La chro­nique

Historia - - Sommaire N° 849 - de Guillaume Ma­lau­rie

Après son 14 juillet sur les Champs-ély­sées à Pa­ris, le pré­sident Trump avait en­core des paillettes plein les mi­rettes. Au New York Times , il lâ­chait même cette pe­tite phrase : « C’est le 100e an­ni­ver­saire de la Pre­mière Guerre mon­diale. C’est vrai­ment du lourd ! » Oui, Do­nald, l’en­trée des États-unis dans la guerre en 1917, ce fut du huge , et même du très lourd, mais ce­la fai­sait tout de même trois bonnes an­nées que le conflit mon­dial avait com­men­cé. Une ap­proxi­ma­tion pré­si­den­tielle qui n’est pas tout à fait in­no­cente. Car si l’aide des États-unis fut in­con­tes­table et dé­ci­sive (1,8 mil­lion d’hommes dé­bar­qués…), elle fut aus­si très résistible. Pour se faire son idée, on li­ra avec pro­fit l’ex­cellent ou­vrage du lieu­te­nant-co­lo­nel Ré­my Porte, Les États-unis dans la Grande Guerre, une ap­proche fran­çaise (éd. So­te­ca). De 1914 à 1917, rap­pe­lons-le, les États-unis sont neutres. Une neu­tra­li­té sou­te­nue par une im­mi­gra­tion de moins en moins an­glo-saxonne (10 % des en­trées en 1910) et de plus en plus ger­ma­nique (30 à 50 %). Une neu­tra­li­té très lu­cra­tive : le PNB des États-unis aug­mente de prés de 40 % en trente-deux mois. Les ex­por­ta­tions d’ex­plo­sifs sont pas­sées de 41 mil­lions de dol­lars en 1915 à 640 mil­lions au dé­but de 1917. Les im­por­ta­teurs sont français et anglais, mais aus­si al­le­mands via les ports de Rot­ter­dam et Co­pen­hague : « Le com­merce amé­ri­ca­no-néer­lan­dais a été mul­ti­plié par quatre de 1914 à 1917. » À vrai dire, l’amérique n’a au­cun in­té­rêt à in­ter­ve­nir au­tre­ment qu’en par­rain d’une très éven­tuelle paix des braves entre eu­ro­péens af­fai­blis. « Une paix entre égaux », selon le mot du pré­sident Wil­son. L’arith­mé­tique des in­té­rêts est im­pla­cable sauf… si le bu­si­ness dé­visse. Et il se dé­traque très vite sous les coups de la guerre sous-ma­rine me­née par l’al­le­magne dé­but 1917 : le nombre de bateaux amé­ri­cains cou­lés de­vient ver­ti­gi­neux, les po­lices d’as­su­rance ex­plosent, les mar­chan­dises s’en­tassent sur les docks de Bos­ton et de New York, et la crois­sance ou­treAt­lan­tique plonge… La presse te­nue par les grands in­dus­triels passe alors peu à peu de l’éloge du doux com­merce à l’in­vo­ca­tion des dieux de la Guerre, et l’opi­nion suit. Le pa­ci­fiste Wil­son de­vient bel­li­ciste. C’est ce cen­te­naire-là que l’on cé­lèbre au­jourd’hui. Ces deux an­nées, 1917 et 1918, qui re­fondent le monde sous l’égide de la ban­nière étoi­lée. u

SI L’AIDE DES ÉTATS-UNIS FUT DÉ­CI­SIVE, ELLE FUT AUS­SI TRÈS RÉSISTIBLE. DE 1914 À 1917, RAPPELONSLE, ILS SONT NEUTRES

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