Fré­dé­ric Tad­deï, « tout de suite main­te­nant »

Infrarouge - - INTERVIEW - Par Her­vé Prou­teau.

Il est, sans au­cun doute, l’un des jour­na­listes les plus doués de sa gé­né­ra­tion. Et ce­lui qui fait le plus de ci­né­ma, alors qu’il anime l’émis­sion d’in­for­ma­tion dé­jà culte « Ce soir ou jamais ». Ren­contre avec le plus ca­bot des in­tel­los, le plus crâ­neur des têtes bien faites.

Pour qui vous prend-on par­fois ?

Il m’est ar­ri­vé qu’on me prenne pour Ariel Wiz­man, no­tam­ment à l’époque où je fai­sais Pa­ris Der­nière. Et une fois, à une fête de Canal Plus, j’étais au bar avec Phi­lippe Vec­chi lorsque Sa­my Na­ce­ri est ar­ri­vé et qu’il nous a re­gar­dés éba­hi avant de lan­cer : « ça alors, j’ai tou­jours cru que vous étiez le même ! ».

A pro­pos de « Pa­ris Der­nière », est-ce là que vous avez pris goût aux im­pré­vus ?

J’adore ça ! Par­ti­cu­liè­re­ment à la télé, ça me glisse des­sus. Dans Pa­ris Der­nière, des gens qu’on n’avait pas pré­vus de ren­con­trer de­ve­naient les ve­dettes de l’émis­sion. Et par­fois l’in­vi­té pré­vu n’ar­ri­vait pas…

Ça vous est ar­ri­vé ?

Une fois, dans « Ce soir ou jamais », avec Pa­trick Tim­sit qui n’est pas ve­nu. Quand on est en di­rect, ce n’est pas vous qui ar­rê­tez l’émis­sion, c’est l’émis­sion qui s’ar­rête. J’ai meu­blé, j’ai en­voyé des images pen­dant 7 ou 8 mi­nutes, et j’étais presque dé­çu lors­qu’il est fi­na­le­ment ar­ri­vé ! (rires) J’aime être dé­sta­bi­li­sé. C’est un complexe de su­pé­rio­ri­té.

Quelle est l’ap­pel­la­tion que vous pré­fé­rez pour dé­crire votre mé­tier ou vos ac­ti­vi­tés ?

Ani­ma­teur : je n’aime pas. Au fond de moi, je suis plus jour­na­liste qu’autre chose. Ani­ma­teur, ça me fait pen­ser au Club Med, il y a un cô­té ba­te­leur. Je ne me sens pas « pré­sen­ta­teur ». Interviewer, j’aime bien, mais je ne fais pas que ça. Jour­na­liste, c’est pas si mal !

Une qua­li­té qui vous fait cruel­le­ment dé­faut dans l’exer­cice de vos fonc­tions ?

La vraie, je ne peux pas la dire. Je re­mets tou­jours tout au der­nier mo­ment. Je ne tra­vaille jamais que dans l’ur­gence. Dé­jà pe­tit, je fai­sais mes de­voirs le ma­tin. Et je pousse le vice par­fois, his­toire de voir comment je vais m’en sor­tir…

Quel est le pe­tit dé­faut, qui dans votre mé­tier, peut de­ve­nir une grande qua­li­té ?

Il y en a plein. D’être mal éle­vé par exemple. Thier­ry Ar­dis­son en a fait une vraie qua­li­té dans ses in­ter­views. Il ose des trucs que je ne fe­rais jamais. En ce qui me concerne, je saute d’un su­jet à l ’autre. J’en souffre, mais j’en ai fait une chose in­dis­so­ciable de moi.

Quel est le com­pli­ment qui vous dé­sta­bi­lise par­fois ?

« J’aime beau­coup ce que vous faites ». Il n’y a rien à ré­pondre, la conver­sa­tion s’ar­rête im­mé­dia­te­ment ! Je ne peux d’ailleurs que ré­pondre : « Vous êtes bien in­dul­gent ». Ça me fait pen­ser à une anec­dote crous­tillante à ce pro­pos.

Nous sommes tout ouïe…

J’étais au Ma­this, et il y avait toute la fine fleur du ci­né­ma fran­çais qui était éba­hie et qui se suc­cé­dait au bar pour sa­luer et fé­li­ci­ter Quen­tin Ta­ran­ti­no qui pre­nait un verre. Ils res­taient tous, cha­cun leur tour trente se­condes, le temps de le fé­li­ci­ter. J’y suis al­lé à mon tour, et je suis res­té une de­mi-heure à échan­ger avec lui en sa­vou­rant mon « triomphe ». Une fois re­ve­nu par­mi eux, ils m’ont de­man­dé comment j’avais fait. Le truc était simple, ils lui avaient tous dit la même chose sous forme de com­pli­ment, moi, je lui avais fait deux cri­tiques qui ont éveillé son in­té­rêt.

Quel est le truc le plus faux qui cir­cule sur vous ?

C’est que je re­vends les livres que l’on m’en­voie ! Un li­braire a dit que je lui ven­dais des livres dé­di­ca­cés par­mi ceux qui ar­rivent à mon bu­reau.

Un ta­lent qu’on ne vous connaît pas en­core ?

Je des­sine très bien. En­fin, des des­sins hu­mo­ris­tiques.

Une cri­tique qui vous a fait avan­cer ?

Peut-être celle de Jean-Pierre El­ka­bach lors­qu’ i l m’a en­ga­gé à Eu­rope 1, pour mes ta­lents d’interviewer de Pa­ris Der­nière. Il m’avait mis en garde : « at­ten­tion, à la ra­dio pen­dant une heure, il ne suf­fi­ra pas de po­ser des bonnes ques­tions, il fau­dra aus­si des ré­ponses…».

Ceux qui font de la télé avouent sou­vent ne pas la re­gar­der, alors que ceux qui chantent adorent al­ler à des concerts. Comment ex­pli­quez­vous ce pa­ra­doxe ?

Vous po­sez mal la ques­tion. La télé, c ’e s t comme l ’a mour. J ’a dore faire l’amour… mais je n’aime pas par­ti­cu­liè­re­ment re­gar­der les autres le faire ! C’est Or­son Welles qui di­sait : « il ne faut pas trop re­gar­der ceux qui font le même mé­tier que soi. »

Une mode à la­quelle vous avez fi­ni par suc­com­ber ?

Avoir une montre. Je me suis ache­té la pre­mière à 34 ans. Avant, je re­gar­dais l’heure sur les parc­mètres. Et puis, comme tout le monde, j’ai fi­ni par mon­ter moi aus­si un pure player que j’ai lan­cé en dé­cembre www. news­ring.fr, pre­mier site de dé­bats. Je suis très fier d’être le pure player qui a ré­col­té la plus grosse mise de fonds (3,5 mil­lions d’€).

A quel mo­ment de la jour­née vous amu­sez­vous le plus ?

Entre 1h et 3h du ma­tin, c’est le seul mo­ment où per­sonne ne me té­lé­phone, alors que je ne dors pas.

Pour fi­nir, un dic­ton qui vous ré­sume bien ?

La vie est belle pour ceux qui n’en ont pas peur ! Re­trou­vez Fré­dé­ric Tad­deï tous les mar­dis soir, sur France 3, avec « Ce soir ou jamais », Et sur www.news­ring.fr, le site d’ac­tua­li­té et de dé­bats.

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