La femme, ave­nir de l'en­tre­pre­neu­riat fran­çais ? Ce qu'ils et elles en disent …

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Jean-Louis Gré­goire, Di­rec­teur Gé­né­ral des JDE (jour­nées de l'en­tre­pre­neur).

« Il s'agit d'une ques­tion pro­vo­ca­trice ! Quoi­qu'il en soit, une as­so­cia­tion de dé­fense des en­tre­pre­neurs comme la nôtre compte de plus en plus de femmes en­tre­pre­neures qui pos­tulent à des évé­ne­ments que nous or­ga­ni­sons, no­tam­ment une ma­ni­fes­ta­tion que nous or­ches­trons chaque an­née pour la­quelle nous comp­tons entre vingt et trente chefs d'en­tre­prise sé­lec­tion­nés par un ju­ry et qui s'ap­pelle le G20 YES ( Young En­tre­pre­neur Sum­mit). Celle-ci a lieu juste avant le G20 politique et nous amène à nous réunir afin de plan­cher sur des thèmes qui sont les mêmes dans tous les pays du G20. Ce­la peut être l'ac­cès au fi­nan­ce­ment, la for­ma­tion, l'enseignement, la né­ces­si­té d'un cadre ré­gle­men­taire stable, etc. C'est là un signe ré­vé­lant com­bien les femmes, en par­ti­cu­lier celles de la nou­velle gé­né­ra­tion, grâce à la mise en place de me­sures comme le sta­tut d'au­to-en­tre­pre­neur, ex­priment leur dé­sir de plus en plus à s'im­pli­quer dans le tis­su éco­no­mique fran­çais en créant leur propre en­tre­prise. Beau­coup de ces en­tre­pre­neures choi­sissent d'oeu­vrer dans l'uni­vers du web, de l'évé­ne­men­tiel, de la com­mu­ni­ca­tion, du mar­ke­ting et des ser­vices. Mais de là à af­fir­mer qu'une femme chef d'en­tre­prise est meilleure ges­tion­naire qu'un homme re­lève à mon sens du pur ar­gu­ment politique. Au ni­veau ré­sul­tats des en­tre­prises en tous cas, je constate que pour l'heure ils sont sen­si­ble­ment équi­va­lents, que celles-ci soient di­ri­gées par des femmes ou par des hommes. La grande dif­fé­rence ne tient pas au sexe, mais au fait pour le chef d'en­tre­prise d'être men­to­ré et ac­com­pa­gné. Se­lon les statistiques dont nous dis­po­sons, à par­tir du mo­ment où un en­tre­pre­neur est ac­com­pa­gné et conseillé grâce à un sys­tème de men­to­ring ré­gu­lier, le taux de sur­vie d'une en­tre­prise est de 88% alors qu'un en­tre­pre­neur li­vré à lui-même, n'ayant per­sonne pour lui ser­vir de mi­roir, n'a qu'un taux de 50%. Par consé­quent, on au­ra beau glo­ser au­tour du « sexe des anges », je crois que ce sont en fait les condi­tions dans les­quelles les en­tre­pre­neurs évo­luent qui consti­tuent l'une des clés de leur pé­ren­ni­té et de leur suc­cès ».

Sa bio :

Nor­mand de nais­sance (il a vu le jour à Caen en 1945), ce­lui tout-à-la fois di­plô­mé en 1968 de l'École de Ma­na­ge­ment de Nor­man­die et d'un MBA Mar­ke­ting de la Mi­chi­gan State Uni­ver­si­ty ob­te­nu en 1970 a com­men­cé par ef­fec­tuer ses pre­miers pas pro­fes­sion­nels en 1972 chez Xe­rox, d'abord en France dans des fonc­tions com­mer­ciales et d'en­ca­dre­ment, puis à par­tir de 1976 à Londres comme chef de pro­duit eu­ro­péen. Trois ans plus tard, il dé­mis­sionne pour in­té­grer le ca­bi­net de conseil en stra­té­gie AT Kear­ney suc­ces­si­ve­ment à Chi­ca­go et, à comp­ter de 1980, à Pa­ris. En 1984, il re­trouve la sphère de l'en­tre­prise en tra­vaillant à la Hol­ding de DMC (Doll­fuss Mieg & Cie-tex­tile) en tant que res­pon­sable mar­ke­ting groupe au sein de la Di­rec­tion Pla­ni­fi­ca­tion Stra­té­gique. Deux ans plus tard, il ral­lie le groupe de bu­reau­tique an­glo-saxon Ges­tet­ner/NRG, d'abord comme Di­rec­teur des Opé­ra­tions, puis Di­rec­teur Gé­né­ral ad­joint, PDG en­fin. Au bout d'une dé­cen­nie, il ac­cepte la pro­po­si­tion du groupe ja­po­nais Ca­non de re­joindre ses rangs. Il oc­cu­pe­ra dif­fé­rents postes de di­rec­tion ré­gio­nale avant d'être pro­mu au rang de Vice-pré­sident stra­té­gie de Ca­non Eu­rope, Moyen-Orient et Afrique au siège eu­ro­péen im­plan­té par la firme à Londres. De re­tour dans l'Hexa­gone à la fin de l'an­née 2010, il dé­cide de par­ta­ger son ex­pé­rience de di­ri­geant d'en­tre­prise en tant que « se­nior ad­vi­sor » et ad­mi­nis­tra­teur tout en s'oc­cu­pant pa­ral­lè­le­ment ac­ti­ve­ment de l'as­so­cia­tion « Les Jour­nées de l'En­tre­pre­neur ».

An­nie Com­belles, Pré­sident du Di­rec­toire de Ins­pea­rit, so­cié­té de conseil en tech­no­lo­gies de l'in­for­ma­tion. Elle a par ailleurs pu­blié « La réus­site en­tre­pre­neu­riale a-t-elle un sexe ? » au Cercle des Echos.

« J'ai une po­si­tion rai­son­née sur le su­jet dans le sens où, ef­fec­ti­ve­ment, on dit les femmes meilleures ges­tion­naires. Des statistiques ont du reste été pu­bliées à ce su­jet mon­trant que les en­tre­prises créées par des femmes dé­gagent de meilleurs ré­sul­tats et ont des crois­sances plus fortes. Je pense que face aux risques, parce qu'un en­tre­pre­neur est for­cé d'en prendre tout au long du dé­ve­lop­pe­ment de son ac­ti­vi­té, la femme au­ra sans doute un rai­son­ne­ment beau­coup plus po­sé et moins « coup de coeur ou de sang » qu'un homme. Une at­ti­tude qui ex­pli­que­ra qu'elle pren­dra un peu moins de risque et s'en por­te­ra donc mieux. Néan­moins, je pense qu'il s'agit tout de même là de cli­chés écu­lés et qu'il y a au­tant d'ex­cel­lents en­tre­pre­neurs hommes avec même sou­vent des réus­sites plus spec­ta­cu­laires. Je suis de ce fait plus mi­ti­gée sur le co­co­ri­co des femmes ! Ce que je re­marque quant même en tant que men­tor pour l'as­so­cia­tion WBMI (wo­men men­to­ring bu­si­ness ini­tia­tive) où seules les en­tre­pre­neures dont l'en­tre­prise a plus de trois ans d'exis­tence peuvent bé­né­fi­cier de ce ser­vice, c'est que je fais face à des femmes ayant toutes des par­cours ex­cep­tion­nels dans la me­sure où se pro­file une ex­tra­or­di­naire his­toire der­rière la créa­tion de leurs en­tre­prises. Il s'agit sou­vent d'ailleurs de pe­tites struc­tures parce qu'elles veulent ain­si mé­na­ger leur vie per­son­nelle et leurs convic­tions morales et éthiques avec leur vie pro­fes­sion­nelle, au­tant de choses dont les hommes se sou­cie­ront peut-être un peu moins. Après, sa­voir si les femmes sont l'ave­nir de l'en­tre­pre­neu­riat, de mon point de vue je di­rai ni plus, ni moins que les hommes. Je pense qu'il s'agit d'une ques­tion d'en­vie, d'en­thou­siasme de créer. Et pour moi il s'agit d'une as­sez grande er­reur de se dire qu'il faut en­sei­gner l'en­tre­prise dans le se­con­daire et les grandes écoles. On ne trans­forme pas quel­qu'un à de­ve­nir en­tre­pre­neur s'il n'a pas dé­jà en lui un cer­tain nombre de gènes in­trin­sèques pour créer. Ce n'est pas un par­cours de san­té tous les jours que de pi­lo­ter une en­tre­prise avec son flot de dif­fi­cul­tés à sur­mon­ter et à gé­rer, que l'on soit une femme ou un homme, même s'il est vrai que l'on a l'im­pres­sion que pour les femmes les dif­fi­cul­tés pa­raissent un peu plus im­por­tantes. Lors­qu'une femme va voir son ban­quier pour de­man­der un cré­dit ou ob­te­nir un haut de bi­lan, force est de consta­ter que c'est sou­vent plus dif­fi­cile pour elle que pour un homme parce qu'il lui faut dé­mon­trer beau­coup plus de choses ».

Sa bio : A dire vrai, ce n'est pas le tailleur strict (mais élé­gant!) de Pré­sident du di­rec­toire (elle tient à conser­ver ce titre au mas­cu­lin pour sa di­men­sion gé­né­rique) que toute jeune fille elle ima­gi­nait re­vê­tir dans sa vie pro­fes­sion­nelle, mais la blouse blanche de mé­de­cin tou­jours prête à s'ac­ti­ver au che­vet des pa­tients. Un rêve que l'in­flexible vo­lon­té de son père, in­gé­nieur chi­miste de pro­fes­sion, de ne sur­tout pas voir sa fille perdre son temps dans les méandres uni­ver­si­taires a fi­ni par di­luer. Elle se re­trouve donc à faire maths sup', puis maths spé avant d'in­té­grer Sup Aé­ro de Tou­louse par in­té­rêt pour la mé­ca­nique du vol, à la pro­pul­sion et aux fu­sées. Elle s'ima­gine un temps de­ve­nir pi­lote d'es­sai pour Das­sault ou Air­bus. Au bout du compte, la voi­là qui at­ter­rit chez le se­cond avion­neur comme res­pon­sable du dé­ve­lop­pe­ment des sys­tèmes de pi­lo­tage au­to­ma­tique pour l'Air­bus A310. Une ac­ti­vi­té, si l'on ose dire, de haute voltige qui ne l'em­pêche pas de coif­fer en pa­ral­lèle la cas­quette de mère de fa­mille en don­nant nais­sance à deux en­fants. Son par­cours pro­fes­sion­nel bi­furque en­suite chez Thom­son-CSF, puis au CEA, dans l'in­gé­nie­rie in­for­ma­tique. Mais en 1989, tan­dis que la France cé­lèbre en grandes pompes le bi­cen­te­naire de la Ré­vo­lu­tion, la dame ef­fec­tue sa propre (r)évo­lu­tion per­ma­nente en fon­dant sa so­cié­té de conseil en in­for­ma­tique sous le nom d'Ob­jec­tif Tech­no­lo­gie. Une ac­ti­vi­té qui l'amène à s'im­pli­quer tout par­ti­cu­liè­re­ment dans les pro­jets de re­cherche eu­ro­péen « Es­prit ». Ce qui lui vaut d'être la pre­mière fran­çaise cer­ti­fiée en or­ga­ni­sa­tion in­for­ma­tique et le pre­mier éva­lua­teur eu­ro­péen cer­ti­fié et de trans­for­mer sa «pe­tite » en­tre­prise qu'elle mène d'une main de fer dans un gant de ve­lours en fi­liale fran­çaise de DNV IT Glo­bal Ser­vices dont elle se­ra Pré­sident France de 2006 à 2010. En 2011, suite au ra­chat par le groupe MBO de DNV IT Glo­bal Ser­vices qui se voit alors re­bap­ti­sé Ins­pea­rit, elle est nom­mée Pré­sident du di­rec­toire. Pre­mière fran­çaise aus­si à se voir ad­mettre au board du très pres­ti­gieux IEEE (Ins­ti­tute of Elec­tri­cal and Elec­tro­nics En­gi­neers) Com­pu­ter So­cie­ty, cette per­son­na­li­té aus­si at­ta­chante que cha­ris­ma­tique se plaît à af­fir­mer n'avoir ja­mais été trai­tée dif­fé­rem­ment sous le pré­texte d'être une femme.

Do­mi­nique Le­maire, Di­rec­teur na­tio­nal de l'IFAG, École su­pé­rieure de ma­na­ge­ment.

« Ma ré­ponse est très clai­re­ment oui. Et ce, pour plu­sieurs rai­sons. D'abord, pour les qua­li­tés et les com­pé­tences des femmes qui, se­lon une ré­cente en­quête me­née sur le su­jet, s'avèrent pro­fes­sion­nel­le­ment tout-à-la fois ef­fi­caces, au­da­cieuses, am­bi­tieuses et créa­tives. Au­tant d'atouts qui ne font que s'épa­nouir dans la créa­tion et le ma­na­ge­ment d'en­tre­prise. En outre, mal­gré le dis­po­si­tif ins­ti­tué par la loi de 1972, il ne faut pas ou­blier qu'au re­gard des in­éga­li­tés de trai­te­ment dont elles sont au­jourd'hui en­core l'ob­jet dans leur vie pro­fes­sion­nelle, les femmes ont tout in­té­rêt à mon­ter leur propre af­faire pour s'as­su­rer cette réelle éga­li­té. Il ne faut pas non plus ou­blier qu'avec la mise en oeuvre de nou­veaux sta­tuts d'en­tre­pre­neur et le fort dé­ve­lop­pe­ment de l'en­tre­pre­neu­riat dans le nu­mé­rique, les femmes qui se re­trouvent ma­jo­ri­tai­re­ment en­core à de­voir as­su­mer un peu plus que les hommes la ges­tion du quo­ti­dien ont une carte à jouer par ces dif­fé­rents biais. C'est d'ailleurs ce qui m'in­cite à pen­ser que l'on va as­sis­ter dans les pro­chaines an­nées à un fort dé­ve­lop­pe­ment de l'en­tre­pre­neu­riat chez les femmes. D'au­tant qu'avec la nou­velle gé­né­ra­tion, la Y, voire même la Z, les femmes vont très clai­re­ment af­fir­mer leur in­dé­pen­dance en dé­ve­lop­pant les en­tre­prises de de­main. Preuve en est avec le constat que je fais tous les jours au ni­veau de notre ré­seau d'écoles où les femmes re­ven­diquent sans ré­serve au­cune cette vo­lon­té de prendre leur des­tin en main en se lan­çant dans l'aven­ture d'une en­tre­prise en propre. D'ailleurs, à l'is­sue de leur sco­la­ri­té chez nous, une grande ma­jo­ri­té d'entre elles concré­tise leur pro­jet en lan­çant leurs ac­ti­vi­tés. Je ci­te­rai l'exemple as­sez éton­nant d'une jeune femme du nom de Ma­rion Prieur qui, lors­qu'elle a in­té­gré l'IFAG, a d'en­trée de jeu choi­si un rythme de sco­la­ri­té par al­ter­nance afin de pou­voir dé­ve­lop­per en pa­ral­lèle à ses cours une en­tre­prise sur le web avec l'éla­bo­ra­tion d'un ou­til de ges­tion de pro­jet en ligne. Ce­la fait main­te­nant trois ans qu'elle la gère avec un vrai suc­cès. Ce cas me pa­raît par­ti­cu­liè­re­ment ré­vé­la­teur pour m'in­ci­ter à pen­ser et à dire qu'au­jourd'hui, les femmes sont beau­coup plus à même, du moins celles ap­par­te­nant à la nou­velle gé­né­ra­tion, de re­pré­sen­ter cet ave­nir dont l'en­tre­pre­neu­riat fran­çais a ter­ri­ble­ment be­soin ».

Sa bio :

Ce tout juste qua­ran­te­naire est ar­ri­vé à la tête du ré­seau na­tio­nal des centres IFAG de France (soit treize éta­blis­se­ments au to­tal) en jan­vier 2011. Au de­meu­rant pas fran­che­ment une to­tale nou­veau­té pour ce­lui qui est lui-même di­plô­mé (pro­mo­tion 19995) de cette École su­pé­rieure de ma­na­ge­ment et a as­su­mé la di­rec­tion de l'IFAG Mont­lu­çon. Mais ses pre­miers pas pro­fes­sion­nels, c'est au sein du groupe Ri­card qu'il les ef­fec­tue, d'abord comme Chef de ser­vice pro­mo­tions ex­té­rieures à Lyon, puis au ser­vice grande dis­tri­bu­tion en Isère. Pro­mu en 2000 chef des ventes hors do­mi­cile dans le Nord, et parce que « le na­tu­rel fi­nit tou­jours par re­ve­nir au ga­lop », lui qui coif­fait alors en pa­ral­lèle la cas­quette de Pré­sident de l'as­so­cia­tion des di­plô­més mont­lu­çon­nais ral­lie en 2002 l'IFAG Mont­lu­çon afin d'en prendre la di­rec­tion. Membre de­puis 2003 des di­ri­geants com­mer­ciaux de France, pre­mier ré­seau des ma­na­gers de la fonc­tion com­mer­ciale, cet homme de dia­logue dont la fibre en­tre­pre­neu­riale n'a ja­mais ces­sé de vi­brer as­sume éga­le­ment la fonc­tion de Pré­sident na­tio­nal de la Table ronde fran­çaise. Une as­so­cia­tion hu­ma­niste qui ras­semble des hommes de moins de 40 ans is­sus d'ori­gines so­ciales ou pro­fes­sion­nelles di­verses.

Da­nielle Des­guées, Fon­da­trice et Di­rec­trice Gé­né­rale de BGE PaRIF, Ré­seau na­tio­nal d'ap­pui aux en­tre­pre­neurs.

« Pour ne pas ver­ser dans une ré­ponse par trop « Ca­fé du Com­merce », je di­rai d'abord qu'il y a vrai­ment un pro­fil d'en­tre­pre­neur chez les femmes avec une ca­pa­ci­té ex­trê­me­ment forte à sa­voir gé­rer sur un temps long. Un constat que j'ai d'ailleurs pu faire dans le cadre des cou­veuses que nous avons mises en place, dont le but est de per­mettre à des en­tre­pre­neurs de pou­voir fon­der une so­cié­té tout en conser­vant leur sta­tut so­cial ini­tial, qu'ils soient sa­la­riés, de­man­deurs d'em­ploi ou bé­né­fi­ciaires du RSA. Ce, en leur don­nant la pos­si­bi­li­té de tes­ter l'en­tre­pre­neu­riat via le prêt d'un K bis, en les coa­chant, en les for­mant, en leur fa­vo­ri­sant des ren­contres ré­gu­lières avec des ex­perts et d'autres créa­teurs d'en­tre­prise is­sus de tous les do­maines d'ac­ti­vi­té. Or, si pour ce qui concerne l'ac­ti­vi­té gé­né­rale d'ap­pui à l'en­tre­pre­neu­riat, nous re­cen­sons 70% d'hommes, dans le cadre des cou­veuses en re­vanche, ce sont les femmes qui re­pré­sentent 70%. Il y a là une di­men­sion in­té­res­sante à re­le­ver dans la me­sure où si un homme peut créer une en­tre­prise, si j'ose la for­mule, d'un cla­que­ment de doigt sans for­cé­ment beau­coup ré­flé­chir à tout ce que cette dé­ci­sion va im­pac­ter sur son en­vi­ron­ne­ment proche, cette for­mule de cou­veuse qui n'était pas ini­tia­le­ment spé­ci­fi­que­ment pen­sé pour les femmes s'est ré­vé­lé lar­ge­ment adop­tée par ces der­nières. Ce sys­tème leur per­met en ef­fet de pou­voir mon­ter leur en­tre­prise de ma­nière pro­gres­sive et de gé­rer tout le back- of­fice, choses aux­quelles les hommes vont gé­né­ra­le­ment un pe­tit peu moins se pré­oc­cu­per. Dans un dis­po­si­tif où, ef­fec­ti­ve­ment, on prend le temps de mettre en place les élé­ments de fa­çon du­rable, ce se­ront ma­jo­ri­tai­re­ment les femmes qui op­te­ront pour cette voie et se lan­ce­ront alors dans l'aven­ture de la créa­tion d'en­tre­prise. Cette pro­pen­sion à préa­la­ble­ment tout bien ca­drer est as­sez ré­vé­la­teur et re­pré­sen­ta­tif d'un pro­fil fé­mi­nin qui va d'abord prendre la me­sure des risques à as­su­mer. Ce n'est ce­pen­dant pas tant sur un sou­ci de pé­ren­ni­té que cette spé­ci­fi­ci­té fé­mi­nine va jouer que dans le bon équi­libre in­terne et ex­terne. Les femmes sont beau­coup plus at­ten­tives à l'en­semble des points qui consti­tuent l'en­tre­prise, qu'ils soient d'ordre éco­no­mique ou so­cial. Il y a chez la femme une fa­çon de gé­rer la pro­blé­ma­tique dans son en­semble parce qu'elle est plus ca­drée dans son ap­pré­hen­sion du monde qui l'en­toure et sait da­van­tage qu'un homme sé­pa­rer le temps. Je le vois bien dans les es­paces de co-wor­king que nous avons mis en place où on se rend compte que les hommes n'ont ab­so­lu­ment pas la ca­pa­ci­té d'être chez eux et de tra­vailler alors que les femmes savent ab­so­lu­ment sé­quen­cer leur temps et leurs dif­fé­rentes tâches. Ce­la étant, pour avoir des femmes en­tre­pre­neures dont notre so­cié­té a be­soin, il est im­pé­ra­tif qu'elles se sentent sou­te­nues psy­cho­lo­gi­que­ment parce que force est de le consta­ter, il est plus dif­fi­cile glo­ba­le­ment pour une femme de se lan­cer dans la créa­tion d'en­tre­prise. Il lui faut en per­ma­nence prou­ver qu'elle est à la hau­teur de son am­bi­tion. Une dé­marche de sou­tien qui doit faire consen­sus na­tio­nal pour les ame­ner à une réus­site et donc à per­son­ni­fier l'ave­nir de nos en­tre­prises ».

Sa bio : Parce que « bon sang d'en­tre­pre­neur ne sau­rait men­tir », cette pa­ri­sienne pur jus a tou­jours res­sen­ti de ma­nière plus ou moins cons­ciente ce goût de l'aven­ture et du risque ayant in­ci­té ses pa­rents à en­dos­ser la ca­saque de chefs d'en­tre­prise. Une fibre qui la conduit, alors qu'elle est en­core à l'école pri­maire, à mettre en or­bite un Club contre la vi­vi­sec­tion au sein de sa classe, puis, au fil des an­nées, à s'in­ves­tir tout au long de ses études dans un cer­tain nombre d'as­so­cia­tions. Après un pas­sage sur les bancs de Pa­ris Dau­phine, la jeune fille s'en­vole pour les États-Unis afin d'y fré­quen­ter l'Uni­ver­si­té de Tuc­son en Ari­zo­na avant de re­prendre son es­sor, di­rec­tion cette fois Mon­tréal, pour ral­lier HEC En­tre­pre­neurs. Un cur­sus brillant qui lui per­met de réa­li­ser que son des­tin pro­fes­sion­nel ne s'ac­com­pli­rait pas au sein de grands groupes à l'af­fût pour­tant de pro­fils tels que le sien. Après un cer­tain nombre de stages ef­fec­tués dans dif­fé­rentes en­tre­prises en France et à l'étran­ger, elle tâte un peu de jour­na­lisme que sa soif d'ou­ver­ture sur le monde in­ter­pelle pour fi­na­le­ment s'aban­don­ner à l'ir­ré­sis­tible ap­pel de l'en­tre­pre­neu­riat. En 1979, la voi­là qui co-fonde le Ré­seau des Bou­tiques de Ges­tion re­bap­ti­sé quelques an­nées plus tard BGE PaRIF Ré­seau na­tio­nal d'ap­pui aux en­tre­pre­neurs. Très in­ves­tie pro­fes­sion­nel­le­ment, cette par­faite po­ly­glotte (elle parle cou­ram­ment l'an­glais et l'es­pa­gnol et pos­sède de so­lides no­tions de grec mo­derne), au­teure du livre «cha­cun créé son em­ploi » et de plu­sieurs rap­ports sur le cha­pitre de l'en­tre­prise, ex­perte éco­no­mique de dif­fé­rents pro­grammes de dé­ve­lop­pe­ment lo­cal, or­ga­ni­sa­trice à l'oc­ca­sion de col­loques et de confé­rences, en­sei­gnante éga­le­ment (à Pa­ris Dau­phine, Mas­ter 2 op­tion en­tre­pre­neu­riat), outre le fait d'avoir été ré­cem­ment pro­mue au grade d'Of­fi­cier de la lé­gion d'Hon­neur, est ac­tuel­le­ment membre de la Com­mis­sion Par­ti­cu­lière du Dé­bat Pu­blic « Pro­jet de Grand Stade de la Fé­dé­ra­tion Fran­çaise de Rug­by ».

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