MÉMENTO

Le 4 août 1939, Himm­ler ac­cueille à Ber­lin la mis­sion de re­tour de Lhas­sa. Un voyage pour le compte de la SS qu’un ou­vrage de Pe­ter Meier-hü­sing jus­ti­fie de ma­nière éton­nante.

Historia - - Sommaire N° 849 - CARL ADERHOLD

L’ex­pé­di­tion na­zie au Ti­bet de 1939, une ap­pli mo­bile à la mé­moire de 39-45, un rep­tile ma­rin de 90 mil­lions d’an­nées tom­bé du ciel, les pé­pites de Gal­li­ca…

Au centre des in­ter­ro­ga­tions, le chef de l’ex­pé­di­tion : Ernst Schä­fer. Né en 1910, ce zoo­logue a par­ti­ci­pé à deux ex­pé­di­tions amé­ri­caines au Ti­bet dans les an­nées 1930. Il passe alors pour un aven­tu­rier. Un aven­tu­rier op­por­tu­niste qui adhère au par­ti na­zi en 1933 et s’en­gage dans la SS afin de mon­ter une nou­velle ex­pé­di­tion. Son voeu est exau­cé quand Himm­ler le convoque. Fé­ru d’éso­té­risme, le Reichsfüh- rer y voit le moyen de prou­ver ses idées sur le ber­ceau de la race aryenne, qu’il si­tue au Ti­bet.

Un ti­cket d’en­trée contre des bis­cuits

L’ex­pé­di­tion s’ef­fec­tue sous les aus­pices de l’ah­ne­nerbe, la So­cié­té pour la recherche et l’en­sei­gne­ment sur l’hé­ri­tage an­ces­tral, un ins­ti­tut de la SS. Schä­fer, après-guerre, a pré­ten­du s’être op­po­sé à cette main­mise. De fait, ce sont des fonds pri­vés qui la fi­nancent. Trois autres scien­ti­fiques y prennent part : l’en­to­mo­lo­giste Ernst Krause, le géo­phy­si­cien Karl Wie­nert et l’eth­no­logue Bru­no Be­ger, aux­quels se joint Ed­mund Geer, res­pon­sable de la lo­gis­tique. Himm­ler leur im­pose de de­ve­nir membres de la SS. L’ex­pé­di­tion part de Gênes en avril 1938. Elle gagne Cal­cut­ta, pré­cé­dée par une cam­pagne de presse an­glaise qui la dé­nonce comme un ins­tru­ment de pro­pa­gande na­zie. Mais Schä­fer peut comp­ter sur l’ap­pui de l’ami­ral bri­tan­nique sir Dom­ville, ami de Himm­ler. Un vi­sa de six mois est ac­cor­dé pour le Sik­kim, la porte d’ac­cès la plus fa­vo­rable pour le Ti­bet. Dé­but juillet, les Al­le­mands ins­tallent leur camp au pied du Kan­chen­jun­ga ( 8 585 m), dans l’hi­ma­laya. Les jours passent, mais Schä­fer réus­sit à cir­con­ve­nir un ad­mi­nis­tra­teur ti­bé­tain en lui of­frant un ma­te­las pneu­ma­tique, des bottes en ca­ou­tchouc et des bis­cuits Bahl­sen… Le 1er dé­cembre, une lettre du ré­gent, Re­ting Ri­po­ché, au­to­rise l’ex­pé­di­tion à

en­trer à Lhas­sa. Ils sont les pre­miers Al­le­mands à pé­né­trer dans la ville in­ter­dite le 19 jan­vier 1939. Le ré­gent les ac­cueille mais ils ne ren­contrent pas Ten­zin Gyat­so le tout jeune da­laï-la­ma. Âgé de 4 ans, il vit au nord-est du Ti­bet et ne re­joint Lhas­sa que le 8 octobre. À cette date, l’ex­pé­di­tion est re­par­tie de­puis long­temps puis­qu’elle quitte le Ti­bet le 22 avril avec un im­por­tant ma­té­riel scien­ti­fique : plus de 7 000 oi­seaux em­paillés, des plantes et des fleurs de chaque genre, des graines de vé­gé­taux… Be­ger, lui, a pris les me­sures an­thro­po­lo­giques de cen­taines de per­sonnes. Le ré­gent charge Schä­fer de re­mettre à Hit­ler une lettre di­plo­ma­tique ain­si qu’un ha­bit de la­ma et un chien de chasse. Beau­coup d’encre a cou­lé au­tour de cette ex­pé­di­tion, évo­quant une mis­sion se­crète. Un livre al­le­mand ré­cent ( Na­zis in Ti­bet , non traduit en français) en des­sine une tout autre vi­sion. Selon son au­teur, Pe­ter Meïer- Hu­sing, le voyage n’au­rait été qu’une par­tie de chasse – Schä­fer est un grand chas­seur – et une im­mense beu­ve­rie ! Le goût pour la bois­son des Al­le­mands est vite connu des Ti­bé­tains, qui au­raient par­ta­gé avec eux des soi­rées bien ar­ro­sées ! De quoi re­lan­cer les po­lé­miques…

COMME UN HIC. Dé­marche scien­ti­fique, quête éso­té­rique ou… dé­lire al­coo­lique : le tour de table est re­lan­cé.

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