Le Jar­din d’agro­no­mie tro­pi­cale de Vin­cennes Véronique Du­mas

Le so­leil ne se cou­chait ja­mais sur l’em­pire fran­çais, mais c’est aux portes de Pa­ris que le Jar­din d’es­sai co­lo­nial fut créé en 1899 pour ac­croître la pro­duc­tion dans les co­lo­nies.

Historia - - Sommaire N° 850 - PAR VÉRONIQUE DU­MAS - PHO­TO­GRA­PHIES : MA­NUEL CO­HEN

Aus­si exo­tique qu’in­so­lite, une porte chi­noise mo­nu­men­tale ap­pa­raît entre les arbres. Nous voi­ci de­vant l’en­trée du Jar­din tro­pi­cal, si­tué à l’ex­tré­mi­té est du bois de Vin­cennes. La cou­leur ver­millon de la struc­ture n’est plus qu’un loin­tain sou­ve­nir, et les sculp­tures qui or­naient le des­sus de l’arche cen­trale ont presque toutes dis­pa­ru, em­por­tées par la tem­pête de 1999. Té­moin du pas­sé, cette porte – ins­tal­lée à l’ori­gine sous la ver­rière du Grand Pa­lais lors de l’ex­po­si­tion co­lo­niale de Pa­ris de 1906 – sym­bo­lise l’his­toire de ce lieu mé­con­nu, long­temps lais­sé à l’aban­don et li­vré, hé­las, au van­da­lisme. Ou­vert par­tiel­le­ment au pu­blic en rai­son de la fra­gi­li­té du site, ce jar­din, pro­prié­té de la Ville de Pa­ris de­puis 2003, porte la mé­moire d’une époque ré­vo­lue. Il est créé en jan­vier 1899 sous l’égide du mi­nis­tère des Co­lo­nies, au sein des 16,6 hec­tares de ter­rain at­tri­bués au Mu­séum d’his­toire na­tu­relle, dans le bois de Vin­cennes. Sa nais­sance marque un pro­grès, à une époque où les res­sources agri­coles co­lo­niales sont pillées sans sou­ci du len­de­main. En 1897, l’in­gé­nieur agro­nome, na­tu­ra­liste et ex­plo­ra­teur Jean Dy­bows­ki, fils d’un of­fi­cier po­lo­nais im­mi­gré en France en 1830, est l’un des premiers à s’alar­mer de l’ex­ploi­ta­tion in­ten­sive de l’arbre à ca­ou­tchouc dans les Indes an­glaises.

Gre­nier de l’outre-mer

Il pré­co­nise d’ou­vrir des jar­dins ex­pé­ri­men­taux et ex­pose ses prin­cipes dans un ou­vrage qui lui vaut d’être nom­mé, deux ans plus tard, di­rec­teur du Jar­din d’es­sai co­lo­nial de Pa­ris, de­ve­nu en 1900 par dé­cret le Jar­din co­lo­nial. Les tra­vaux de construc­tion des bâ­ti­ments né­ces­saires à son fonc­tion­ne­ment com­mencent aus­si­tôt. Les pre­mières serres, en bois de pitch­pin imputrescible et en verre ca­thé­drale – tou­jours de­bout et as­sez bien conser­vées –, sont édi­fiées dans une clai­rière abri­tée des vents. Dy­bows­ki les veut fonc­tion­nelles et pé­da-

go­giques, car elles doivent ex­po­ser toutes les phases de dé­ve­lop­pe­ment d’une même plante. Cha­cune, de pe­tite taille – pour un chauffage plus fa­cile –, peut conte­nir près de 5 000 plants, prêts à être ex­pé­diés au- de­là des mers. Les co­lo­nies, mises à contri­bu­tion, fi­nancent l’éta­blis­se­ment. La re­cherche agro­no­mique tro­pi­cale est un pan ou­blié mais es­sen­tiel de la po­li­tique co­lo­niale de la IIIE Ré­pu­blique. Les jar­dins, amé­na­gés sous toutes les la­ti­tudes, per­mettent d’étu­dier les ca­pa­ci­tés d’adap­ta­tion des plantes consi­dé­rées comme les plus pro­duc­tives – ca­féiers, ca­caoyers ou ba­na­niers. Ils four­nissent en graines, en se­mis et en bou­tures les co­lons et leur donnent des conseils de culture. Le Jar­din co­lo­nial de Nogent- sur- Marne, qui s’étend au mo­ment de sa fon­da­tion sur près de trois hec­tares et com­prend éga­le­ment des laboratoires et de nom­breuses an­nexes ( ate­liers de me­nui­se­rie, d’em­bal­lage et de rem­po­tage), est le centre de ce ré­seau d’ins­ti­tu­tions agro­no­miques co­lo­niales. Il a aus­si pour mis­sion de dres­ser un in­ven­taire pré­cis des res­sources du do­maine co­lo­nial fran­çais et forme des scien­ti­fiques à tra­vers l’école na­tio­nale d’agri­cul­ture

DE­SI­GN ET NA­TURE. (1) La Porte chi­noise, dans le bois de Vin­cennes, ouvre sur le Jar­din. (2) Cette serre té­moigne des premiers amé­na­ge­ments du site, créé à l’ini­tia­tive d’un agro­nome et ex­plo­ra­teur, Jean Dy­bows­ki. (3) Es­pla­nade de style viet­na­mien avec, au pre­mier plan, une urne fu­né­raire ins­pi­rée du pa­lais royal de Hué. (4) Ce stu­pa (mo­nu­ment com­mé­mo­ra­tif boud­dhique), éri­gé en 1926, est dé­dié aux Cam­bod­giens et Lao­tiens tom­bés en 1914-1918.

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