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Son nou­veau film, Rock’n’roll ( sor­tie le 15 fé­vrier), s’im­pose comme la co­mé­die la plus sur­pre­nante of­ferte depuis long­temps par le ci­né­ma fran­çais. Dans cette fausse au­to­fic­tion, Guillaume Ca­net, des deux cô­tés de la ca­mé­ra, s’amuse avec son image, avec

Infrarouge - - EDITO / SOMMAIRE - Par Olivier de Bruyn

Guillaume Ca­net

1. CA­NET NE BÉGAYE PAS

Per­sonne ne peut lui re­pro­cher de ra­do­ter. Depuis ses dé­buts en tant qu’ac­teur, à la fin du siècle der­nier, Guillaume Ca­net, qua­rante- trois ans, a tou­jours eu le chic pour ne pas s’en­li­ser dans les re­dites. Sa fil­mo­gra­phie ré­cente de co­mé­dien donne une idée de son goût pro­fond pour le « ca­mé­léo­nisme » : en­tre­pre­neur en ga­lère dans la douce France d’au­jourd’hui ( Une vie meilleure, de Cé­dric Kahn), ca­va­lier ob­ses­sion­nel ( Jap­pe­loup, de Ch­ris­tian Du­guay), flic se­rial killer ( La Pro­chaine fois je vi­se­rai le coeur, de Cé­dric An­ger), Émile Zo­la ( Cé­zanne et moi, de Da­nièle Thomp­son), on en passe… Cô­té réa­li­sa­teur, sa cas­quette pré­fé­rée, le même éclec­tisme im­pose ses lois im­pré­vi­sibles. Après avoir car­ton­né au box- of­fice en fai­sant rire ses contem­po­rains ( Mon idol e) ou en les fai­sant pleur­ni­cher ( Les Pe­tits Mou­choirs), après avoir es­suyé sa pre­mière veste com­mer­ciale avec sa ten­ta­tive amé­ri­caine ( Blood Ties ), il ef­fec­tue au­jourd’hui un ful­gu­rant come- back de­vant et der­rière la ca­mé­ra en si­gnant Rock’n’roll, un film qui, comme il se doit, ne res­semble en rien à ses pré­dé­ces­seurs. « J’ai tour­né plus de qua­ran­te­cinq films en tant qu’ac­teur, dé­taille- t- il, j’en ai fait quatre, très dif­fé­rents, en tant que met­teur en scène. Je me suis dit : quitte à faire un nou­veau film, fai­sons- le dans la plus grande li­ber­té et la plus grande in­sou­ciance. »

2. CA­NET A DE L’HUMOUR

Dans Rock’n’roll, une fausse au­to­fic­tion et une vraie fic­tion dé­li­rante, Guillaume Ca­net in­carne un ac­teur à suc­cès du nom de… Guillaume Ca­net. Mal­gré ses triomphes, ce Ca­net- là s’in­quiète de se voir vieillir et su­bit une sé­vère crise de jeu­nisme qui s’ap­pa­rente à une sorte de dé­pres­sion punk. Sois rock, co­co Ca­net ! Le hé­ros mal en point dé­cide de prou­ver au monde en­tier qu’il est res­té aus­si in­con­trô­lable que dans ses an­nées post- ado­les­centes : il drague des mi­nettes qui ont l’âge d’être ses filles, se consume dans les boîtes de nuit, im­pose ses ca­prices ré­gres­sifs et égo­cen­trés aux ci­néastes qui ont le mal­heur de l’en­ga­ger et fait vivre une sorte d’en­fer à son épouse, une cer­taine Marion Co­tillard. Ca­net, en bon ob­ses­sion­nel, est sûr de son bon droit et ne s’aper­çoit pas que tout le monde se fout de lui. Voire pire… Chasse à la com­plai­sance et au « je » hy­per­tro­phié : dans Rock’n’roll, le vrai Ca­net di­rige un faux Ca­net pour mieux s’amu­ser avec son image et le nar­cis­sisme des ac­teurs. « Je voulais m’amu­ser avec notre no­to­rié­té, pré­ci­set- il. Faire mine d’ou­vrir notre porte et, tant qu’à en­tendre des âne­ries sur nous, en in­ven­ter. » Le ré­sul­tat est aus­si drôle qu’ex­plo­sif.

3. CA­NET OSE TOUT

Il y au­rait quelque chose de cri­mi­nel à dé­voi­ler les res­sorts in­at­ten­dus de cette co­mé­die qui, bonne nou­velle, ne res­semble à rien de connu dans un genre où le ci­né­ma fran­çais brille rarement par son ori­gi­na­li­té. Ca­net, lui, bous­cule ner­veu­se­ment les conve­nances et, par exemple, n’a ( vrai­ment) pas peur de jouer avec son phy­sique. Pour me­ner à bien son aven­ture fil­mique tré­pi­dante, il a éga­le­ment la bonne idée de convo­quer quelques par­te­naires de jeu pour s’amu­ser avec lui. Dans Rock’n’roll, on voit ain­si Gilles Lel­louche, Alain At­tal ( le vrai pro­duc­teur du film) et des spe­cial guests de choix – John­ny Hal­li­day, Kev Adams – faire mine d’in­car­ner leurs propres rôles. « Il fal­lait tout de même avoir pas mal d’au­to­dé­ri­sion là aus­si pour faire ce que John­ny Hal­li­day a fait. Il a été gé­nial d’ac­cep­ter. Parce que lui, pour le coup, il est rock » , as­sure Guillaume Ca­net. On ne s’en plaint pas.

4. CA­NET EST BIEN MA­RIÉ

Et le clou du spec­tacle est ni­ché à do­mi­cile… Lors­qu’il rentre chez lui après avoir fait n’im­porte quoi, le Ca­net de Rock’n’roll re­trouve son épouse : Marion Co­tillard, donc. Et elle n’est pas la der­nière à s’amu­ser en in­car­nant une sorte de double d’elle- même. « C’était mar­rant d’ap­puyer sur des évé­ne­ments du quo­ti­dien en les dis­tor­dant » , ponc­tue Guillaume Ca­net. S’ex­pri­mant en qué­bé­cois du matin jus­qu’au soir pour cause de pré­pa­ra­tion du pro­chain film de Xa­vier Do­lan, uti­li­sant ses Cé­sars comme pieds pour sa table basse, Marion Co­tillard ri­gole comme une dingue en tri­tu­rant en tous sens son image et le culte du tout à l’ego. Couple à la ville comme à l’écran, comme on dit, le duo Ca­net/ Co­tillard donne le meilleur de lui- même dans cet eu­pho­ri­sant dy­na­mi­tage des us et cou­tumes en vi­gueur dans le pe­tit monde des ac­teurs et des « people » .

5. CA­NET SAUTE PLUS HAUT

Avant de faire car­rière sur le grand écran, l’ado­les­cent Guillaume Ca­net fut un grand es­poir de l’équitation fran­çaise et trus­tait les places d’honneur dans les concours de saut. Une mau­vaise chute bou­le­ver­sa son des­tin, ce que le ci­né­ma hexa­go­nal ne re­grette pas. Au­jourd’hui re­mis en selle, il monte de nou­veau à che­val, par­ti­cipe à des com­pé­ti­tions et adopte la même at­ti­tude conqué­rante au ci­né­ma en fran­chis­sant sans cesse des obs­tacles in­édits. Après le coup d’éclat de Rock’n’roll, il s’ap­prête ain­si à en­dos­ser de nou­velles pa­no­plies dans les films des autres. À son beau pro­gramme, entre autres,

Mon gar­çon, de Ch­ris­tian Ca­rion, dans le­quel il in­carne un père en sé­vère crise de culpa­bi­li­té visà- vis de son gosse. Une mé­lo­die douce car il n’y a pas que le rock’n’roll dans la vie.

Rock’n’roll, de Guillaume Ca­net, avec Guillaume Ca­net, Marion Co­tillar d, Gilles Lel­louche, Alain At­tal… Sor­tie le 15 jan­vier.

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