PHO­TO

L’été der­nier, vous avez peut- être dé­cou­vert en gare d’Aus­ter­litz sa ré­tros­pec­tive pré­sen­tant 59 images ti­rées sur 200 mètres de long. Des pein­tures fla­mandes re­vi­si­tées aux The 770 Lu­ba­vitchs of Brook­lyn, en pas­sant par Ma­mi­ka, sa grand- mère en su­per­hé

Infrarouge - - EDITO / SOMMAIRE - Par Aude Ber­nard- Treille

Sa­cha Gold­ber­ger

Cinq mots qui vous dé­fi­nissent ?

Créa­tif, dé­ca­lé, humour, bonne hu­meur, po­si­tif.

Votre pre­mier job dans la vie ?

Prof de ski nau­tique aux An­tilles, à seize ans. J’ai aus­si pon­cé des meubles chez un ar­ti­san qui fai­sait des laques de Chine à Pa­ris ; c’était dur et beau­coup moins drôle.

Quand la pho­to est- elle de­ve­nue un mé­tier ?

Hy­per tard ! J’ai d’abord écrit un pre­mier livre, Le

Pe­tit Livre de je t’aime , qui est de­ve­nu Je t’aime tout sim­ple­ment ( édi­tions du Seuil). Ce sont des dé­cla­ra­tions d’amour à base de pho­tos. Au dé­part, je ne sa­vais pas faire de pho­tos, j’étais di­rec­teur ar­tis­tique et je di­ri­geais le pho­to­graphe mais j’avais de vraies no­tions de cadre. Au deuxième livre, je suis al­lé voir un ami pho­to­graphe qui m’a mis un Re­flex entre les mains et j’ai ap­pro­fon­di le tra­vail de l’image. J’ai quit­té la pub et mon pre­mier tra­vail fut une sé­rie mode pour le WAD avec ma grand- mère.

À part Ma­mi­ka, votre grand- mère, qui est votre su­per­hé­ros ?

Tim Bur­ton ! Big Fish est mon film pré­fé­ré avec son uni­vers ul­tra- po­si­tif. J’aime son mes­sage : « Nous sommes les his­toires que nous ra­con­tons » . Dans la vie, il y a tou­jours plu­sieurs fa­çons de voir les choses et on peut fi­nir par vivre ce que l’on ra­conte.

Outre l’es­thé­tique et l’humour, qu’est- ce qui dé­fi­nit la touche « Gold­ber­ger » ?

Une en­vie de mon­trer autre chose. Je viens de deux mi­lieux très dif­fé­rents qui n’ont rien à voir : une mère ba­ronne juive d’Eu­rope cen­trale, un peu fo­folle, et un père bour­geois de pro­vince, Nor­man­die, qui ai­mait les che­vaux. Je me suis construit sur ce pa­ra­doxe et on le re­trouve dans mon tra­vail. C’est aus­si ma per­son­na­li­té : j’aime por­ter des bas­kets avec un cos­tume et être ha­billé comme un clo­chard dans un grand hôtel…

Quelle est la pho­to cé­lèbre que vous au­riez bien ai­mé prendre ?

L’une des pho­tos de la sé­rie de Na­ta­lia Vo­dia­no­va si­gnée de Pao­lo Re­ver­si pour Egoïste [ N° 15, NDLR]. Su­blime.

Votre rêve le plus fou ?

Avoir un chez- soi dans dif­fé­rents en­droits du monde. Avoir le luxe de vivre vrai­ment et de tra­vailler à New York, au Bré­sil, à Los An­geles et évi­dem­ment en Eu­rope, dans la même an­née…

Un pa­ra­doxe qui vous concerne ?

Je suis moi- même un pa­ra­doxe et ma vie est construite sur ce­la. J’ai en­vie de choses qui s’en­vi­sagent comme des tem­pêtes, alors que je suis un mé­ti­cu­leux. J’ai en­vie de tout et de son contraire. Il y a des phases très pa­ra­doxales qui se re­trouvent dans ma vie per­son­nelle et dans mes tra­vaux.

À qui « vo­le­riez- vous » un brin de ta­lent ?

J’ai en­vie de ré­pondre à Spiel­berg, bien sûr, mais Clint East­wood me rend dingue. J’ai très en­vie de faire du ci­né­ma et quand je vois ses images, sa ca­pa­ci­té à ra­con­ter des choses avec un angle et une beau­té telle ! Je suis as­sez fan de réa­li­sa­teurs et ce­la se re­trouve dans mon uni­vers.

Ré­cem­ment, un suc­cès qui vous a lais­sé per­plexe ?

Le suc­cès de Ma­rine Le Pen. Je n’ar­rive pas à com­prendre. Même si on est dé­çu par la politique, ce qui est mon cas, comment peut- on en­vi­sa­ger de lui confier le des­tin de la France, mon pays, cer­tai­ne­ment un des plus beaux du monde ? Mal­gré tout ce qui se passe, comment ar­rive- t- on à ce­la ? Comment peu­ton aus­si vite ou­blier l’an­ti­sé­mi­tisme ? Quand j’étais pe­tit, on en­ten­dait : « si le FN dé­passe les 15 %, on quitte le pays » . Au­jourd’hui, on se dit qu’il fe­ra 30 % au se­cond tour !

Que ra­conte votre der­nière sé­rie, Se­cret Eden ?

C’est ma sé­rie pré­fé­rée. Le dé­sir, la sexua­li­té, l’amour ont tou­jours été im­por­tants pour moi. Ce­la fai­sait long­temps que je voulais pré­sen­ter quelque chose sur l’éro­tisme. La sé­rie parle d’ima­gi­na­tion. C’est un dip­tyque : je prends deux pho­tos du même en­droit à une heure dif­fé­rente de la jour­née, les pho­tos sont ex­po­sées côte à côte et si on les jux­ta­pose l’une sur l’autre in­tel­lec­tuel­le­ment, ce­la ra­conte une his­toire de cul ou une his­toire d’amour. L’éro­tisme et le dé­sir sont très im­por­tants dans la vie. Je crois que si on montre tout, on en­lève à cha­cun la pos­si­bi­li­té d’ima­gi­ner. Et l’ima­gi­na­tion per­met de s’éva­der. Selon qui l’on est et d’où l’on vient, on voit et on in­ter­prète tou­jours dif­fé­rem­ment.

Ra­con­tez- nous ce der­nier shoo­ting pour Air France ?

Je fais des sé­ries mais je tra­vaille aus­si pour la pub. Air France m’a pro­po­sé un pro­jet im­pos­sible : pho­to­gra­phier tous les pas­sa­gers des vols inau­gu­raux du nou­veau 787. Avec deux vols par jour, on de­vait shoo­ter 80 per­sonnes en une heure et quart. C’était Hol­ly­wood sur le tar­mac de Rois­sy ! Une séance dans des condi­tions réelles, de jour comme de nuit, avec une mé­téo ca­pri­cieuse. Très ori­gi­nal.

Si vous de­viez faire pas­ser un seul mes­sage, ce se­rait le­quel ?

Qu’il n’y a pas d’âge pour rê­ver et ra­con­ter des his­toires. Je suis contre le réalisme.

La der­nière pho­to que vous avez prise ?

La pho­to d’un pull que Net­flix m’a of­fert, le pull le plus im­pro­bable du monde, avec Bill Mur­ray.

Et celle qui reste sur votre fond d’écran ?

Une de mes pho­tos pré­fé­rées de Se­cret Eden pour l’ou­ver­ture et en fond d’écran, celle que j’ai faite de Cat­wo­man pour la sé­rie su­per­hé­ros fla­mande.

En­fin, vous par­tez vers quoi pour la pro­chaine sé­rie ?

Un shoo­ting en noir et blanc mi­ni­ma­liste, sans dé­cor, avec cer­tai­ne­ment des co­mé­diens et des ani­maux, où l’émo­tion au­ra toute sa part.

« Quand tout va mal, il vaut mieux re­gar­der ce qui va. C’est un hé­ri­tage de ma grand- mère. À vingt ans, je ne voyais pas les choses ain­si. »

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