Monitorer l’océan pour com­prendre le cli­mat

Comme vu dans l’ar­ticle pré­cé­dent, le chan­ge­ment cli­ma­tique est sy­no­nyme de bou­le­ver­se­ment pour l’océan. Il mo­di­fie ses cou­rants, al­tère sa chi­mie et sa bio­lo­gie. Mais l’océan bou­le­ver­sé ré­agit et il in­flue alors à son tour sur le cli­mat de la pla­nète. Le

Intérêts Privés - - DÉCOUVRIR ET PRÉSERVER LA RICHESSE DES OCÉANS - MAR­GAUX GAUBERT

Pour­quoi ces re­cherches : Le cli­mat

agit, l’océan ré­agit

Prendre le pouls de l’océan, est très im­por­tant si on a l’am­bi­tion de réel­le­ment com­prendre et an­ti­ci­per l’évo­lu­tion du cli­mat. L’océan est un ré­gu­la­teur ma­jeur de la ma­chine cli­ma­tique glo­bale : il ab­sorbe et re­dis­tri­bue la cha­leur grâce à ses cou­rants, piège une part im­por­tante du CO2 an­thro­pique par des phé­no­mènes phy­si­co-chi­miques et bio­lo­giques. Or l’océan se ré­chauffe, s’aci­di­fie, s’ap­pau­vrit en oxy­gène. Tout ce­la a des consé­quences quant aux phé­no­mènes qui per­mettent de pié­ger la cha­leur et le car­bone, et donc de ra­len­tir le ré­chauf­fe­ment.

Les scien­ti­fiques par­viennent as­sez bien à pré­voir et mo­dé­li­ser l’évo­lu­tion des pro­ces­sus phy­si­co-chi­miques océa­niques. Par exemple, plus une eau est chaude, moins les gaz, dont le CO2, s’y dis­solvent. Un océan plus chaud ab­sor­be­ra donc moins de gaz car­bo­nique de­puis l’at­mo­sphère. La con­sé­quence pro­bable est donc une ac­cé­lé­ra­tion du ré­chauf­fe­ment dû à une di­mi­nu­tion de l’ef­fi­ca­ci­té du puits de car­bone océa­nique. Par contre, pré­dire l’im­pact des pro­ces­sus bio­lo­giques, com­man­dés par le planc­ton océa­nique, qui ré­gissent eux aus­si la sé­ques­tra­tion du car­bone et donc le cli­mat, com­plique un peu les choses. Les scien­ti­fiques n’ont pas en­core une idée pré­cise de la ma­nière dont va évo­luer la com­po­si­tion et donc l’ac­ti­vi­té du planc­ton océa­nique dans un océan mo­di­fié. Toutes les es­pèces n’ont pas le même rôle, cer­taines sont par exemple plus ef­fi­caces que d’autres pour pié­ger le car­bone dans l’océan pro­fond.

Les ap­ports de la Fon­da­tion Ta­ra : Échan­tillon­ner le planc­ton et com­prendre son im­pact sur le cli­mat

Àcause de la taille mi­cro­sco­pique du planc­ton, on a tendance à sous-es­ti­mer son im­por­tance. Pour­tant, ces pe­tits or­ga­nismes dé­ri­vants ont un rôle cru­cial et leur dé­ve­lop­pe­ment dans les océans est in­ti­me­ment lié à l’évo­lu­tion cli­ma­tique de notre pla­nète. Le rôle de ré­gu­la­teur du cli­mat de l’océan mon­dial passe no­tam­ment par l’ac­ti­vi­té et la com­po­si­tion de la com­mu­nau­té planc­to­nique qu’il abrite.

Dé­cryp­ter le fonc­tion­ne­ment du planc­ton, cet éco­sys­tème conti­nu et très com­plexe, né­ces­si­tait une stra­té­gie scien­ti­fique am­bi­tieuse. La goé­lette Ta­ra a donc son­dé pen­dant 4 ans tous les océans, ré­col­tant un grand nombre de don­nées qui per­mettent au­jourd’hui, après ana­lyse, d’avoir une pho­to­gra­phie pré­cise des dif­fé­rentes ré­gions océa­niques et des or­ga­nismes qui les ha­bitent.

Afin d’étu­dier cet im­mense ré­seau très com­plexe, de puis­santes mé­thodes de sé­quen­çage ont été uti­li­sées. Grâce à ce­la, ce sont des mil­lions de sé­quences gé­né­tiques et des di­zaines de mil­liers de nou­velles es­pèces planc­to­niques qui ont été dé­cou­vertes. Grâce à cette base de don­nées, la plus ex­haus­tive ja­mais ré­col­tée, les cher­cheurs tentent éga­le­ment de com­prendre comment va évo­luer, s’adap­ter le planc­ton dans un océan plus chaud et plus acide, et sur­tout avec quelles consé­quences sur notre cli­mat fu­tur. La quan­ti­té de car­bone at­mo­sphé­rique que le planc­ton capte et en­voie au fond de l’océan se­ra-t-elle tou­jours aus­si im­por­tante à l’ave­nir ? Très ré­cem­ment, des cher­cheurs du consor­tium Ta­ra Oceans ont mis au point un ou­til qui per­met à tous les scien­ti­fiques, même sans connais­sances in­for­ma­tiques, d’al­ler ques­tion­ner la base de don­nées gé­né­tiques, en­vi­ron­ne­men­tales et taxo­no­miques. Car si les don­nées de Ta­ra Oceans sont pu­bliques et gra­tuites, elles n’en res­tent pas, pour le moins, in­ac­ces­sibles pour cer­tains cher­cheurs. Ain­si, un grand nombre de scien­ti­fiques peut ex­ploi­ter le po­ten­tiel des don­nées par le biais d’un simple site web, et par­ti­ci­per à per­cer les mys­tères du planc­ton océa­nique.

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