Cy gît noble dame Louise de Quen­go (1584-2014) !

Historia - - Dossier Bretagne -

En 2014, les ar­chéo­logues fouillent le couvent des Ja­co­bins, construit en 1369. Dans la nef, 800 sque­lettes sont mis au jour, ain­si que cinq cer­cueils de plomb. Par­mi ces der­niers, ce­lui de Louise de Quen­go. Un re­li­quaire l’ac­com­pagne : il contient le coeur de son ma­ri, Tous­saint de Per­rien de Bre­feillac, in­hu­mé dans un autre couvent. À l’ou­ver­ture du cer­cueil, c’est un corps presque in­tact qui ap­pa­raît. Trans­por­tée d’ur­gence au centre mé­di­co-lé­gal de Tou­louse (on ne don­nait guère que soixante-douze heures aux ar­chéo­logues pour étu­dier le corps avant sa dé­com­po­si­tion), dame Louise se prête à tous les exa­mens. Mais au­pa­ra­vant il faut ôter l’ha­bit re­li­gieux que por­tait la dé­funte lors de son en­ter­re­ment (cape, robe de bure, jam­bières et mules en cuir à se­melle de liège…). Entre ses mains étaient dis­po­sés un sca­pu­laire et un crucifix. Lors de l’au­top­sie, tous les or­ganes, na­tu­rel­le­ment mo­mi­fiés, sont pré­sents… sauf son coeur. Pour l’an­thro­po­logue Ro­zenn Col­le­ter, il a été re­ti­ré pour des rai­sons re­li­gieuses : joint à la dé­pouille de son ma­ri, che­va­lier, Louise voyait sans doute dans cette scis­sion un gage d’amour conju­gal, l’oc­ca­sion de s’unir pour la vie éter­nelle à son ma­ri et de profiter d’une double source de prières. Dans le contexte re­li­gieux de l’époque, l’ex­trac­tion du coeur était peut-être un com­pro­mis entre l’im­por­tance ac­cor­dée aux re­liques et la de­tes­tande fe­ri­ta­tis de Bo­ni­face VIII (1235-1303) – une dé­cré­tale in­ter­di­sant la dis sec­tion et le dé­mem­bre­ment des ca­davres. En mé­de­cine comme en ar­chéo­lo­gie, une telle dé­cou­verte est pro­vi­den­tielle. Elle per­met­tra d’éta­blir le gé­nome com­plet de bac­té­ries an­ciennes. Car le corps n’est pas em­bau­mé, « bour­ré » de vé­gé­taux. Les or­ganes in­ternes n’ont pas été net­toyés, ni le crâne in­ci­sé. On a pu alors dé­cou­vrir qu’elle souf­frait de cal­culs ré­naux, de tu­ber­cu­lose et qu’elle était frap­pée de cho­les­té­rol, lié à une trop riche nour­ri­ture aris­to­cra­tique. Les seize heures d’exa­mens per­mettent ain­si d’éclai­rer notre pas­sé d’un jour nou­veau. Éric Cru­bé­zy, du la­bo­ra­toire d’an­thro­po­lo­gie mo­lé­cu­laire, sou­ligne la ra­re­té d’une telle étude : « La dé­cou­verte de corps si bien conser­vés est ra­ris­sime : une di­zaine en Eu­rope de­puis trente ans, pas plus. Et la plu­part n’ont pas été étu­diés à temps. » Après les ana­lyses, elle a été ré­in­hu­mée, en pré­sence de ses des­cen­dants, dans le ci­me­tière du pe­tit vil­lage de Ton­qué­dec. u

Nous sommes en 1626 : la conspi­ra­tion de Cha­lais contre Louis XIII et le car­di­nal de Ri­che­lieu a échoué et l’heure des re­pré­sailles a sonné. Le roi ordonne le dé­man­tè­le­ment du châ­teau de Guin­gamp, l’une des pre­mières for­te­resses à ca­non, pro­prié­té de son de­mi-frère Ven­dôme, im­pli­qué dans le com­plot. Construit en 1446 par Pierre II, duc de Bre­tagne, le châ­teau, in­ache­vé, est sou­vent res­té inoc­cu­pé, la dé­fense du du­ché se jouant sur les fron­tières. 390 ans s’écou­le­ront avant que des fouilles préa­lables à un projet d’amé­na­ge­ment ne dé­montrent qu’un châ­teau peut en ca­cher un autre, voire deux. Les trois tours en­core de­bout contiennent les ori­gines de la ville : une en­ceinte est mise au jour. Elle ré­vèle une pre­mière for­ti­fi­ca­tion. Sur­mon­tée d’une pa­lis­sade en bois, elle date de 1034, lorsque les Pen­thièvre, pré­ten- dants à la cou­ronne du­cale, re­çoivent en apa­nage le ter­ri­toire de Guin­gamp, dont ils fe­ront un comté. Pas­sée sous tu­telle des Plan­ta­ge­nêts par le jeu des al­liances ma­tri­mo­niales, la « motte des comtes » cède la place à un en­semble for­ti­fié de forme oc­to­go­nale, de type an­glo-nor­mand. Mais l’his­toire chao­tique de la Bre­tagne s’ins­crit dans le de­ve­nir de Guin­gamp : en 1420, à Champ­to­ceaux, la com­tesse de Pen­thièvre tend un guet- apens au duc Jean V et le met aux fers. Il fau­dra toute la constance de la du­chesse et trois mois de siège pour le li­bé­rer. Jean fe­ra ra­ser le se­cond châ­teau et don­ne­ra le comté à son fils Pierre II, qui éri­ge­ra la construc­tion en­core vi­sible. u

À LA VIE, À LA MORT Mo­mi­fié de ma­nière na­tu­relle, le corps de l’aris­to­crate bre­tonne a été étu­dié par les scien­ti­fiques. Un re­li­quaire en plomb conte­nant le coeur de son ma­ri ac­com­pa­gnait la dé­funte.

BIG BANG Éri­gée au XVE s. sur des ves­tiges plus an­ciens, la for­te­resse (res­ti­tu­tion) est l’une des pre­mières amé­na­gées pour l’usage des armes à feu.

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