L’EN­VERS DU DÉ­COR

Historia - - Édito -

L’image s’ins­cri­ra dans les ma­nuels d’histoire des gé­né­ra­tions fu­tures. Celle de la marche triom­phale, dans le cadre ma­jes­tueux du Louvre, du plus jeune pré­sident élu de la Ve Ré­pu­blique. Ce 7 mai 2017, il est pré­ci­sé­ment 22 h 35 lorsque Em­ma­nuel Ma­cron pé­nètre dans la cour Na­po­léon pour se di­ri­ger vers ses sup­por­ters, réunis sur la grande es­pla­nade du plus beau mu­sée du monde. Le pas est lent, so­len­nel, et l’on en­tend ré­son­ner l’ Hymne à la joie de Bee­tho­ven. Cer­tains se sont même amu­sés à chro­no­mé­trer ce che­mi­ne­ment « ini­tia­tique » vers la fonc­tion pré­si­den­tielle : 4 minutes 30 se­condes au­ront suf­fi pour rompre avec la « nor­ma­li­té » de son pré­dé­ces­seur et re­nouer avec une forme de sa­cra­li­té ju­pi­té­rienne. Dans ce pro­to­cole ré­glé comme du pa­pier à musique, le choix du Louvre ne doit rien au ha­sard. Dans les co­lonnes du Fi­ga­ro , Ch­ris­tian Del­porte, spé­cia­liste en com­mu­ni­ca­tion po­li­tique, dé­cla­rait : « C’est un lieu com­plè­te­ment neuf, consen­suel, neutre et pas bling-bling ; c’est aus­si un lieu pa­tri­mo­nial char­gé d’histoire. » Dif­fi­cile de lui por­ter la contra­dic­tion, car il est vrai que de­puis la construc­tion du don­jon du Louvre par Phi­lippe Au­guste, entre 1190 et 1202, chaque sou­ve­rain a vou­lu lais­ser son em­preinte dans ce haut lieu de la ca­pi­tale. Mais c’est là que l’on peut voir un double pa­ra­doxe. Car, avant de de­ve­nir le mu­sée que l’on connaît, le Louvre a long­temps été le sym­bole de l’ab­so­lu­tisme mo­nar­chique. Et sur­tout il fut à maintes re­prises le centre né­vral­gique des grands sou­bre­sauts de notre histoire na­tio­nale, sou­vent vio­lente, cruelle et meur­trière. C’est cet autre vi­sage du Louvre que nous vous pro­po­sons de dé­cou­vrir. Ce­lui d’un quar­tier hanté par les complots et les intrigues, dont les pa­vés suintent en­core le sang des vic­times de la Saint-bar­thé­le­my. Ce­lui du Pa­lais-royal voi­sin, dont les murs gardent en mé­moire la sé­ques­tra­tion du jeune Louis XIV pen­dant la Fronde. Un com­plexe royal pris d’as­saut par les sans-cu­lottes en 1792 et am­pu­té à ja­mais, près d’un siècle plus tard, d’une par­tie de lui-même après l’incendie des Tui­le­ries par les com­mu­nards. Au Louvre, les li­ber­tés ont été ar­ra­chées au prix fort. Notre nou­veau pré­sident y son­geait-il au soir de sa longue marche en forme de trait d’union entre la tra­di­tion mo­nar­chique et les va­leurs de la Ré­pu­blique ? Lui seul le sait. u

UN AUTRE VI­SAGE DU LOUVRE VOUS EST PRÉ­SEN­TÉ, CE­LUI D’UN QUAR­TIER HANTÉ PAR LES COMPLOTS ET LES INTRIGUES

PAR ÉRIC PINCAS

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