DOS­SIER

LE LOUVRE, AU COEUR DES BATAILLES FRANÇAISES

Historia - - Sommaire N° 849 - Thier­ry Sarmant

Châ­teau fort, pa­lais ou mu­sée, le Louvre est en­core et tou­jours, de Phi­lippe Au­guste à Em­ma­nuel Ma­cron, un lieu de pou­voir et de pas­sion po­li­tique. Bâ­ti entre 1190 et 1202 pour pro­té­ger Pa­ris d’une of­fen­sive an­glaise ve­nant de Nor­man­die, il ren­ferme d’abord le Tré­sor royal, sert de geôle pour les pri­son­niers de marque et de ré­si­dence pour le roi. Si­tué au coeur de la rive droite, la zone la plus dy­na­mique de Pa­ris, le Louvre concur­rence très vite le vieux pa­lais de la Ci­té comme coeur sym­bo­lique de la mo­nar­chie. Son don­jon cir­cu­laire, haut de 30 mètres, ma­té­ria­lise le rôle du sou­ve­rain comme som­met de la hié­rar­chie féo­dale. Jus­qu’à la Ré­vo­lu­tion, tous les fiefs re­le­vant du roi lui rendent hom­mage « à cause de sa grosse tour du Louvre »… même après que ce don­jon a été abat­tu par François Ier. Avec le Va­lois com­mence l’en­tre­prise mul­ti­sé­cu­laire de trans­for­ma­tion du châ­teau mé­dié­val en un pa­lais ins­pi­ré de la Rome des em­pe­reurs et des papes. Au roi de France, « em­pe­reur en son royau- me », il faut un pa­lais « im­pé­rial », avec ses ga­le­ries, ses co­lon­nades, ses dômes. Le chan­tier, sou­vent in­ter­rom­pu, re­pris suc­ces­si­ve­ment par Hen­ri II, Hen­ri IV, Ri­che­lieu, Col­bert et Na­po­léon Ier, ne fi­ni­ra que sous Na­po­léon III. Re­lié aux Tui­le­ries par la galerie du Bord de l’eau à partir de 1606, le Louvre forme avec ce se­cond pa­lais un com­plexe en­châs­sé dans une des villes les plus den­sé­ment peu­plées d’eu­rope. Le quar­tier du Louvre est le centre de la vie po­li­tique, le théâtre na­tu­rel des cé­ré­mo­nies et des fêtes of­fi­cielles, mais aus­si ce­lui des coups d’état, des émeutes et des ré­bel­lions. L’ami­ral de Co­li­gny est mas­sa­cré rue de Bé­thi­sy, Hen­ri IV as­sas­si­né rue de la Fer­ron­ne­rie, Con­ci­ni « dé­pê­ché » en sor­tant du pa­lais. Louis XIV l’a com­pris, qui, en s’éta­blis­sant à Ver­sailles, veut créer un Louvre à la cam­pagne. Et c’est bien l’in­va­sion des Tuile- ries, le 10 août 1792, qui clôt l’histoire mil­lé­naire de la mo­nar­chie fran­çaise. Le pa­lais ne cesse pas pour au­tant d’être au centre du pou­voir. Les co­mi­tés de la Conven­tion y siègent dès sep­tembre 1792 et l’as­sem­blée elle-même les y re­joint en mai 1793. Bo­na­parte fait de même le 19 fé­vrier 1800, et cha­cun com­prend par ce seul geste qui est dé­sor­mais le vé­ri­table maître. Vic­time d’un at­ten­tat rue Saint-nicaise, dans le quar­tier qui s’étend alors entre le Louvre et les Tui­le­ries, le Pre­mier consul n’au­ra de cesse qu’il n’ait des­ser­ré l’étreinte de la ville sur le pa­lais : la rue de Ri­vo­li, per­cée à partir de 1802, sert d’écrin aux Tui­le­ries et au Louvre tout en les iso­lant d’un voi­si­nage dangereux.

Des­ti­né à ser­vir le pres­tige de la France

De­puis l’avè­ne­ment des Bour­bons, le Louvre est à la fois pa­lais du roi et pa­lais des arts, le « centre des arts », écrit même Fréart de Cham­bray, un conseiller de Ri­che­lieu. Hen­ri IV loge ar­ti­sans et ar­tistes – po­pu­la­tion tur­bu­lente – dans la galerie du Bord de l’eau. La Mon-

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DU COEUR À L’OU­VRAGE Charles V en­gage Ray­mond du Temple en 1364 pour qu’il trans­forme (agran­dis­se­ment, per­ce­ment de fe­nêtres…) la vieille for­te­resse éri­gée par Phi­lippe Au­guste. Let­tré, « le Sage » y fait amé­na­ger une pré­cieuse bi­blio­thèque royale.

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