Au GIGN, comme un seul Lhomme

Sté­phane Lhomme est un homme cou­ra­geux et mé­ri­tant. Son ano­ny­mat est de cir­cons­tance, dis­si­mu­lé der­rière le heaume de son casque de troupe d’élite, le GIGN. Et comme tout hé­ros, il a son ta­lon d’Achille : les sports ex­trêmes.

Infrarouge - - L’INTERVIEW DU HÉROS - Par Eric Valz

Dans les tran­chées, le vin sou­dait les poi­lus et dans la blitz­krieg, le sol­dat al­le­mand car­bu­rait à la mé­tham­phé­ta­mine. Le hé­ros d’au­jourd’hui, à quoi marche- t- il ?

Il est vrai que l’ali­men­ta­tion est l’un des quatre pi­liers de « ma » réus­site ( avec l’en­traî­ne­ment, la pré­pa­ra­tion men­tale et l’équi­libre fa­mi­lial). Par consé­quent, je m’y suis pen­ché il y a main­te­nant quatre ans et j’ai dû chan­ger quelques mau­vaises ha­bi­tudes. De ma­nière glo­bale, je fais at­ten­tion à va­rier les pro­téines ; les plus connues sont ani­males, mais je m’at­tarde sur les pro­téines vé­gé­tales. Mais ce qui reste in­con­tour­nable au­jourd’hui, c’est de bien choi­sir les sources de glu­cides. On pré­fère les ali­ments à in­dex gly­cé­mique bas ou mo­dé­ré ( riz bas­ma­ti, ha­ri­cots verts, pa­tates douces…) à ceux qui ont un in­dex éle­vé ( en gros, beau­coup d’ali­ments du com­merce trans­for­més). En­fin, je consomme beau­coup de sources d’omé­ga- 3 ( avo­cat, graines de chia, fi­lets de ha­reng, sar­dines…). En toute hon­nê­te­té, il m’ar­rive de faire des écarts pour le plai­sir du goût et pour res­ter so­cia­le­ment fré­quen­table !

Vous sen­tez- vous aus­si in­vul­né­rable qu’Achille, plon­gé dans le Styx, le fleuve des En­fers, par sa mère qui le te­nait par le ta­lon ?

Ce se­rait tel­le­ment fa­cile ! Mais non, pas du tout : l’hu­mi­li­té fait par­tie in­té­grante des sports d’en­du­rance ex­trême et il est illu­soire de pen­ser que l’on va tout le temps réus­sir une course, faire un po­dium. Les plus grands cham­pions ont tous eu, à un mo­ment ou à un autre, une dé­faillance. Tou­te­fois, la pré­pa­ra­tion men­tale [ le par­te­na­riat avec Men­tal Sport] m’aide beau­coup à fran­chir des caps, pro­gres­ser en­core au­jourd’hui, re­pous­ser les li­mites du sup­por­table à l’en­traî­ne­ment. Le but ? De­ve­nir plus fort ! Je ne suis pas un cham­pion et je n’ai plus le temps de le de­ve­nir.

Êtes- vous aus­si obs­ti­né qu’Aga­mem­non, prêt à sa­cri­fier sa fille Iphi­gé­nie pour que sa flotte puisse le­ver l’ancre ?

Obs­ti­né est un ad­jec­tif qui me plaît bien… Je pousse très loin mes exi­gences et je sa­cri­fie cer­taines choses. C’est dans ces cir­cons­tances que l’équi­libre fa­mi­lial est pri­mor­dial.

À qua­rante- deux ans, au GIGN, êtes- vous un an­tiDio­mède, l’un des plus grands guer­riers grecs, mais aus­si le plus jeune ?

Sans doute, je fais par­tie des plus vieux avec bien­tôt dix ans d’ex­pè­rience. Ce­la me plaît de mon­trer aux plus jeunes que je suis en­core pré­sent, que la per­for­mance n’ap­par­tient pas qu’à la jeune gé­né­ra­tion qui vient d’in­té­grer nos rangs. Pas ques­tion de m’en­ter­rer pour le mo­ment.

Hec­tor, le vé­ri­table hé­ros de L’Iliade, connaît une fin tra­gique. C’est le poids du destin. Le GIGN vous liet- il à l’ab­né­ga­tion ?

Obs­ti­né, ab­né­ga­tion… en­core un mot qui me colle à la peau ! Au vu des ré­centes me­naces, nous sommes tous prêts au sa­cri­fice ul­time. À l’image de nos amis Seals, qui n’avaient qu’une chose en tête à l’is­sue des at­ten­tats du 11 sep­tembre, nous sommes tous prêts, dans l’uni­té, à faire le né­ces­saire si l’oc­ca­sion de « com­battre » se pré­sen­tait.

Chaque hé­ros pos­sède sa part d’ombre. Le Base Jump, c’est votre cô­té tête brû­lée ou votre ta­lon d’Achille ?

J’ai tou­jours eu be­soin de vivre in­ten­sé­ment. L’adré­na­line est ma drogue. Mais je ne me qua­li­fie pas du tout de tête brû­lée ! Le Base Jump, j’ai com­men­cé à le pra­ti­quer dans un cadre dé­fi­ni, je n’ai ja­mais fait n’im­porte quoi. J’ai mis de cô­té cette ac­ti­vi­té de peur de me bles­ser ( che­ville ou ge­nou) mais à l’is­sue du Triath­lon de Kai­lua- Ko­na, je pense sau­ter à nou­veau.

Au­jourd’hui, vous voi­ci su­per­hé­ros, qui fou­lez le mythe des tri­ath­lètes : l’Iron­man de Kai­lua- Ko­na ( Ha­waï). Qu’est- ce qui dif­fé­ren­cie cette course des autres com­pé­ti­tions de la dis­ci­pline ?

Après quelques re­con­nais­sances, je pense pou­voir dire que l’on va s’ap­pro­cher de l’en­fer : vent violent, cha­leur in­tense, un par­cours tout en prise, au­cun moyen de ré­cu­pé­rer pen­dant une di­zaine d’heures. De plus, une at­mo­sphère par­ti­cu­lière règne sur l’île et le mythe n’est pas usur­pé.

Entre votre en­ga­ge­ment mi­li­taire et vos ac­ti­vi­tés spor­tives in­tenses, vous de­vez pas­ser peu de temps chez vous. En Ulysse des temps mo­dernes, n’avez­vous pas peur que votre épouse se trans­forme en Pé­né­lope ?

Ab­so­lu­ment ! Je na­vigue sur le fil… équi­pé de mon ma­té­riel de Base Jump, à sa­voir un seul pa­ra­chute. J’ai la chance de vivre aux cô­tés d’une épouse com­pré­hen­sive mais avec un gros ca­rac­tère. Lo­gi­que­ment, je mets donc en pé­ril cet équi­libre fa­mi­lial. Mais nous avons tout de même sur­mon­té beau­coup de crises, et je fais par­tie des rares per­sonnes en­core ma­riées au GIGN.

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