PIERRE PAUL RU­BENS, L’ARISTOCRATE DU CHEVALET

Gé­nie ta­len­tueux et es­prit culti­vé, le Fla­mand a cô­toyé les grands sou­ve­rains de son temps, oc­cu­pant ain­si une po­si­tion so­ciale unique et pres­ti­gieuse.

Historia - - Expos - PAR ÉLI­SA­BETH COU­TU­RIER

Ru­bens, maître de la pein­ture ba­roque fla­mande, est sur­tout connu pour ses com­po­si­tions flam­boyantes et éche­ve­lées. Son ac­ti­vi­té de por­trai­tiste of­fi­ciel est ra­re­ment mise en avant par les his­to­riens de l’art. Et pour­tant, toute sa vie, l’ar­tiste a cô­toyé les rois, les reines, les princes et les prin­cesses de son temps, dont il a peint de ma­gni­fiques ef­fi­gies. Ja­mais en­core une ex­po­si­tion n’avait por­té sur cette thé­ma­tique. La pré­sen­ta­tion consa­crée à ce su­jet, au mu­sée du Luxem­bourg, ré­pare cet ou­bli. Un lieu ap­pro­prié, puisque ce même pa­lais abri­ta long­temps le fa­meux Cycle de Marie de Mé­di­cis, un en­semble de 24 ta­bleaux gi­gan­tesques nar­rant la vie de la sou­ve­raine et com­man­dés par celle-ci à Ru­bens en 1621. Au­jourd’hui, l’ar­tiste re­vient en quelque sorte sur ses pas. L’ex­po­si­tion dé­ploie, tel un al­bum de fa­mille, les por­traits de Marie de Mé­di­cis et ceux des têtes cou­ron­nées avec les­quelles elle en­tre­te­nait un lien de pa­ren­té. Fille et bel­le­fille de sou­ve­rains ita­liens, épouse d’hen­ri IV, puis mère de Louis XIII, Marie de Mé­di­cis fut aus­si belle-mère des sou­ve­rains d’es­pagne et d’an­gle­terre grâce aux ma­riages de ses enfants. Si l’art du por­trait prin­cier pos­sède ses règles, Ru­bens y ap­porte une ré­ponse ori­gi­nale en cap­tant au mieux la per­son­na­li­té de ses mo­dèles. Il en est ain­si de son sobre por­trait du roi d’es­pagne Phi­lippe IV, de sa re­pré­sen­ta­tion so­laire d’anne d’au­triche, ou en­core de sa com­po­si­tion dy­na­mique du jeune Louis XIII re­pré­sen­té en ar­mure. Le prin­cipe qui consiste à ma­gni­fier, voire à hé­roï­ser son mo­dèle pour la pos­té­ri­té reste un exer­cice d’équi­libre : les gra­vures ti­rées de l’oeuvre fi­nale, et qui cir­cu­le­ront dans toutes les cours d’eu­rope, de­vront trans­mettre l’image d’un pou­voir fort. Rude concur­rence : les ri­vaux de Ru­bens se nomment Vé­las­quez, Van Dyck, Phi­lippe de Cham­paigne ou Ger­rit Van Hon­thorst…

Po­ser pour pe­ser

Lors des séances de pose, le Fla­mand s’en tient au des­sin, la pein­ture est exé­cu­tée en­suite par les nom­breux ap­pren­tis de son ate­lier, avant que lui- même n’y mette la der­nière touche. Il fait ap­pel, par­fois, à Brue­gel de Ve­lours pour peindre le pay­sage en fond. Le roi peut être re­pré­sen­té en pied, vê­tu de son cos­tume de sacre, ou en chef de guerre avec son ar­mure. Le por­trait équestre consti­tue le sum­mum du genre. Même s’il est pos­sible d’in­té­grer le sou­ve­rain dans des scènes re­li­gieuses, Ru­bens ne peut que se sen­tir à l’étroit dans ces conven­tions bri­dant son ima­gi­na­tion et son goût pour les en­vo­lées ly­riques. Seul avan­tage : pas­ser du temps en tête à tête avec le sou­ve­rain. Un mo­ment pri­vi­lé­gié du­rant le­quel l’ar­tiste, qui joue vo­lon­tiers les am­bas­sa­deurs, réus­sit à faire pas­ser quelques mes­sages. u

Ru­bens. Por­traits prin­ciers MU­SÉE DU LUXEM­BOURG, du 4 octobre au 14 jan­vier 2018

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