Les lève- tôt se res­serrent

Infrarouge - - EDITO / SOMMAIRE -

Dî­ner tran­quille un sa­me­di soir dans un ap­par­te­ment bour­geois près du Pa­lais Royal. Vue bien dé­ga­gée sur le Conseil d’Etat et « le Fran­çais » , le théâtre, en­ten­dez la Co­mé­die Fran­çaise. De là s’est joué un acte plu­tôt en vogue sur la scène des pri­vés. Les in­vi­tés, ad­mi­rant la vue, lâ­chèrent un en­vieux « on ado­re­rait ha­bi­ter là, quelle chance… » , jus­qu’à l’in­évi­table : « en ce mo­ment c’est bien d’ache­ter » . Comme lors d’un dî­ner pré­cé­dent, c’était LA conver­sa­tion du mo­ment, tout le monde y al­lant de ses vel­léi­tés im­mo­bi­lières, de ses be­soins, de ses re­cherches du mouton à cinq pattes en pierre de taille. Le graal ? « Pro­fi­ter des taux » . Tout d’un coup, comme sur le pla­teau

des Chiffres et des Let­tr es qu’af­fec­tion­nait ma grand- mère, cha­cun lan­çait son ré­sul­tat. « 1,2 » , « 1,5, mais avec as­su­rance » , « nous, 1,3 » . Vous avez re­mar­qué cette ob­ses­sion ? L’étau se res­serre sur le por­te­feuille des acquéreurs et la mon­tée des taux s’ob­serve comme le lait sur le feu. S’ils se ré­veillaient d’une hu­meur va­riable, sans être fixés sur un thé ou un ca­fé, c’est dé­sor­mais le ther­mo­mètre des fi­nances qui a rem­pla­cé la mé­téo. La baisse ou la mon­tée ? Plus haut ou plus bas ? À force d’y pen­ser, ils ne dor­maient plus. Dans une pa­ren­thèse in­ti­miste au mo­ment du des­sert, ils nous ont confiés qu’à force de se le­ver tôt pour sur­veiller les taux, leur li­bi­do re­mon­tait aus­si­tôt. L’hu­meur au beau fixe, ils se res­ser­raient de plus en plus. Et voi­là comment la mé­téo du couple sup­plan­tait les meilleures plus­va­lues. Vite vite tout flambe, sur­tout dans les coeurs. N’ou­bliez pas qu’ain­si, le monde vous ap­par­tient ! Aude Ber­nard- Treille

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