­lier à la re­cherche ?

Au­pa­ra­vant, les sites étaient choi­sis parce qu’ils étaient sup­po­sés être les plus fa­vo­rables à la conser­va­tion des ves­tiges. Au­jourd’hui, nous sommes obli­gés d’al­ler fouiller là où il y a des tra­vaux. Du coup, on a re­trou­vé des do­cu­ments du pa­léo­li­thique qui éclairent des formes de peu­ple­ment à des en­droits où un cher­cheur n’au­rait pas per­du son temps à les cher­cher. Mais at­ten­tion : ce ca­rac­tère aléa­toire des fouilles est sou­mis à une pré-ap­proche ca­li­brée où sont as­so­ciés les cher­cheurs des dif­fé­rentes ins­ti­tu­tions (CNRS, uni­ver­si­tés, col­lec­ti­vi­tés, mi­nis­tère de la Culture…).

Un exemple de sur­prise ?

Nous avons tra­vaillé sur le tra­cé d’un ga­zo­duc en Bourgogne : pas bien large mais ex­trê­me­ment long, no­tam­ment dans une fo­rêt consi­dé­rée comme na­tu­relle. Or, nous avons trou­vé en sous-sol de nom­breuses im­plan­ta­tions ro­maines. Il en est ain­si d’autres lieux, em­blé­ma­tiques d’une France ru­rale mais qui ont un pas­sé an­tique in­dus­triel, comme le Mor­van, le Li­mou­sin ou les Cé­vennes, dont les mines étaient ex­ploi­tées par les Gau­lois puis les Ro­mains !

Que ré­vèlent les pou­belles des siècles pas­sés ?

Beau­coup de ren­sei­gne­ments sur les zones d’ap­pro­vi­sion­ne­ment des den­rées, mais aus­si sur les modes de pré­pa­ra­tion des mets. À la pé­riode gau­loise, les vases fer­més (des au­to­cui­seurs avant l’heure !) do­minent lar­ge­ment parce que l’on était dans la tra­di­tion du bouilli. Dans le Mi­di, avec l’in­tro­duc­tion des pra­tiques grecques et ro­maines, donc de la fri­ture, les plats ou­verts prennent peu à peu le des­sus. Du coup, les as­siettes ap­pa­raissent à la pé­riode ro­maine, alors que la Gaule in­dé­pen­dante uti­li­sait es­sen­tiel­le­ment l’écuelle, plus pro­pice à la consom­ma­tion du pot-au-feu. De la même ma­nière, les am­phores à vin de­viennent très nom­breuses lors de la conquête des Gaules. Une arme fa­tale ! Avant l’ar­ri­vée du vin gré­co-ro­main, les gens bu­vaient de l’eau ou une sorte d’hy­dro­mel à trois ou quatre de­grés, ou de la bière, guère plus al­coo­li­sée. Avec le vin, on at­teint huit, voire 12 de­grés !

Une nou­velle forme d’ex­po­si­tion à l’ivresse ?

Bien sûr ! Et quand, dans la tombe de La­vau, le prince se fait en­ter­rer avec un ré­ci­pient qui contient plu­sieurs cen­taines de litres de vin, ce­la si­gni­fie qu’il or­ga­ni­sait des fêtes au cours des­quelles il dis­tri­buait le vin et… le pri­vi­lège de l’ivresse. Et l’étude du grand chau­dron de La­vau a ré­vé­lé la pré­sence de ta­nin de vin rouge sur ses pa­rois.

Du vin ita­lique ?

Du vin grec ou étrusque pour les VIE et Ve siècles av. J.-C. À Bourges ou à Vix, les am­phores étaient grecques, ve­nues de Mar­seille, de Chios, de Sa­mos… mais elles étaient ré­ser­vées à l’élite. Autre époque, autres lieux : pour­quoi ne re­trou­vez-vous pas de ves­tiges vi­kings ?

Tout sim­ple­ment parce que c’est dans les îles bri­tan­niques que les Vi­kings se sont ins­tal­lés en masse, pas en Normandie ! Leur pas­sage ou leur pré­sence sur notre sol – quelques cen­taines ? – en­traîne sans doute des dé­gâts, comme le re­latent les chro­niques re­li­gieuses. Mais d’un point de vue ar­chéo­lo­gique, l’im­pact struc­tu­rel reste faible ou in­exis­tant. L’ar­chéo­lo­gie nuance aus­si les mythes.

En quoi les nou­velles tech­niques d’in­ter­pré­ta­tion ré­vo­lu­tionnent-elles votre dis­ci­pline ?

La pre­mière ré­vo­lu­tion, c’est la prise en compte des don­nées en­vi­ron­ne­men­tales. Au­jourd’hui, les pol­lens, les char­bons de bois et les sé­di­ments ren­seignent au­tant – et mieux – que les am­phores. Les ar­chéo­zoo­logues de l’in­rap ont aus­si pu mon­trer la gé­né­ra­li­sa­tion du col­lier pour les che­vaux de trac­tion à par­tir de l’étude des traces sur les os des équi­dés mé­dié­vaux d’île-de-france. Pour­quoi ? Parce que le che­val, bien plus fort et en­du­rant que le boeuf, ne sup­porte pas le joug qui l’étouffe. Pen­dant long­temps, cette thèse fut in­va­li­dée ! L’autre ré­vo­lu­tion, c’est la den­dro­chro­no­lo­gie [mé­thode de da­ta­tion des bois par le comp­tage et l’étude des va­ria­tions d’épais­seur des cernes concen­triques an­nuels ap­pa­rais­sant sur la sec­tion trans­ver­sale des troncs d’arbre], à l’ap­pui de la­quelle on réus­sit à da­ter, à deux ou trois ans près, le bois (et donc les épaves en

GRÂCE AUX NOU­VELLES MÉ­THODES DE RE­CHERCHE, NOUS AP­POR­TONS UN ÉCLAI­RAGE NEUF SUR L’HIS­TOIRE DE FRANCE. CAR L’AR­CHÉO­LO­GIE NUANCE LES GRANDS MYTHES NA­TIO­NAUX…

Mé­di­ter­ra­née) ou des restes de cons­truc­tions à l’in­té­rieur des terres : cette da­ta­tion dé­sor­mais pos­sible des ob­jets per­met d’af­fi­ner sin­gu­liè­re­ment la chro­no­lo­gie de nom­breux sites.

Les nou­velles tech­no­lo­gies de da­ta­tion ne bous­culent-elles pas les écoles d’ar­chéo­lo­gie et de pa­léon­to­lo­gie ?

Les chan­tiers de fouilles sont de­ve­nus des la­bo­ra­toires per­ma­nents pour nos équipes, qui tra­vaillent sur les sites et leur environnement, les da­ta­tions des ob­jets et leur dif­fu­sion, les per­ma­nences et les mu­ta­tions du peu­ple­ment de nos ter­roirs. Grâce aux études ADN, on cerne mieux les liens entre les com­mu­nau­tés et l’on connaît l’am­pleur des mé­tis­sages an­ciens : même Nean­der­tal a eu des relations avec l’homme dit mo­derne… et nous conser­vons en­vi­ron 4 % de son pa­tri­moine gé­né­tique ! Nous réécrivons donc d’une cer­taine fa­çon l’his­toire de France, mais aus­si les his­toires de toutes nos ré­gions. Re­gar­dez le projet du Grand Pa­ris Express dans la ré­gion pa­ri­sienne. Nous fouillons dans d’an­ciennes friches agri­coles et d’an­ciens sites in­dus­triels. Les élus ont été sur­pris qu’on y ex­hume dé­jà des ves­tiges. Au­jourd’hui, ils se pas­sionnent pour cette his­toire qui re­sur­git en même temps que le fu­tur se des­sine. À Vi­try, sur l’em­pla­ce­ment d’une fu­ture gare du Grand Pa­ris Express, un ter­rain en friche s’est ré­vé­lé être une an­cienne pé­pi­nière qui four­nis­sait les châ­teaux de la ré­gion pa­ri­sienne jus­qu’au dé­but du XXE siècle. Nos ar­chéo­logues in­ter­viennent et dé­couvrent alors une né­cro­pole gal­lo­ro­maine, une autre de l’an­ti­qui­té tar­dive et des traces d’oc­cu­pa­tion mé­dié­vale et mo­derne ! Il y avait là un noyau vil­la­geois qui a fran­chi plu­sieurs étapes cultu­relles : la po­pu­la­tion gal­lo-ro­maine, païenne, et les pre­mières tombes ch­ré­tiennes ! Là où la construc­tion de la gare au­rait pu être un trau­ma­tisme, ces dé­cou­vertes peuvent faire évo­luer les men­ta­li­tés.

Quelles ré­gions se dis­tinguent à vos yeux ?

La Bourgogne per­met de vi­si­ter des sites de toutes les pé­riodes : So­lu­tré, Alé­sia, Bi­bracte, Au­tun, Clu­ny… Mais la Dor­dogne et les Alpes res­tent mer­veilleuses pour l’ama­teur de pré­his­toire, qui ira aus­si contem­pler les mé­ga­lithes en Bre­tagne, en Corse ou en Avey­ron. On peut « vivre » l’an­ti­qui­té à Arles, En­sé­rune à Nar­bonne ou à Nîmes. Le Nord est riche et sur­pre­nant quand vous y dé­cou­vrez des traces ro­maines, plus nom­breuses qu’on ne le croit. Dans l’est, l’un des sites que je trouve le plus éton­nant est Grand, dans les Vosges : un sanc­tuaire et un am­phi­théâtre de plus de 15 000 places creu­sé dans la roche.

Et quelles se­raient les dé­cou­vertes que vous pla­ce­riez dans le top dix ?

La­vau, c’est cer­tai­ne­ment la dé­cou­verte du siècle. Et sa ré­pu­ta­tion est dé­sor­mais mon­diale. La mise au jour, plus ré­cente, des mo­saïques ro­maines d’uzès per­met de re­vi­si­ter une ville per­çue jus­qu’ici comme mé­dié­vale. En Auvergne, la dé­cou­verte des ca­va­liers gau­lois sur le site de Gon­dole, c’est à la fois ma­gni­fique et très vi­suel, dans une ré­gion qui marque l’his­toire de France. L’ar­chéo­lo­gie est faite pour faire rêver, mais aus­si pour en­ri­chir et par­ta­ger un pa­tri­moine com­mun, riche et de proxi­mi­té.

* Pré­sident exé­cu­tif de l’in­rap, Do­mi­nique Gar­cia, pro­fes­seur d’ar­chéo­lo­gie à l’uni­ver­si­té d’aixMar­seille et à l’ins­ti­tut uni­ver­si­taire de France, est spécialiste des so­cié­tés pro­to­his­to­riques de Mé­di­ter­ra­née nord-oc­ci­den­tale et de leurs relations avec le

UN PAS­SÉ QUI NE PAS­SE­RA PAS. À Nîmes, lors de l’amé­na­ge­ment de la ZAC du fo­rum des Carmes, les équipes de l’in­rap ont ex­hu­mé les restes d’un car­mel construit à la fin du XIIIE siècle. Les ves­tiges d’une cour, d’un cloître, d’une bâ­tisse (peut-être une égl

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