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Ef­fets de nuit, ors de jour­nées illu­mi­nées par le so­leil pro­ven­çal, ce film d’ani­ma­tion pas comme les autres nous plonge dans l’uni­vers de Van Gogh.

Historia - - Sommaire N° 850 - YETTY HAGENDORF

Lo­ving Vincent est un pa­ri fou. Un film dans le­quel les toiles de Van Gogh (1853-1890) prennent vie et s’animent. Du­rant près d’une heure trente, les spec­ta­teurs sont em­por­tés dans l’émo­tion de la pein­ture, l’ex­plo­sion des cou­leurs, la pro­fon­deur des pas­sions hu­maines. Plé­bis­ci­té lors du der­nier Fes­ti­val in­ter­na­tio­nal du film d’ani­ma­tion d’an­ne­cy – où il a dé­cro­ché le prix du pu­blic –, le film consa­cré aux der­niers mois de la vie de l’ar­tiste met en doute la thèse du sui­cide du peintre et dresse un por­trait am­bi­gu du Dr Ga­chet.

Pein­ture à l’huile sur pel­li­cule…

Au­da­cieuse, im­par­faite mais ter­ri­ble­ment sé­dui­sante, cette pro­duc­tion bri­tan­ni­co­po­lo­naise ré­vo­lu­tionne avec suc­cès la fa­çon de trai­ter la pein­ture au ci­né­ma. Cha­cun des 62 450 plans qui com­pose le film est une huile en­tiè­re­ment peinte à la main. Cent vingt-cinq ar­tistes pro­ve­nant de 15 pays ont par­ti­ci­pé à ce pro­jet. Tous les per­son­nages ani­més sont cam­pés par d’au­then­tiques co­mé­diens, les­quels, dans un pre­mier temps, ont été fil­més, avant de ser­vir de base au tra­vail des peintres. Au to­tal, le scé­na­rio ex­ploite 94 toiles du maître presque à l’iden­tique, tan­dis que 31 autres ont été par­tiel­le­ment re­pro­duites. Un tra­vail ti­ta­nesque. Seule en­torse : pour des contraintes de dra­ma­tur­gie, des scènes de jour ont par­fois été trans­for­mées en scènes noc­turnes, et des sai­sons ont été quel­que­fois in­ter­ver­ties. En­fin, pour des rai­sons bud­gé­taires, de nom­breuses toiles de ses pé­riodes hol­lan­daises et pa­ri­siennes ne fi­gurent pas dans le scé­na­rio. À l’ori­gine de ce pro­jet in­sen­sé, il y a un couple. Elle, Do­ro­ta Ko­bie­la, réa­li­sa­trice de courts-mé­trages ani­més, pro­fon­dé­ment mar­quée par les lettres de Vincent Van Gogh adres­sées à son frère Théo, s’est lan­cée il y a huit ans dans un pro­jet sur les der­niers jours de l’ar­tiste avec dé­jà l’idée d’un film en pein­ture ani­mée. Lui, Hugh Welch­man, di­plô­mé d’ox­ford en phi­lo­so­phie, po­li­tique et éco­no­mie, en­sei­gnant en his­toire, pro­duc­teur de courts- mé­trages pour les

Mon­ty Py­thon avant d’ob­te­nir en 2008 un Os­car pour Pierre et le Loup, l’a convain­cue – après avoir fait trois heures de queue pour as­sis­ter à une ex­po­si­tion sur la cor­res­pon­dance de Vincent Van Gogh – de se lan­cer dans la réa­li­sa­tion.

Le bien étrange doc­teur Ga­chet

En­semble, ils ont choi­si les dix der­nières se­maines de la vie de l’ar­tiste et la pé­riode épa­nouis­sante d’au­vers-surOise, du­rant la­quelle Vincent Van Gogh peint 70 toiles. Le vil­lage d’au­vers, où exerce le Dr Paul Ga­chet ( 18281909), spé­cia­liste des dé­pres­sions chez les ar­tistes et fervent par­ti­san de l’école impressionniste. Le mé­de­cin soigne d’ailleurs Pis­sa­ro et au­rait tant ai­mé être, lui aus­si, un peintre re­con­nu… Mais ses re­la­tions avec l’ar­tiste se dé­té­riorent deux mois et de­mi à peine après l’ins­tal­la­tion du Hol­lan­dais dans le vil­lage. Le hé­ros du film est ici Armand Rou­lin, fils du fac­teur Jo­seph Rou­lin, dont Vincent Van Gogh a por­trai­tu­ré toute la fa­mille à Arles. Jo­seph Rou­lin fré­quen­tait, comme Vincent, le Café de la Gare. Le scé­na­rio met en scène ce jeune homme, char­gé par son père de re­mettre en main propre à Théo une lettre de son frère Vincent, qui vient de mou­rir à Au­vers- sur- Oise. Peu en­thou­siaste, Armand se rend à Pa­ris à la re­cherche de Théo, mau­gréant contre son père, qui consi­dère l’ar­tiste comme un gé­nie. Mais Théo, anéan­ti par la dis­pa­ri­tion de son frère, ne lui a pas sur­vé­cu. Tou­ché par le des­tin de la fa­mille Van Gogh, le mes­sa­ger s’im­pro­vise en­quê­teur et se rend à Au­vers-sur-oise dans l’es­poir d’élu­ci­der les cir­cons­tances de la mort de l’ar­tiste. À l’aide de flash-back en noir et blanc, le film aborde les mo­ments im­por­tants du pas­sé : Arles, Gauguin, l’oreille cou­pée, l’asile psy­chia­trique. Le por­trait est in­com­plet mais a le mé­rite de re­mettre en ques­tion la thèse du sui­cide, de poin­ter le com­por­te­ment du Dr Ga­chet, le tout avec une trame bien fi­ce­lée et un pro­cé­dé ani­mé ré­vo­lu­tion­naire qui char­me­ra tous les ad­mi­ra­teurs du peintre.

AGAT FILMS & CIE ET VELVET FILM PRÉ­SENTENT

SUR LE VIF. Une ex­pé­rience in­édite : trans­po­ser les courbes on­du­lantes du pin­ceau du gé­nie hol­lan­dais et les aléas tra­giques de la vie de l’ar­tiste.

La Pas­sion Van Gogh (Lo­ving Vincent) FILM D’ANI­MA­TION DE DO­RO­TA KO­BIE­LA ET HUGH WELCH­MAN. (88 min). Sor­tie le 11 oc­tobre

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