VIN DES VILLES, VIN DE BOUR­GEOIS

Où l’on ap­prend que chaque gor­gée bue dans les ci­tés sauve un vi­gnoble !

Historia - - Le Vin -

Pen­dant des dé­cen­nies, le vin fut la bois­son des princes et du cler­gé. Le vi­gnoble était dis­sé­mi­né en de pe­tits îlots, liés le plus sou­vent à l’im­plan­ta­tion des congré­ga­tions re­li­gieuses. La pos­si­bi­li­té de créer un vi­gnoble était en ef­fet un cri­tère dé­ci­sif lors de l’éta­blis­se­ment d’un mo­nas­tère. Le vin est in­dis­pen­sable non seule­ment à l’eu­cha­ris­tie, mais aus­si à la vie quo­ti­dienne des moines. La prière et l’ac­cueil des pè­le­rins sont les deux pi­liers de l’ac­ti­vi­té mo­nas­tique. Les di­gni­taires de haut rang ac­cueillis dans les ab­bayes le temps du ra­chat de leurs pé­chés me­su­raient la ré­pu­ta­tion du lieu à la qua­li­té de ses re­liques et, plus en­core, à celle de ses vins. À par­tir du Moyen Âge cen­tral (XIE–XIIIE s.), la vigne de­vient « fille de la ville ». Avec la crois­sance ur­baine et l’en­ri­chis­se­ment des bour­geois, la consom­ma­tion de vin s’im­pose comme l’af­fir­ma­tion de leur réus­site. La de­mande ex­plose et les consé­quences sont im­menses pour le pay­sage de nos cam­pagnes. Car le vi­gnoble mar­chand doit son dé­ve­lop­pe­ment à la proxi­mi­té des villes où de grands axes de com­mu­ni­ca­tion lui en fa­ci­litent l’ac­cès : les villes por­tuaires, ma­ri­times ou flu­viales, sont les plus pri­vi­lé­giées, l’es­sen­tiel du trans­port des bar­riques ayant lieu par ba­teaux. Et, comme l’a dé­mon­tré Ro­ger Dion, les villes qui res­tent en de­hors de ce com­merce voient leur vi­gnoble ré­duit à l’ap­pro­vi­sion­ne­ment du mar­ché lo­cal… À LIRE : Voyage au pays du vin, sous la dir. de F. Ar­god-du­tard, P. Char­vet et S. La­vaud (Ro­bert Laf­font, coll. « Bou­quins », 2007) et His­toire de la vigne

et du vin en France, de R. Dion (CNRS édi­tions, 2010).

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.