LA FACE CA­CHÉE DE LA LUNE EN­FIN RÉ­VÉ­LÉE

Historia - - Dossier Paca -

Re­pé­rée en 1993, l’épave de La Lune, un trois­mâts de la ma­rine royale, gît au large de Tou­lon de­puis le 6 no­vembre 1664. De­puis cette in­croyable dé­cou­verte – tant l’état de conser­va­tion est bon –, il a fal­lu pa­tien­ter près de vingt ans avant les pre­mières ex­plo­ra­tions. « Dans l’in­ter­valle, nous avons construit un nou­veau na­vire de re­cherche, l’andré Mal­raux, et con­çu un pro­gramme d’investigation spé­ci­fique pour les épaves si­tuées à très grande pro­fon­deur, bap­ti­sé l’“ar­chéo­lo­gie des abysses”, dans le­quel La Lune est ve­nue s’im­po­ser comme chan­tier la­bo­ra­toire », ex­plique Michel L’hour, di­rec­teur de l’ar­chéo­lo­gie sous-ma­rine en France. À par­tir de 2012, plu­sieurs re­con­nais­sances sur le site ont été pro­gram­mées. À l’au­tomne 1664, La Lune a été vic­time d’une vio­lente tem­pête et a cou­lé « comme un bloc de marbre », se­lon un témoin de l’époque. Le ba­teau, avec quelque 800 hommes à bord, re­ve­nait des côtes bar­ba­resques, c’est-à-dire les ri­vages de l’ac­tuelle Al­gé­rie. Il avait dû ra­pa­trier en ca­tas­trophe une par­tie du corps ex­pé­di­tion­naire du duc de Beau­fort, cou­sin de Louis XIV, qui l’avait nom­mé à la tête de cette aventure. Ar­ri­vée à Tou­lon et malgré les de­mandes pres­santes du sieur de Ver­dille – son ca­pi­taine, qui sa­vait son na­vire en mau­vais état –, La Lune n’a pas été au­to­ri­sée à ac­cos­ter et a été pla­cée en qua­ran­taine, les au­to­ri­tés à terre crai­gnant une éven­tuelle épidémie de peste. Ce dé­sastre fut si ter­rible pour la ré­pu­ta­tion du roi que le nau­frage a été soi­gneu­se­ment pas­sé sous si­lence. La Gazette de France écri­ra sim­ple­ment, quelques se­maines plus tard, que le na­vire a heur­té un banc de sable. Un bon moyen pour ne pas sta­tuer sur les res­pon­sa­bi­li­tés… « On sait que l’épave est un vé­ri­table mu­sée du XVIIE siècle, sans doute l’un des plus grands du monde. Elle abrite pro­ba­ble­ment plus de 100 000 ob­jets ma­gni­fi­que­ment conser­vés, pour­suit Michel L’hour, mais dans le cas pré­sent et au­de­là de son in­té­rêt his­to­rique, qui est ab­so­lu­ment fon­da­men­tal […], les pré­lè­ve­ments nous in­té­ressent moins que le fait de pou­voir ex­pé­ri­men­ter et va­li­der des mé­thodes de re­cherche ap­pli­cables aux épaves. Dans cette op­tique, nous avons dé­jà réa­li­sé sur La Lune une pre­mière mon­diale en ex­pé­ri­men­tant sur le site un ro­bot hu­ma­noïde, une tech­no­lo­gie qui va ré­vo­lu­tion­ner notre ap­proche de l’ar­chéo­lo­gie sous-ma­rine. » u

Pré­ser­vé des pillages, à l’abri des cou­rants et du fi­let des cha­lu­tiers, le trois-mâts offre un ins­tan­ta­né de la vie à bord de ce na­vire du Roi-so­leil, qui a som­bré le 6 no­vembre 1664. Une ving­taine d’hommes (sur 800) au­raient sur­vé­cu à ce ter­rible nau­frage, sur­ve­nu après sa mise en qua­ran­taine…

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