BEAU­TÉ

La par­fu­me­rie met les codes ol­fac­tifs de la mas­cu­li­ni­té au dia­pa­son du li­fe­style. Sen­tir bon, c’est se sen­tir bien.

Infrarouge - - Édito Sommaire - Par Ca­the­rine Jazd­zews­ki

Un homme fran­çais

Pour être beau, faut-il sen­tir bon ? Sû­re­ment. À l’heure où un simple t-shirt et une paire de snea­kers font l’al­lure, c’est le par­fum qui crée la sin­gu­la­ri­té. Ou qui la re­flète… Les hommes ont ga­gné leur li­ber­té d’être, ils se sont af­fran­chis des codes so­ciaux, ne cherchent plus à col­ler à des ca­ri­ca­tures d’hommes de pou­voir, de ma­chos sé­duc­teurs. Ils veulent être eux-mêmes. Ça se voit. Ça se sent. Et c’est très fran­çais… Pre­nez le nou­veau mas­cu­lin d’Yves Saint Laurent. Il s’ap­pelle Y. Il in­carne les va­leurs d’une gé­né­ra­tion d’hommes qui osent suivre leurs pas­sions et tracent leurs propres che­mins jus­qu’à l’ac­com­plis­se­ment du suc­cès. Ils s’ap­pellent Da­vid Alexan­der Flinn, Loyle Car­ner, Alexandre Ro­bic­quet. Le pre­mier est sculp­teur, le se­cond rap­peur, le troi­sième cher­cheur en in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle. Pour ces hommes qui n’ont pas trente ans, Yves Saint Laurent re­vi­site un grand clas­sique de la par­fu­me­rie mas­cu­line, la fou­gère, que le par­fu­meur Do­mi­nique Ro­pion ra­jeu­nit, mo­der­nise, lui don­nant de sub­tils ac­cents ci­tron­nés sur des notes am­brées et un fond bal­sa­mique. Le par­fum est tout en équi­libre, en fluidité et en sen­si­bi­li­té. Pour mé­moire, on re­trouve cette trace de jeunesse et d’ac­com­plis­se­ment dans Bleu de Cha­nel, in­car­né par Gas­pard Ul­liel. Cha­nel y donne une nou­velle sil­houette, à la fois plus ur­baine et plus spon­ta­née, au vé­ti­ver, qui est la se­conde note em­blé­ma­tique de la mas­cu­li­ni­té. Cette eau jeune s’ac­corde avec la dé­con­trac­tion d’une che­mise por­tée quo­ti­dien­ne­ment ou­verte. Dans son nou­veau Par­fum Ma­tière Bois de Vé­ti­ver, Karl La­ger­feld la tra­vaille, via le par­fu­meur Ch­ris­tophe Ray­naud, avec du yu­zu. Ce pe­tit agrume d’ori­gine ja­po­naise lui donne un élan, une fraî­cheur en phase avec les mil­lé­nials.

Mais re­ve­nons à la fou­gère. Vous l’avez for­cé­ment sen­tie. Vous la re­con­nais­sez les yeux fer­més. Elle vous a long­temps ac­com­pa­gné, elle était la si­gna­ture des sei­gneurs en cos­tume cra­vate, les pères, dans Pa­co Ra­banne pour Homme. Au­jourd’hui, ses hé­ri­tiers se dé­tournent des conven­tions de sa com­po­si­tion XXe siècle pour im­po­ser leurs va­leurs, no­tam­ment en ma­tière de sexe. Et c’est tou­jours Pa­co Ra­banne qui est l’ini­tia­teur de cette ten­dance. Son Pure XS dé­gage une puis­sance éro­tique to­ta­le­ment as­su­mée, voire à l’ex­cès. Ce par­fum est né des fan­tasmes d’Anne Fli­po et de Ca­ro­line Du­mur. Il tra­duit ol­fac­ti­ve­ment la sen­sa­tion d’une peau d’homme qui brûle de plai­sir. Il ex­cite le nez, mais aus­si le pa­lais et le tou­cher, tel un piège à sen­sa­tions. D’où son over­dose de gin­gembre gla­cé, sa can­nelle pi­quante, sa myrrhe brû­lante. Pa­co Ra­banne a don­né à cet ex­plo­sif cock­tail le vi­sage d’un hé­ros très vis­con­tien, Fran­cis­co Hen­riques, qui fait pen­ser à Alain De­lon dans Le Gué­pard. S’il était fran­çais, qui se­rait-il ? Quel est le fran­çais le plus sexy ? Ju­lien Do­ré, Ben­ja­min Mille­pied, Yann Bar­thès, MC So­laar ? Avec Le­gend, Mont­blanc avait ini­tié une nou­velle classe de sex-sym­bols à ten­dance in­ter­na­tio­nale. Il en­traîne cet au­tomne son hé­ros dans une aven­ture plus in­time, celle de Le­gend Night. Dans la nou­velle cam­pagne, Si­mon Clark est shoo­té les yeux dans les yeux et ré­vèle un cha­risme, un éclat si­gné An­toine Mai­son­dieu et Oli­vier Pes­cheux. Ils font res­sor­tir son au­ra dans un ac­cord de vé­ti­ver et de pat­chou­li to­ni­fié de sauge et de menthe poi­vrée, mais aus­si de la­vande et de vio­lette lé­gè­re­ment pou­drée. Ten­tant, non ? C’est aus­si l’at­trac­tion, le ma­gné­tisme de Boss Bot­tled. Il in­carne l’homme d’au­jourd’hui. La marque lance d’ailleurs cet au­tomne une cam­pagne di­gi­tale in­ter­na­tio­nale où les in­fluen­ceurs donnent leur vi­sion de la mas­cu­li­ni­té. Com­ment rendre ces nou­velles va­leurs in­tem­po­relles, les pro­je­ter dans le fu­tur ? Notes d’orange, de coing, de rhu­barbe, de poivre noir et de bois, L’Homme La­coste se connecte en trans­met­tant les va­leurs de Re­né La­coste : « IN­NO­VER, C’EST PRENDRE DES RISQUES », di­sait le cham­pion de ten­nis et créa­teur du fa­meux cro­co­dile. Le Frenchy de Guerlain est lui aus­si l’un de ces Pa­ri­siens que l’on croise en bas­kets et pull ca­che­mire aux ter­rasses du HautMa­rais comme aux bars des plus beaux pa­laces. Pour lui, Thier­ry Was­ser, le maître par­fu­meur Guerlain, a sor­ti du dres­sing l’Eau de Ver­veine créée en 1983 par JeanPaul Guerlain, d’après celle d’Ai­mé Guerlain (1872). Il l’a lif­tée avec de la ber­ga­mote, du pe­tit grain, de la sauge, du né­ro­li, mais aus­si du vé­ti­ver et de la fève ton­ka pour évo­quer ces hommes 2.0 que vous êtes, mes­sieurs ! La par­fu­me­rie mo­derne n’exis­te­rait pas sans une eau de Co­logne. La Co­logne, cette odeur ori­gi­nelle de propre, est de­ve­nue un phé­no­mène de so­cié­té ces der­nières an­nées. Avec Co­lo­nia Pu­ra, Ac­qua di Par­ma en fait une sen­teur 100 % li­fe­style. Ses notes d’orange, de pe­tit grain, de jas­min et de co­riandre se mettent en scène sur Ins­ta­gram. : l’homme joue avec ses en­fants, a une barbe mal taillée… Ins­pi­rée d’un de ses sillages cultes – c’est dé­ci­dé­ment la ten­dance –, Gi­ven­chy ré­pond avec Gent­le­man Gi­ven­chy à la ques­tion : qu’est-ce qu’un gent­le­man en 2017 ? Entre es­tra­gon, vé­ti­ver et pat­chou­li, voi­là la ré­ponse : « UN HOMME TOU­JOURS GA­LANT, MAIS PLUS MISOGYNE. UELQU’UN QUI DOIT êTRE Fé­MI­NISTE. » No com­ment.

« Les hommes ont ga­gné leur li­ber­té d’être, ils se sont af­fran­chis des codes so­ciaux, ne cherchent plus à col­ler à des ca­ri­ca­tures d’hommes de pou­voir, de ma­chos sé­duc­teurs. »

Si­mon Clark Loyle Car­ner

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