« C’est Édouard VII qui a ren­du pos­sible l’en­tente cor­diale… »

HIS­TO­RIA – Pour­quoi avez-vous choi­si de consa­crer votre livre à Édouard VII ?

Historia - - Bio Et Essai -

STE­PHEN CLARKE – En ef­fec­tuant des re­cherches pour écrire 1 000 ans de mé­sen­tente cor­diale (Nil, 2012), j’ai réa­li­sé que le rôle his­to­rique d’édouard VII avait été lar­ge­ment sous-es­ti­mé. Outre-manche, il est sou­vent consi­dé­ré comme un don Juan dé­pour­vu d’envergure, mé­pri­sé par sa mère, la reine Vic­to­ria, et qui a dû at­tendre cin­quan­te­neuf ans pour ac­cé­der au trône. Or, ses vi­sites en France, consi­dé­rées comme des escapades fri­voles, lui ont per­mis d’échap­per au car­can mo­ra­li­sa­teur de ses aus­tères pa­rents et de de­ve­nir un di­plo­mate qui a fa­vo­ri­sé l’en­tente cor­diale.

Pour­quoi Édouard VII, que sa fa­mille ap­pe­lait fa­mi­liè­re­ment « Ber­tie », était-il si peu consi­dé­ré par sa mère ?

D’une part en rai­son de sa vie dis­so­lue, d’autre part car elle le te­nait pour res­pon­sable de la mort de son ma­ri, Al­bert de Saxe-co­bourg-go­tha (1819-1861). Lors d’un sé­jour aux ar­mées, le prince per­dit sa vir­gi­ni­té au­près d’une ac­trice ir­lan­daise – créa­ture qu’il re­ver­rait en­suite à Londres. Hor­ri­fié, le roi Al­bert, mo­ra­li­sa­teur à l’ex­cès, convo­qua son fils pour le re­mettre sur le droit che­min. Ils firent une longue pro­me­nade, au cours de la­quelle il se mit à pleu­voir. Se­lon Vic­to­ria, la san­té du roi Al­bert, dé­jà at­teint de la ty­phoïde, se dé­gra­da alors for­te­ment, et la faute in­com­ba à son re­je­ton.

Quelles étaient les re­la­tions fran­coan­glaises au mo­ment où Édouard VII ac­cède au trône en 1901 ?

Mau­vaises. Les deux pays s’étaient af­fron­tés mi­li­tai­re­ment et di­plo­ma­ti­que­ment – les An­glais prennent Fa­cho­da, les Fran­çais sou­tiennent les Boers… C’est contre l’avis de son gou­ver­ne­ment qu’édouard VII en­tame un rap­pro­che­ment avec la France. Sa per­son­na­li­té, sa fran­co­phi­lie ont per­mis de sé­duire l’opi­nion pu­blique et de rendre l’en­tente cor­diale pos­sible.

Quelle était la por­tée de cette al­liance ?

Il s’agis­sait de frei­ner l’al­le­magne mais aus­si, si on dé­cor­tique bien les textes, de ne pas se nuire mu­tuel­le­ment pour pour­suivre la conquête co­lo­niale ! Edouard VII, n un roi an­glais Made in France de Ste­phen Clarke (Al­bin Mi­chel, 384 p. 24 €)

Ber­tie est mort en 1910. Au­rait-il pu évi­ter la guerre en 1914 ?

À la fin de mon livre, j’ima­gine ce scé­na­rio, as­sez cré­dible. L’idée n’est pas de moi. J’ai re­trou­vé un dis­cours de Ray­mond Poin­ca­ré, qui en 1912, lors de l’inau­gu­ra­tion d’une sta­tue de Ber­tie à Cannes, où le roi sé­jour­nait sou­vent, évo­quait sa mé­moire en ren­dant hom­mage à l’homme de paix qu’il avait été et en sou­li­gnant qu’avec sa dis­pa­ri­tion la guerre était dé­sor­mais in­évi­table. Ber­tie était en ef­fet le seul homme ca­pable de conte­nir le Kai­ser. C’est un angle to­ta­le­ment mé­con­nu en An­gle­terre.

PRO­POS RE­CUEILLIS PAR YETTY HAGENDORF

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