LES AVEN­TURES DE DE­GAS « L’AMÉ­RI­CAIN »

À Co­pen­hague, les Han­sen réunissent, entre 1916 et 1918, une col­lec­tion d’oeuvres dans la­quelle le peintre fran­çais tient une place de choix.

Historia - - Expos - PAR ÉLI­SA­BETH COU­TU­RIER

Dès son plus jeune âge, Ed­gar De­gas, ber­cé par les ré­cits de sa mère, Célestine Mus­son, qui lui van­tait le charme de la Loui­siane, où elle avait gran­di en tant que des­cen­dante de co­lons fran­çais, rêve de dé­cou­vrir un jour le pays de ses an­cêtres. Mi­chel Mus­son, l’oncle d’ed­gar, y avait fait for­tune. Les jeunes frères d’ed­gar, Achille et Re­né, l’avaient re­joint pour faire du com­merce. De­gas, lui, at­ten­dra d’avoir 38 ans pour fou­ler cette terre pro­mise. L’ar­tiste, qui avait fait son ser­vice dans la Garde na­tio­nale du­rant le siège de Pa­ris par les Prus­siens et avait vé­cu la san­glante Com­mune en 1871, tra­ver­sait une pé­riode dif­fi­cile et stag­nait dans sa pein­ture. Un an plus tard, il se laisse convaincre par son frère Re­né, de pas­sage à Pa­ris, de par­tir avec lui à La Nou­vel­leOr­léans. Re­çu par sa fa­mille, De­gas s’im­merge dans cet autre monde. Un ate­lier est mis à sa dis­po­si­tion. Il se pro­mène, passe du temps dans les bu­reaux de son oncle (qu’il pein­dra avant de ren­trer à Pa­ris) et réa­lise les por­traits de ses pa­rents d’amé­rique. Il dé­couvre une so­cié- té en mu­ta­tion : la guerre de Sé­ces­sion (1861-1865) a rom­pu le sta­tu quo. Les fa­milles fran­co- créoles, comme la sienne, ré­sident dans le French Quar­ter et, at­ta­chées à leur mode de vie aris­to­cra­tique, sentent que ce mo­dèle tour­né vers le pas­sé est voué à dis­pa­raître de­vant des An­glo-saxons plus nom­breux et tour­nés vers l’ave­nir. Alors, du­rant les six mois que dure son sé­jour – de sep­tembre 1872 à mars 1873 –, De­gas peint 24 toiles, avec le dé­sir de sai­sir ses proches et leur en­vi­ron­ne­ment. Une oeuvre de cette pé­riode, da­tée de 1873, in­ti­tu­lée Cour d’une mai­son (Nou­velle-or­léans, esquisse), montre, avec une cer­taine nos­tal­gie, les en­fants de ses frères et de ses cou­sins jouant dans l’ar­rière-cour de la mai­son fa­mi­liale. Une oeuvre à ad­mi­rer au mu­sée Jacquemart-an­dré le temps de la pré­sen­ta­tion de la col­lec­tion du mu­sée Or­drup­gaard – fon­dé par les Han­sen à Co­pen­hage et ré­pu­té pour ses chefs-d’oeuvre im­pres­sion­nistes ain­si que po­stim­pres­sion­nistes. Le sé­jour de De­gas en Loui­siane marque une étape im­por­tante dans sa pein­ture : à son re­tour, l’ar­tiste aban­donne les su­jets his­to­riques de ses dé­buts, pré­fé­rant dé­sor­mais abor­der la réa­li­té quo­ti­dienne au plus près, à tra­vers le prisme de sa grande sen­si­bi­li­té. u

Le jar­din se­cret des Han­sen MU­SÉE JACQUEMART- AN­DRÉ, PA­RIS. Jus­qu’au 22 jan­vier

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.