EXPOS

La lé­gende noire qui en­tou­rait Gas­ton d’or­léans est au­jourd’hui dis­si­pée à l’oc­ca­sion d’une ex­po­si­tion dans son cher châ­teau li­gé­rien.

Historia - - Sommaire N° 849 - Joëlle Che­vé

Gas­ton d’or­léans, mé­cène et re­belle, cé­lé­bré à Blois ;

Georges Pom­pi­dou à l’hon­neur à Cham­bord…

Gas­ton d’or­léans (1608-1660), frère unique du sou­ve­rain Louis XIII, a long­temps été re­je­té aux marges de l’histoire. Les tra­vaux de Jean-marie Cons­tant per­mettent au­jourd’hui de nou­velles ap­proches, étayées par la pré­sen­ta­tion d’oeuvres ma­jeures. Le tout pré­sen­té dans « son » châ­teau de Blois, des­si­né par Man­sard, qui ex­prime sa concep­tion royale de la gran­deur. Il ne fut pas ache­vé avant sa mort, en 1660, ce fut donc dans l’aile François Ier qu’il s’ins­tal­la avec sa cour. La pre­mière par­tie de l’ex­po­si­tion – entre por­traits de Juste d’eg­mont ou de Pour­bus le Jeune et ma­nuels d’édu­ca­tion, dont une gram­maire la­tine somp­tueu­se­ment illus­trée, ar­mure d’ado­les­cent, por­traits de la fa­mille royale, de Ri­che­lieu et de Ma­za­rin – évoque l’édu­ca­tion du fils ché­ri de Marie de Mé­di­cis. Éle­vé en sol­dat et en gen­til­homme, il est l’hé­ri­tier du trône jus­qu’à la nais­sance du fu­tur Louis XIV (1638).

Un homme libre

Ad­ver­saire de Ri­che­lieu, contre le­quel il conspire, puis de Ma­za­rin lors de la Fronde des princes, à la­quelle par­ti­cipe éga­le­ment sa fille la Grande Ma­de­moi­selle, il est le sym­bole de la dé­faite des Grands, sou­cieux de leurs in­té­rêts pri­vés, face au roi et à ses mi­nistres dé­fen­seurs du bien pu­blic. Mais au-de­là du com­plo­teur, du dé­bau­ché, ou de la « poule mouillée » dé­crite par Mi­che­let, il y a le chef de guerre écar­té des com­man­de­ments par ja­lou­sie, le prince libre qui osa se ma­rier par amour et le dé­fen­seur des pou­voirs pro­vin­ciaux face à l’ab­so­lu­tisme mo­nar­chique. Un homme de cour aus­si, pour le­quel la musique, celle d’étienne Mou­li­nié – qui

ac­com­pagne le vi­si­teur –, et les bal­lets aux cos­tumes des­si­nés par Daniel Ra­bel nour­rissent le sen­ti­ment aris­to­cra­tique de l’hon­neur et du di­ver­tis­se­ment. De ces col­lec­tions lé­guées à Louis XIV, dont l’his­to­rien Pierre Ga­tulle a ré­vé­lé les ri­chesses et le contexte cultu­rel qui a pré­si­dé à leur cons­ti­tu­tion, émergent les somp­tueux vé­lins réa­li­sés par Ni­co­las Ro­bert, chefs-d’oeuvre aux fleurs, oi­seaux et autres mer­veilles de ses jar­dins, vo­lières et mé­na­ge­rie de Blois où tra­vaillèrent de concert Man­sard et Le Nôtre.

L’ami des arts

Ca­mées an­tiques, ca­bi­net de cu­rio­si­tés, mé­dailles, livres rares, tel ce Livre des tour­nois com­po­sé et en­lu­mi­né pour Re­né d’an­jou vers 1483, voi­sinent avec les oeuvres de contem­po­rains dont il fut le lec­teur pas­sion­né : Ho­no­ré d’ur­fé, dont L’as­trée fut le best-sel­ler de sa gé­né­ra­tion, Vincent Voi­ture, poète ga­lant, ou Théo­phile de Viau, plus sul­fu­reux et li­ber­tin. Pas­sion­né de sciences, d’as­tro­no­mie, d’horlogerie, dont la ville de Blois s’était fait une spé­cia­li­té, Gas­ton d’or­léans vé­cut à l’heure de son temps jus­qu’à ce qu’un jeune sou­ve­rain avide de gloire et ja­loux de celle des autres ne le re­jette au ma­ga­sin des ac­ces­soires. Le coeur du bien­fai­teur de Blois fut dé­po­sé dans l’église qu’il avait fait construire pour les jé­suites. La Grande Ma­de­moi­selle of­frit à son père le splen­dide mo­nu­ment fu­né­raire que l’on peut en­core y ad­mi­rer. N’y manque que le coeur de Gas­ton, spo­lié pen­dant la Ré­vo­lu­tion, et cette phrase de La Fon­taine qu’elle au­rait pu choi­sir en guise d’épi­taphe : « De sem­blables princes de­vraient naître un peu plus sou­vent, ou ne point mou­rir. » u JOËLLE CHE­VÉ

Fer­meF les yeux pour voirv la pré­his­toire Ar­chéa, Louvres, jus­qu’au 17 sep­tembre. n Co­lo­ra­ma, la vie en Ko­dak M Mu­sée Ni­cé­phore-niépce, Châ­lon­su sur-saône, jus­qu’au 17 sep­tembre. n LeL bai­ser dans l’art, de Ro­din à Wa­rhol M Mu­sée des Beaux-arts de Calais, jus­qu’au 17 sep­tembre. n La lé­gende N Na­tio­nal Geo­gra­phic Jar­din des Plantes, Pa­ris, jus­qu’au 18 sep­tembre. n Être mé­cène à l’aube de la Re­nais­sance Ab­baye de Gra­ville, Le Havre, jus­qu’au 18 sep­tembre. n Cos­tumes es­pa­gnols entre ombre et lu­mière Maison de Vic­tor Hu­go, Pa­ris, jus­qu’au 24 sep­tembre. n Sièges en so­cié­té, du Roi-so­leil à Ma­rianne Galerie des Go­be­lins, Pa­ris, jus­qu’au 24 sep­tembre. n Nord-sud (Viet­nam 1968-1975) Hô­tel de ville de Caen, jus­qu’au 30 sep­tembre. n Ar­chi­tec­tures ja­po­naises à Pa­ris (1867-2017) Pa­villon de l’ar­se­nal, Pa­ris, jus­qu’au 24 sep­tembre. n Paul Del­vaux Pa­lais Lu­mière, Évian-les-bains, jus­qu’au 1er octobre. n Aven­tu­riers des mers MUCEM, Mar­seille, jus­qu’au 9 octobre. n Ani­maux et guerres Mu­sée de l’ar­mée, Pa­ris, jus­qu’au 9 octobre.

GÉ­NIAL FRON­DEUR. Gé­né­reux mé­cène (à g. un pro­jet d’amé­na­ge­ment de Blois par Man­sart) et am­bi­tieux im­pa­tient, Gas­ton a mar­qué son temps.

Gas­ton d’or­léans prince mé­cène et re­belle CH­TEAU ROYAL DE BLOIS jus­qu’au 13 octobre

FLEUR DES LIS. Pas­sion­né de sciences, le Bour­bon pos­sé­dait une col­lec­tion de somp­tueux vé­lins de Ni­co­las Ro­bert, dont sont ti­rées ces deux planches.

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