El­liott Barnes se­rial de­si­gner

2017 se­ra une grande an­née pour l’ar­chi­tecte d’in­té­rieur et de­si­gner amé­ri­cain El­liott Barnes qui, outre une ac­tua­li­té char­gée, s’ap­prête à li­vrer le siège de la Mai­son de cham­pagne Rui­nart.

Infrarouge - - DÉCO - Par Eric Valz

La ma­tière est sa re­cette, qui s'ancre à l'en­vi­ron­ne­ment.

Face à ses deux ex­pres­sos, El­liott Barnes cultive le dan­dysme désa­bu­sé de l’an­ti­hé­ros. Un truc – les deux ca­fés li­vrés en même temps – qu’il avoue pio­cher dans l’uni­vers hy­per­ré­fé­ren­cé de Jim Jar­musch, ici The Li­mits of Con­trol. Comme le per­son­nage prin­ci­pal du film, Isaach de Ban­ko­lé, il semble à la fois so­li­taire et su­per­pro. Ac­ces­soi­re­ment, ils sont tous les deux Noirs. El­liott Barnes fut, en ef­fet, l’un des fa­meux hommes en noir – par leur te­nue ves­ti­men­taire – de la garde pré­to­rienne d’An­drée Put­man. Une fonc­tion comme un clone de lui- même. Fa­rou­che­ment in­dé­pen­dant depuis 2004, an­née où il crée sa propre agence, il n’a d’amé­ri­cain que le nom, étant « chez moi, à Pa­ris, depuis trente ans » . Une ville « qui t’ac­cepte, ne juge pas et te per­met de t’ex­pri­mer » . Il garde du ly­cée fran­çais de Los An­geles, puis de l’uni­ver­si­té Cor­nell de New York, où il fit ses études, le bai­ser amou­reux de Ma­rianne. Tout comme une ap­pé­tence cer­taine pour le génie ci­vil ( concep­tion, réa­li­sa­tion, ré­ha­bi­li­ta­tion… en ré­ponse aux be­soins), qu’il calque, comme les in­dex d’une montre de haute hor­lo­ge­rie, sur le ca­dran de l’ar­chi­tec­ture d’in­té­rieur et du de­si­gn, en fervent dé­fen­seur de l’art de vivre et de l’ar­ti­sa­nat fran­çais.

LE JAZZ, L’ÉPURE ET LE SENS DU DÉ­TAIL

Comme de Ban­ko­lé, qui a épou­sé la chan­teuse Cas­san­dra Wil­son, il aime le jazz – il joue de la contre­basse – et a re­des­si­né à Pa­ris l’un de ses temples, Le Duc des Lom­bards, en tra­vaillant l’acous­tique du lieu jusque dans la tex­ture des voi­lages. D’autres pro­jets pour la Seine Mu­si­cale ou un club à New York sont dans les cartons de 2017. El­liott Barnes uti­lise la trame des lieux en géo­logue fé­ru d’his­toire. Son es­prit est une ca­rotte de Vin­ci Construc­tion Ter­ras­se­ment, qui fouille et étu­die les sols avant de res­ti­tuer un ou­vrage bâ­ti avec les ma­té­riaux trou­vés sur place. Une étude poin­tue des lieux et de leur his­toire qui offre, dans tout ailleurs qu’il re­vi­site, un ef­fet de chez- soi dans l’épure et le sens du dé­tail, pro­pice au mieux- être. C’est là son génie. Comme ici, dans la salle à man­ger de Chez La Vieille, my­thique res­tau­rant des Halles, re­pris par le chef new- yor­kais Daniel Rose. La teinte do­mi­nante y est ce bleu sul­fate de cuivre qui lutte dans les vignes contre le mil­diou. C’est aus­si ce­lui des vo­lets de l’ex- hôtel par­ti­cu­lier du som­me­lier de Louis XV, presque en face. Une teinte dite steel blue, que l’on au­ra donc croi­sée à l’ex­té­rieur, mise en re­lief par la lu­mière ca­naille d’un lustre Ter­za­ni, dont la robe An­nées folles de perles mé­tal évoque une te­nue de Jo­sé­phine Ba­ker. Ici, on cerne le french flair chic, poin­tu et dé­ca­lé d’un éru­dit ca­pable de conce­voir un pa­pier peint en peaux de rai­sin, lin et chanvre pour Rui­nart. La ma­tière est sa re­cette, l’ex­pres­sion de l’idée qui s’ancre à l’en­vi­ron­ne­ment et lui donne du sens dans la du­rée. Un vo­ca­bu­laire très élé­gant, qui te fait vi­brer une corde… Celle qu’Isaach de Ban­ko­lé, as­sas­sin es­thète dans le film de Jar­musch, em­prunte à une gui­tare his­to­rique pour étran­gler sa cible, dé­si­gnée depuis le ma­gni­fique mu­sée Rei­na Sofía à Ma­drid… avant de re­tour­ner à son ano­ny­mat. Tout ce­la te dit que hors ré­fé­rences, tu ne trou­ve­ras point de re­lief, de vie, en­core moins de sa­lut. Par­fois aus­tère mais tou­jours ins­pi­ré, le se­rial de­si­gner.

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