DES JEUX BLEU, BLANC, ROUGE

Historia - - Sommaire N° 849 - PAR ÉTIENNE BONAMY

Tous les voyants sont au vert pour que la France ac­cueille les JO de 2024, cent ans après leur der­nier pas­sage à Pa­ris (été) et à Cha­mo­nix (hi­ver). Sou­ve­nirs… Étienne Bonamy

Dé­sor­mais seule en lice, la ca­pi­tale est as­su­rée d’or­ga­ni­ser les JO de 2024. L’oc­ca­sion de re­ve­nir sur une an­née his­to­rique pour l’olym­pisme français :1924. Le pays ac­cueille alors les pre­miers Jeux d’hi­ver, à Cha­mo­nix, et ceux d’été, à Pa­ris. À vos marques…

En ce dé­but d’an­née 1924, Ray­mond Poin­ca­ré ne sait pas en­core que son gou­ver­ne­ment vit ses der­nières se­maines. Le pré­sident du Conseil vient d’être ré­élu sé­na­teur de la Meuse le 6 jan­vier, et la réunion de tra­vail sur les pro­chains Jeux olym­piques d’été à Pa­ris, fixée au 14 jan­vier, est une prio­ri­té de son pro­gramme. Le chan­tier des Jeux s’achève après moult pé­ri­pé­ties, qui « exilent » fi­na­le­ment le coeur de la com­pé­ti­tion à Co­lombes, dans la cam­pagne de la ban­lieue ouest. Les pre­mières épreuves dé­bu­te­ront le 3 mai. Une an­née spor­tive his­to­rique dé­marre. Avant de cé­lé­brer l’olym­pisme à Co­lombes, Ver­sailles, Saint- Cloud et Pa­ris, la pre­mière Se­maine internationale des sports d’hi­ver, va­li­dée par le Co­mi­té in­ter­na­tio­nal olym­pique ( CIO) à son Congrès de Lau­sanne en juin 1921, s’ouvre à Cha­mo­nix le 24 jan­vier. On ne parle pas en­core de Jeux olym­piques d’hi­ver, mais l’évé­ne­ment ajoute au pres­tige na­tio­nal. Un peu plus de cinq ans après la fin de la Pre­mière Guerre mon­diale, la France, grâce à « ses » Jeux, est au centre d’un monde qui se re­lance éco­no­mi­que­ment et est de nou­veau dy­na­mique. Ce se­ra double dose, hi­ver et été. Du ja­mais-vu ! Pa­ris avait en­vi­sa­gé, dès la sor­tie du conflit mon­dial, d’ac­cueillir les Jeux de 1920. Une can­di­da­ture vite re­ti­rée pour lais­ser la place à An­vers et la Bel­gique, meur­trie par les com­bats de quatre an­nées de guerre. Pour cette VIIIE édi­tion, la ca­pi­tale fran­çaise bé­né­fi­cie de l’ap­pui du pré­sident – français… – du CIO, le baron Pierre de Cou­ber­tin.

Les en­ne­mis d’hier sont là

La France du dé­but des an­nées 1920 se veut un lea­der dans une Eu­rope en re­cons­truc­tion. Ces Jeux de Pa­ris doivent contri­buer à fé­dé­rer un peu plus l’uni­té des pays, quatre ans après la créa­tion de la So­cié­té des Na­tions. Le mou­ve­ment olym­pique ré­in­tègre dans sa fa­mille

les vain­cus de 1918, ab­sents à An­vers en 1920. Les en­ne­mis d’hier, Tur­quie, Au­triche ou Hon­grie, sont là. Il ne manque que l’al­le­magne. Pas in­vi­tée. Of­fi­ciel­le­ment, la France ne pou­vait as­su­rer la sé­cu­ri­té de sa dé­lé­ga­tion. De ce cô­té du Rhin, il n’est pas en­core ques­tion de ré­con­ci­lia­tion. En jan­vier 1923, les troupes françaises et belges ont en­va­hi la Ruhr pour faire pres­sion, en vain, sur le gou­ver­ne­ment al­le­mand et ob­te­nir le paie­ment des in­dem­ni­tés de guerre pro­mises. Cette France en pleine ef­fer­ves­cence po­li­tique, ar­tis­tique, cultu­relle et spor­tive va se pas­sion­ner pour ses Jeux. Le Pa­ris des An­nées folles aus­si. Près de 650 000 spec­ta­teurs as­sistent aux épreuves. On bat des re­cords ( voir les chiffres p. 9) . Ces Jeux ré­vèlent des cham­pions comme John­ny Weiss­mul­ler, le fu­tur Tar­zan, Paa­vo Nur­mi, « le Fin­lan­dais volant », ou Will­liam De­hart Hub­bard, sau­teur en lon­gueur et pre­mier ath­lète afroa­mé­ri­cain cham­pion olym­pique. L’ar­ri­vée de la TSF et l’en­thou­siasme des jour­naux dopent l’en­goue­ment po­pu­laire. Ils exa­cerbent aus­si le chau­vi­nisme d’un pu­blic qui place dans les ex­ploits de ses cham­pions une di­men­sion na­tio­na­liste qui verse par­fois dans l’ex­cès, comme lors de la fi­nale de rug­by per­due par la France face aux États-unis. Lors de la cé­ré­mo­nie d’ou­ver­ture, le 5 juillet 1924 – les tour­nois de sports col­lec­tifs et quelques dis­ci­plines s’étaient dé­rou­lés au­pa­ra­vant –, le pré­sident Gas­ton Dou­mergue son­get-il à l’écho de l’évé­ne­ment dans le monde ? Les ath­lètes se rêvent des len­de­mains de gloire. Le monde aus­si. La Rap­sho­dy in blue , de Ger­sh­win, ré­sonne dans les soi­rées de la ca­pi­tale. C’est un bel été à Pa­ris. u

CHRISTIE'S / ARTOTHEK / LA COL­LEC­TION

SANS LI­MITES. Le 4 mai, la course aux mé­dailles est lan­cée pour les 3 089 ath­lètes (contre 2 626 en 1920), scan­dée par la formule du père Hen­ri Di­don – Ci­tius, al­tius, for­tius (« Plus vite, plus haut, plus fort ») –, adop­tée cette an­née-là comme de­vise of­fi­cielle des JO.

VILLE-MONDE. Signe de l’ef­fer­ves­cence générale, la cé­ré­mo­nie d’ou­ver­ture se dé­roule le 5 juillet, à Co­lombes, dans un stade comble (pho­to). Par ailleurs, ces Jeux de 1924 sont les pre­miers à or­ga­ni­ser une cé­ré­mo­nie de clô­ture, à l’oc­ca­sion de la­quelle sont dé­ployés les dra­peaux du CIO, de la France et du pro­chain pays hôte, les Pays-bas (Am­ster­dam).

L’hé­ber­ge­ment des dé­lé­ga­tions est confié au Co­mi­té français, qui fait bâ­tir, en bor­dure du stade de Co­lombes, le tout pre­mier vil­lage olym­pique de l’histoire. SÉSAME. Billet d’en­trée au stade de Co­lombes, le ter­rain de jeu du Ra­cing Club de France, de­ve­nu, après des tra­vaux d’agran­dis­se­ment, le coeur bat­tant in­at­ten­du des Jeux de 1924.

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