Roxane Mes­qui­da

LUEUR ES­TI­VALE

Infrarouge - - LA UNE - Par Aude Ber­nard- Treille

Quel genre de femme êtes- vous ?

Je suis un peu tout et son contraire, je suis Ba­lance. In­dé­cise, sauf pour les choses im­por­tantes comme choi­sir un film, alors je le fais très ra­pi­de­ment sans me trom­per. Je suis aus­si per­fec­tion­niste, exi­geante, et ca­sa­nière.

Avec qui vous a- t- on dé­jà confon­due ?

Quand An­dr­zej Zu­laws­ki est mort j’ai pos­té une pho­to de Ro­my Sch­nei­der sur Fa­ce­book. Elle avait tour­né dans L’im­por­tant c’est d’ai­mer. Sur les com­men­taires, on me di­sait « Tu es trop belle » , il pa­raît que je lui res­semble. Et aux États- Unis, au Star­bucks, le ser­veur a écrit « Eva » pour Eva Green sur mon ca­fé, sans me de­man­der mon pré­nom.

Comment dé­cri­riez- vous le film Mal­gré la nuit ?

C’est un film qui est dif­fi­cile à ex­pli­quer car Gran­drieux a une ma­nière de tra­vailler très ar­tis­tique. Il y a peu de films de ce genre avec des plans très longs, du si­lence, des images sombres ; d’ailleurs un de ses films se nomme

Sombre. On a plus l’ha­bi­tude d’un sce­na­rio avec des actes qui se suivent de fa­çon claire. Avec lui, les règles sont com­plè­te­ment cas­sées, alors ses films sont da­van­tage une ex­pé­rience.

À quel mo­ment avez- vous su que vous pour­riez in­ter­pré­ter le per­son­nage de Lé­na ?

Fi­gu­rez- vous que j’ai ac­cep­té le rôle sans avoir lu quoi que ce soit car je suis fan de Gran­drieux de­puis long­temps, j’ai vu tous ses films, et on s’était ren­con­trés il y a quatre ans. Entre- temps il n’avait pas eu tous les fi­nan­ce­ments pour le film, il est par­ti don­ner des cours à Har­vard puis deux ans plus tard il est re­ve­nu. Et il m’a re­con­tac­tée.

Votre jeu semble très na­tu­rel, est- ce parce que Lé­na vous res­semble quelque part ?

Je ne crois pas trop au cô­té « Ac­tor’s stu­dio » , je ne suis pas dans l’in­ter­pré­ta­tion, je pense qu’on donne tous quelque chose de soi quand on est de­vant la ca­mé­ra. J’es­saye d’être au plus près de la sin­cé­ri­té et de l’émo­tion. Il s’agit de quelque chose d’as­sez brut. C’est sou­vent la pein­ture qui m’ins­pire, j’aime beau­coup les im­pres­sion­nistes et d’ailleurs j’ai tou­jours eu du mal avec l’art contem­po­rain car c’est le seul art qu’on doive ex­pli­quer. On com­prend quand on lit l’in­ter­pré­ta­tion de l’ar­tiste et à ce mo­ment- là on dit « Ah oui c’est in­té­res­sant. » Je pré­fère ce qui se com­prend sans ex­pli­ca­tion. L’art doit se res­sen­tir.

Qu’est- ce que vous par­ta­gez avec votre per­son­nage ?

Je suis al­lée cher­cher des choses as­sez sombres de ma per­son­na­li­té, c’est comme un exu­toire qui fait que je suis, dans mes films, à l’op­po­sé de ce que je suis dans la vie. J’uti­lise ces per­son­nages plu­tôt ex­trêmes à cette fin. On a tous, à dif­fé­rents de­grés, res­sen­ti les émo­tions de Lé­na. Évi­dem­ment, je n’ai ja­mais sou­hai­té la mort de quel­qu’un, mais sa ja­lou­sie va au- de­là. Elle est ja­louse de ce qu’il est, lui. Cette fille est en plus sous l’em­prise d’un père ter­ri­ble­ment dur avec elle.

Qu’est- ce qui a été le plus dif­fi­cile dans ce tour­nage ?

De chan­ter car pour moi c’est plus fa­cile d’être à poil. J’avais l’im­pres­sion de dé­voi­ler mon âme. C’est quelque chose de très in­time, alors qu’être nue, c’est juste un corps. Chan­ter c’est dif­fé­rent, on donne quelque chose qui vient de très loin. J’ai beau­coup ré­pé­té et les scènes ont été tour­nées en con­cert, en live.

Pen­sez- vous que l’amour a tou­jours un cô­té des­truc­teur ?

Pas tou­jours heu­reu­se­ment, mais ce­la m’est dé­jà ar­ri­vé d’être dans des re­la­tions où je me per­dais, où je ne sa­vais plus qui j’étais. Ce qui ne va pas dans une re­la­tion, c’est lors­qu’on com­mence à ne plus s’ai­mer soi- même. On se met par­fois avec des gens car on aime sim­ple­ment le fait d’être ai­mé, ça nous fait du bien.

Jus­qu’où pour­riez- vous al­ler dans la souf­france ?

Je ne sais pas. La souf­france ne se jus­ti­fie pas, ja­mais. En même temps je pense qu’il faut avoir un cô­té ma­so pour jouer les rôles que j’ac­cepte.

Quel est votre cô­té le plus sombre ?

Je suis as­sez ex­trême. J’ai tou­jours eu peur de ce qui peut dé­truire la san­té et mon mode de vie hy­per sain vient de là. Je n’ai ja­mais fu­mé, ni bu d’al­cool, le pire truc que je bois ce se­rait le co­ca ! À l’op­po­sé du cô­té des­truc­teur de mon père, que je n’ai ja­mais connu, j’ai cher­ché la sé­cu­ri­té et la construc­tion. Même si dans mon mé­tier la sé­cu­ri­té n’est pas évi­dente, j’ai réus­si à trou­ver un équi­libre.

Vous avez tour­né des films as­sez forts, voire osés, très jeune, qu’est- ce qui dé­ter­mine vos choix ?

Mon pre­mier film s’ap­pe­lait Ma­rie Baie des Anges avec Ami­ra Ca­sar et Va­hi­na Gio­cante. En­suite j’ai ren­con­tré Be­noît Jac­quot pour L’École de la

chair avec Isa­belle Hup­pert et Vincent Mar­ti­nez. Je n’avais au­cune culture ci­né­ma­to­gra­phique. J’ai gran­di dans une pe­tite com­mune du Var où il n’y avait pas de ci­né­ma. Il n’y avait que la pein­ture qui m’in­té­res­sait. Et j’ai eu la chance de ren­con­trer très jeune Ca­the­rine Breillat qui m’a ini­tiée à son ci­né­ma un peu plus ar­tis­tique.

Vous vi­vez aux États- Unis où il y a beau­coup de pu­deur, en France sen­tez­vous qu’on est plus li­bé­ré quand on parle d’éro­tisme ou de scènes de nu ?

En fait ce n’est tel­le­ment pas as­su­mé là- bas que ce­la en de­vient vul­gaire. Les filles peuvent être com­plè­te­ment à poil, mais si l’on cache les té­tons alors ça va ! C’est com­plè­te­ment dingue, c’est comme sur Ins­ta­gram, très hy­po­crite.

Play­boy aux États- Unis a même dé­ci­dé de ne plus mettre de femmes nues ! Qu’est- ce que votre mé­tier d’ac­trice vous a ap­pris sur vous ? Je suis très ti­mide, mais sur un tour­nage je suis com­plè­te­ment dés­in­hi­bée.

En­fin, qu’au­riez- vous en­vie de dire au ci­né­ma fran­çais ?

Je n’ai ja­mais vrai­ment été adop­tée par la grande fa­mille du ci­né­ma fran­çais, si elle existe en tout cas. Je n’ai ja­mais été no­mi­née aux Cé­sar en meilleur es­poir, même pour À ma soeur de Ca­the­rine Breillat alors qu’on a eu un prix d’in­ter­pré­ta­tion à Chi­ca­go. Je crois que tra­vailler avec Breillat qui était dé­tes­tée ex­plique ce­la, mais c’est en voya­geant dans le monde que je me suis aper­çue qu’elle était ai­mée ailleurs. À ma soeur est d’ailleurs étu­dié dans les écoles de ci­né­ma. Mais je n’ai au­cune frus­tra­tion par rap­port à ça.

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