Au fil des ai­guilles et du temps

Les ar­tistes ar­gen­tins Chia­chio & Gian­none viennent de réa­li­ser une montre pour Swatch. Un ou­vrage en­tiè­re­ment dé­dié à leur fils, Pio­lin, un chien te­ckel feu et noir. Une pro­vo­ca­tion po­si­tive à l’image du pro­duit.

Infrarouge - - PET SPIRIT - Par Eric Valz

Ils sont beaux, lu­mi­neux, sou­riants et s’ex­priment dans la langue de Cer­van­tès. On trou­ve­ra de l’or­phisme, ce mou­ve­ment de peintres avant- gar­distes du dé­but du XXe siècle, dans leur tra­vail de bro­de­rie qui sait si bien cap­ter la lu­mière. Ils sont gais et gays sur un ter­ri­toire re­ven­di­qué la­tin, deux hi­dal­gos che­va­le­resques qui re­bap­tisent le temps comme Don Qui­chotte les mou­lins.

LE CHIEN TIENT LE TEMPS EN LAISSE

Nos deux ar­tistes ar­gen­tins créent en­semble de­puis 2003 d’im­menses ten­tures mu­rales bro­dées à la main. Au fil des ai­guilles et du temps, leurs barbes poussent et leurs traits s’ac­cusent. Sauf ceux de leur fils re­ven­di­qué, Pio­lin, un chien te­ckel feu et noir : une race ro­buste qui vit très long­temps en conser­vant tou­jours son al­lure de jeune homme. Cette non- cor­ro­sion au temps lé­gi­time la Swatch Art Spe­cial Pio­lin’s Time by Chia­chio & Gian­none dont les ai­guilles re­pro­duisent la sil­houette du chien. Lit­té­ra­le­ment, ici, c’est donc lui qui a la maî­trise du temps et qui ar­pente le ca­dran de la montre. Quant aux bro­de­ries qui couvrent le bra­ce­let, elles sont ti­rées d’un dé­tail d’une ta­pis­se­rie mo­nu­men­tale où les deux ar­tistes, fi­gu­rés en singes orien­taux et sa­vants, offrent des col­liers de ca­deaux à Pio­lin. Et ce, dans l’ima­ge­rie luxu­riante du goût que ma­ni­fes­tait la bour­geoi­sie fran­çaise de la fin du XIXe siècle pour les chi­noi­se­ries.

SU­JET RÉ­CUR­RENT

« Le temps, pour nous, est un su­jet ré­cur­rent. Le temps de la pein­ture n’est pas ce­lui de la bro­de­rie. Il nous fau­dra beau­coup plus de temps pour re­trans­crire la vie, celle de notre couple. Par­tout, nous sommes les mêmes et chan­geons pour­tant avec l’âge. Nous tra­vaillons ain­si à la ré­cu­pé­ra­tion du temps et notre sa­voir- faire tend à sa maî­trise. » L’as­so­cia­tion à l’uni­vers hor­lo­ger s’ar­rê­te­ra là avec une pré­sen­ta­tion de l’en­vers de la bro­de­rie. Le sup­port de l’image n’est pas ici maî­tri­sé comme un mé­ca­nisme, même s’il re­place, grâce au gé­nie des cou­leurs, la tech­nique dans l’art contem­po­rain. Il est to­ta­le­ment non contrô­lé.

ÉMO­TION SUISS MADE

« Swatch col­la­bore avec les ar­tistes de­puis 1984, pré­cise Car­lo Gior­da­net­ti, di­rec­teur ar­tis­tique de Swatch. Les pro­jets sont tous en re­la­tion avec le temps. Un temps qui, pa­ra­doxa­le­ment, dis­pa­raît face à une oeuvre d’art qui vous donne de l’émo­tion. Une Swatch n’est pas une montre tra­di­tion­nelle. C’est un ac­ces­soire Swiss Made qui parle de vous. » En l’état un chien qui, avec hu­mour, nous dé­livre de toute an­goisse face au temps me­su­ré.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.