LU­CA NI­CHET­TO L’OMNIPRESENT

THE UBIQUITOUS LU­CA NI­CHET­TO

Intramuros - - ENTREPRISE - Yann Si­liec

Hier à Mu­ra­no, au­jourd’hui à Stock­holm, de­main à Pé­kin… Voi­là presque dix ans que Lu­ca Ni­chet­to, cos­mo­po­lite et po­ly­glotte, fran­chit tous les ter­ri­toires du de­si­gn plu­riel. Sans ja­mais faire l’im­passe sur les nou­veaux mar­chés, le trans­al­pin d’ori­gine mul­ti­plie les cas­quettes, tour à tour de­si­gner, scé­no­graphe, di­rec­teur ar­tis­tique et tou­jours conteur.

“J’ aime voya­ger, dé­cou­vrir, je reste po­reux à toute nou­velle ex­pé­rience, sans ja­mais ou­blier d’où je viens. L’Ita­lie souffre ac­tuel­le­ment, plus que tout autre pays, d’un mo­dèle opé­ra­tion­nel désuet, qui fonc­tion­nait jusque dans les an­nées 80 et 90. Au cours des vingt der­nières an­nées, le monde a consi­dé­ra­ble­ment évo­lué. L’ap­pa­ri­tion de nou­velles tech­no­lo­gies, de l’im­pres­sion 3D et du com­merce en ligne bous­culent nos vieux ré­flexes, per­met­tant de vendre ra­pi­de­ment aux quatre coins du monde. Une somme consi­dé­rable de nou­veaux be­soins de­meure à ex­plo­rer. Par­cou­rir le monde me four­nit des in­dices, me donne de l’éner­gie et me per­met d’iden­ti­fier ce que le fu­tur re­quiert. De cette com­pi­la­tion d’im­pres­sions et d’ins­pi­ra­tions, j’es­saye tou­jours de pro­je­ter ces in­for­ma­tions mê­lées à mon iden­ti­té vers un scé­na­rio in­ter­na­tio­nal”.

De­si­gner sans fron­tière

Lu­nettes noires vis­sées sur le nez, bon­hom­mie dé­bor­dante, Lu­ca Ni­chet­to ne ta­rit pas d’éloges sur ses ra­cines ita­liennes. Né à Ve­nise en 1976, édu­qué dès l’en­fance sur les terres ha­bi­tées par la no­blesse des maîtres ver­riers, le co­losse au sou­rire ex­tra­large ra­conte ses pre­mières an­nées avec dé­lec­ta­tion et pas­sion. Ma­gie de l’ar­ti­sa­nat lo­cal, sens du de­voir bien fait, sou­ve­nirs in­can­des­cents d’une île lu­mi­neuse où tout le monde se connaît, la belle Mu­ra­no fut long­temps ter­rain de jeu d’un gar­ne­ment ra­pi­de­ment épris de formes, de des­sins et de fonc­tions. Après des études d’Art et un di­plôme de de­si­gn in­dus­triel em­po­ché à l’IUAV ( Institut Uni­ver­si­taire d’Ar­chi­tec­ture de Ve­nise), c’est en cet épi­centre que son ac­ti­vi­té pro­fes­sion­nelle dé­marre, des­si­nant en 1999 ses pre­mières créa­tions en verre de Mu­ra­no pour la cé­lèbre mai­son Sal­via­ti, tout en si­gnant si­mul­ta­né­ment quelques pro­jets pour l’édi­teur Fos­ca­ri­ni dou­blé d’une mis­sion de de­si­gner conseil, en charge de la re­cherche de nou­veaux ma­té­riaux et le dé­ve­lop­pe­ment de

pro­duits. La pos­si­bi­li­té d’une île ne lui suf­fit dé­jà plus. Son ap­pé­tit in­sa­tiable de dé­cou­verte du monde et de l’autre le té­lé­trans­por­tant ailleurs, là où l’in­con­nu l’at­tire, l’as­pire et l’ins­pire.

Life is a Jour­ney

“Avoir eu la chance de vivre sur une île comme Mu­ra­no si­gni­fie avoir été cer­né et in­fu­sé au ber­ceau par la créa­ti­vi­té. Au- de­là de mon grand- père ar­ti­san ver­rier et de ma mère qui dé­co­rait le verre, cette pe­tite île m’a dé­mon­tré que tout le monde com­mence à éga­li­té, cha­cun avec ses propres com­pé­tences, tout en met­tant les forces in­di­vi­duelles en ré­so­nance pour trou­ver la re­la­tion et les com­pro­mis né­ces­saires, vous per­met­tant d’at­teindre le ré­sul­tat op­ti­mal sou­hai­té. Ob­ser­ver le si­lence des maes­tros de­vant les fours mon­tant à 1000 de­grés in­duit une forme d’hu­mi­li­té. Une hu­mi­li­té qui per­met de bâ­tir de bonnes re­la­tions avec les ar­ti­sans afin de trans­for­mer vos idées en ob­jets concrets grâce à des col­la­bo­ra­tions. Elle joue éga­le­ment un rôle im­por­tant dans l’ac­qui­si­tion de connais­sances qui se­raient au­tre­ment in­ac­ces­sibles”. En dou­blon et en pôles op­po­sés, Lu­ca Ni­chet­to fonde sa pre­mière agence mul­ti­dis­ci­pli­naire en 2006, à Ve­nise. Du de­si­gn in­dus­triel à l’ob­jet en pas­sant par la dé­co­ra­tion d’in­té­rieur et l’ar­chi­tec­ture, ses pé­ré­gri­na­tions mul­tiples l’in­citent à ou­vrir en 2011 une se­conde agence, ba­sée à Stock­holm en Suède. Ef­fets de chaud et de froid, cul­ture la­tine ma­ti­née de fan­tasmes éco­los, ces deux géo­lo­ca­li­sa­tions lui per­mettent au­jourd’hui de tem­pé­rer les élans, d’in­jec­ter du fun dans le rai­son­nable, de la dou­ceur dans du flam­boyant. Cette équa­tion cer­taine n’est pas contra­dic­toire, ve­nant bien au contraire af­fi­ner les ap­proches et bous­cu­ler deux écoles

du de­si­gn com­plé­men­taires, qui, si ma­ni­pu­lées en état de fu­sion, gé­nèrent dans son cas un pay­sage d’ob­jets à la fois sexy et sen­suels, in­tran­si­geants mais drôles, tou­jours em­preints de confort et d’adap­ta­bi­li­té à tout type d’uni­vers, re­le­vant haut les manches pour tou­jours s’in­sé­rer au mieux, tou­cher et sé­duire à l’échelle in­ter­na­tio­nale. La liste épous­tou­fl ante d’édi­teurs et so­cié­tés tra­vaillant au­jourd’hui avec Lu­ca Ni­chet­to ne sau­rait faire mentir une dé­marche sin­gu­lière, ins­pi­rée par la com­pré­hen­sion d’un monde libre, sans bar­rière ni li­mite, ou­vert à tous les pos­sibles es­thé­tiques, tant que les ré­ponses ap­por­tées matchent avec la phi­lo­so­phie des en­tre­prises com­man­di­taires. Une va­rié­té ébou­rif­fante d’en­tre­prises ita­liennes et in­ter­na­tio­nales ali­gnant au comp­teur Ar­fl ex, Cas­si­na, Da­vid De­si­gn, De La Es­pa­da, Es­ta­bli­shed& Sons, Fon­ta­na Arte, Fos­ca­ri­ni, Glas Ita­lia, La Chance, Mol­te­ni& C, Ni­chet­to= Nen­do, Of­fecct, Ve­ni­ni ou l’in­croyable aven­ture dé­mar­rée il y a tout juste deux ans avec l’édi­teur Chi­nois ZaoZuo.

Points sur les “i”

“Le de­si­gn n’est pas un style. Il sur­passe le style, par­fois sans être im­mé­dia­te­ment com­pris mais avec pour unique in­ten­tion d’in­no­ver au sein de l’in­dus­trie. Le style de­vrait à juste titre être une ré­sul­tante, une simple consé­quence. Ma dé­fi ni­tion même du de­si­gn reste liée à la re­pro­duc­tion en sé­rie, tout sim­ple­ment car nous tra­vaillons au ser­vice de l’in­dus­trie. Comme le di­sait si bien Vi­co Ma­gis­tret­ti : ‘ l’en­tre­prise est la mère, le de­si­gner le père’. Il est donc dif­fi cile d’af­fi rmer qu’Achille Cas­ti­glio­ni ou Enzo Ma­ri ont un style. Si leurs pro­jets ont une iden­ti­té propre, ils l’ont at­teinte en col­la­bo­ra­tion avec chaque en­tre­prise as­so­ciée. Au fi l des an­nées, chaque de­si­gner dé­ve­loppe sa propre ap­proche de la concep­tion du de­si­gn, sans pour au­tant de­ve­nir un style. Cette même ligne de dé­mar­ca­tion se re­trouve éga­le­ment entre l’art et le de­si­gn : l’art ne connaît au­cune li­mite propre. Le de­si­gn en a beau­coup”. Prêt à re­le­ver tous les pa­ris, Lu­ca Ni­chet­to a donc ajou­té une corde à son arc, de­ve­nant, en 2015, di­rec­teur ar­tis­tique du jeune édi­teur de mo­bi­lier chi­nois ZaoZuo ( pour le­quel il a éga­le­ment si­gné la pre­mière bou­tique “phy­sique” du la­bel, à In­di­go, un centre com­mer­cial du dis­trict de Chaoyang à Pé­kin). Avec pour am­bi­tion de tou­cher les nou­velles classes moyennes chi­noises via une large gamme de pro­duits et ac­ces­soires ac­ces­sibles, le suc­cès ful­gu­rant de la pe­tite start- up qui monte re­pose sur une ap­proche dé­pas­sant la simple lo­gique d’un mar­ché dé­vo­rant. En choi­sis­sant d’édu­quer sa cible au de­si­gn contem­po­rain à tra­vers une gamme de pièces ori­gi­nales, le bour­reau de tra­vail avoue in­ves­tir l’em­pire du mi­lieu, avec le même ap­pé­tit dé­ployé par Achille Cas­ti­glio­ni ou Pierre Pau­lin, en Eu­rope, après­guerre, lorsque ce mar­ché n’exis­tait pas. En em­bar­quant dans l’aven­ture Constance Guis­set, Noé Du­chau­fourLa­wrance, Ri­chard Hut­ton ou en­core Phi­lippe Ma­louin, les col­lec­tions ex­clu­sives font dé­jà un mal­heur ( vingt mil­lions d’eu­ros de chiffre d’af­faires en un an, pour un ré­seau de dis­tri­bu­tion qua­si- ex­clu­si­ve­ment sol­dé en ligne et sur un sec­teur émer­geant).

Ma­ni­fes­to

“Prin­cipe n° 1 = La Forme : Nous don­nons forme à des pro­jets al­lant du mo­bi­lier aux pro­duits, des ac­ces­soires à l’ar­chi­tec­ture en pas­sant par l’amé­na­ge­ment d’es­paces et la scé­no­gra­phie d’ex­po­si­tions. Prin­cipe n° 2 = L’Uti­li­sa­tion : Nous pre­nons en compte toutes les fa­çons dont nos pro­jets peuvent être uti­li­sés, fa­çon­nant leur pro­duc­tion, leur im­pact et leur fonc­tion­na­li­té dans l’unique but d’as­su­rer la jouis­sance de l’uti­li­sa­teur. Prin­cipe n° 3 = La Ver­sion : Nous pen­sons que le de­si­gn ne peut se ré­su­mer à une seule ex­pres­sion sin­gu­lière. Nous créons donc dif­fé­rentes ver­sions de nos pro­duits pour qu’ils s’adaptent à tout type d’en­vi­ron­ne­ment. Prin­cipe n° 4 = La Col­lec­tion : Nous dé­ve­lop­pons chaque col­lec­tion comme une sé­rie de pro­duits au­to­nomes, par­ta­geant une même ori­gine mais pou­vant vivre sé­pa­ré­ment, dis­so­ciés les uns des autres, cha­cun

ayant une forte iden­ti­té propre et dis­tincte. Prin­cipe n° 5 = La Fa­mille : Nous pen­sons qu’un nou­veau de­si­gn peut ins­pi­rer une fa­mille d’ob­jets, par­ta­geant un même ADN es­thé­tique et fonc­tion­nel”. Bête de communication et vam­pire des nou­velles sphères de dis­tri­bu­tion en ligne, la nou­velle étoile du de­si­gn in­ter­na­tio­nal an­nonce sur son propre site, un ma­ni­feste haut en cou­leurs, phi­lo­so­phie écrite et énu­mé­rant vingt prin­cipes de­si­gn lim­pides, of­fen­sifs, ne ca­chant au­cu­ne­ment ce re­gard trans­ver­sal et cette am­bi­tion dé­vo­rante de conqué­rir le monde par tous les biais. Preuve en était lors de la der­nière De­si­gn Week de Stock­holm, où Lu­ca Ni­chet­to était par­tout, pré­sen­tant, ici, le ca­na­pé mo­du­lable “Jorg” et la sé­rie de vases “Luft” pour l’édi­teur Fo­gia… là, la chaise “Phoe­nix, poin­tant, à même son nom, son ca­rac­tère du­rable et im­mor­tel, adap­table à tout type d’en­vi­ron­ne­ment, comme af­fec­tionne son en­tre­prise com­man­di­taire Of­fecct. Le Sa­lone del Mo­bile de Mi­lan ne se­ra pas en reste, puisque le de­si­gner globe- trot­ter y pré­sen­te­ra nombre de nou­velles pièces ( chaise- longue et pouf “Cuillère” si­gnés pour Ar­ti­fort, ca­na­pé bi­place “Etreinte” conçu pour Coe­di­tion, chaise em­pi­lable “Plu­via” dé­ve­lop­pée pour Ethi­mo, ou en­core la chaise “Ga­lea”, ins­pi­rée par un type de ba­teau in­tro­duit par les Grecs an­ciens et lar­ge­ment uti­li­sé par les ma­rins vé­ni­tiens, fruit d’un par­te­na­riat fi­dèle tis­sé avec la mai­son d’édi­tion Moooi). S’il n’a pas de li­mite, l’art de Lu­ca Ni­chet­to re­pose bel et bien sur la pra­tique d’un de­si­gn connais­sant ses contraintes, mais en les ca­res­sant pour les faire ex­plo­ser en une my­riade de pe­tits et grands pro­jets.

In Mu­ra­no yes­ter­day, in Stock­holm to­day, and in Bei­jing to­mor­row… It has been al­most ten years since Lu­ca Ni­chet­to, a cos­mo­po­li­tan and a po­ly­glot, has cros­sed in­to all the fields of de­si­gn. Ne­ver one to miss out on new mar­kets, the Ita­lian na­tive wears ma­ny hats, now a de­si­gner, now an ex­hi­bi­tion de­si­gner, now an ar­tis­tic di­rec­tor, but al­ways a sto­ry­tel­ler.

“I like to tra­vel and discover things. I am open to new ex­pe­riences but I ne­ver for­get where I come from. More than any other coun­try, Ita­ly is suf­fe­ring from an ob­so­lete ope­ra­tio­nal mo­del, which was re­le­vant back in the 80s and 90s. The world has si­gni­fi­cant­ly evol­ved over the past twen­ty years. The in­tro­duc­tion of new tech­no­lo­gies, 3- D prin­ting, and e- com­merce has dis­rup­ted our old ha­bits. We can now sell qui­ck­ly in the four cor­ners of the world but a consi­de­rable num­ber of new needs re­mains to be ex­plo­red. Tra­vel­ling the world gives me clues and ener­gy and helps me iden­ti­fy the needs for the fu­ture. Using this com­pi­la­tion of im­pres­sions and ins­pi­ra­tions, I al­ways try to en­vi­sion the in­for­ma­tion, com­bi­ned with my iden­ti­ty, in an in­ter­na­tio­nal con­text.”

De­si­gner Wi­thout Bor­ders

A pair of black shades on his nose, glo­wing with warmth and friend­li­ness, Lu­ca Ni­chet­to is full of praise for his Ita­lian roots. Born in Ve­nice in 1976 and rai­sed on the lands ow­ned by noble mas­ter glass­ma­kers, the co­los­sus with a fla­shing smile re­counts his ear­ly years with gus­to and pas­sion. With a ma­gi­cal lo­cal craft tra­di­tion, a sense for a job well done, in­can­des­cent me­mo­ries of a lu­mi­nous is­land where eve­ry­bo­dy knows eve­ry­bo­dy, beau­ti­ful Mu­ra­no was long a playing field for the lit­tle ras­cal who qui­ck­ly be­came pas­sio­nate about shapes, dra­wings and func­tions. Af­ter com­ple­ting Arts stu­dies and ear­ning a de­gree in in­dus­trial de­si­gn from the IUAV ( Ve­nice Uni­ver­si­ty Ins­ti­tute of Ar­chi­tec­ture), he ki­cked off his ca­reer in this de­si­gn epi­cen­ter in 1999 by de­si­gning his first Mu­ra­no glass crea­tions for the dis­tin­gui­shed Sal­via­ti house while at the same time de­si­gning a few pro­ducts for Fos­ca­ri­ni and ac­ting as the company’s in- house de­si­gn consul­tant in charge of re­search on new ma­te­rials and pro­duct de­ve­lop­ment. But the op­por­tu­ni­ties of the is­land were no lon­ger en­ough. His in­sa­tiable ap­pe­tite for dis­co­ve­ry of the world and others took him el­sew­here, where the unk­nown temp­ted him, su­cked him in, and ins­pi­red him.

Life Is A Jour­ney

“If you were for­tu­nate en­ough to have li­ved on an is­land like Mu­ra­no, it means that you were sur­roun­ded by and rai­sed since child­hood in crea­ti­vi­ty. Be­sides my grand­fa­ther, an ar­ti­san glass­ma­ker, and my mo­ther who de­co­ra­ted glass, this small is­land has shown me that eve­ry­bo­dy starts on equal foo­ting, each with his or her own skills, while crea­ting a sy­ner­gy between in­di­vi­dual strengths so as to find the ne­ces­sa­ry re­la­tion­ships and com­pro­mises that will help people achieve the de­si­red op­ti­mal re­sult. Wat­ching the maes­tros quiet­ly standing in front of 1,000- de­gree fur­naces gives you a cer­tain sense of hu­mi­li­ty, which is ne­ces­sa­ry to build a good re­la­tion­ship with the crafts­people and turn ideas in­to tan­gible ob­jects through col­la­bo­ra­tions. That same hu­mi­li­ty al­so plays a key role in terms of ac­qui­ring know­ledge, which would be other­wise in­ac­ces­sible.” In 2006, Lu­ca Ni­chet­to foun­ded his first mul­ti­dis­ci­pli­na­ry stu­dio in Ve­nice. His ma­ny tra­vels promp­ted him, in a re­peat move, to set up ano­ther stu­dio, in the nor­thern la­ti­tudes in Stock­holm in 2009. These two lo­ca­tions along with the com­bi­na­tion of warmth and cold, and La­tin cul­ture and en­vi­ron­men­tal­ly- friend­ly fan­ta­sies help tem­per en­thu­siasm, in­ject fun in­to the clas­sic and light­ness in­to the flam­boyant. But there is no contra­dic­tion here. On the contra­ry, this se­tup helps him re­fine his ap­proaches and gal­va­nize two de­si­gn schools in­to pro­du­cing a land­scape of ob­jects that are at once sexy and sen­sual, in­flexible but amu­sing, and al­ways com­for­table and adap­table to any set­ting. The im­pres­sive list of pro­du­cers and com­pa­nies wor­king with Lu­ca Ni­chet­to no­wa­days speaks of his unique ap­proach, ins­pi­red by a good grasp of a free world wi­thout bar­riers or li­mits and open to all aes­the­tic so­lu­tions as long as they are in kee­ping with his clients’ phi­lo­so­phies. His client base consists of an ama­zing va­rie­ty of Ita­lian and in­ter­na­tio­nal firms such as Ar­flex, Cas­si­na, Da­vid De­si­gn, De La Es­pa­da, Es­ta­bli­shed & Sons, Fon­ta­na Arte, Fos­ca­ri­ni, Glas Ita­lia, La Chance,

Mol­te­ni & C, Ni­chet­to= Nen­do, Of­fecct, and Ve­ni­ni, not to men­tion the in­cre­dible ad­ven­ture he em­bar­ked on ba­re­ly two years ago with ZaoZuo. Let’s Make Things Clear

“De­si­gn is not a style. It trans­cends style, so­me­times wi­thout being im­me­dia­te­ly un­ders­tood, but its sole ob­jec­tive is in­no­va­tion wi­thin the in­dus­try. Style should just be a re­sult, a simple conse­quence. My ve­ry de­fi­ni­tion of de­si­gn is lin­ked to mass re­pro­duc­tion, as simple as that, be­cause we work for the in­dus­try. As Vi­co Ma­gis­tret­ti put it so well: ‘ The company is the mo­ther, the de­si­gner is the fa­ther’. So it’s dif­fi­cult to main­tain that Achille Cas­ti­glio­ni or Enzo Ma­ri have a style. If their pro­ducts have an iden­ti­ty of their own, it came from wor­king with each company. Over the years, eve­ry de­si­gner de­ve­lops his or her own ap­proach to de­si­gn wi­thout it be­co­ming a style. This same de­mar­ca­tion line al­so exists between Art and De­si­gn: Art has no spe­ci­fic boun­da­ries. De­si­gn has a lot of them.” Rea­dy to take on any chal­lenge, Lu­ca Ni­chet­to has ad­ded one more string to his bow by be­co­ming the Ar­tis­tic Di­rec­tor of the young Chi­nese fur­ni­ture pro­du­cer ZaoZuo for whom he al­so de­si­gned the first brick- and­mor­tar store at In­di­go, a shop­ping mall lo­ca­ted in the Chaoyan Dis­trict of Bei­jing. The up- and- co­ming start- up aims to tap in­to the new Chi­nese middle class mar­ket by of­fe­ring a broad ar­ray of af­for­dable pro­ducts and ac­ces­so­ries. Its re­soun­ding success is the re­sult of an ap­proach that goes beyond the simple dy­na­mics of a gree­dy mar­ket. Choo­sing to edu­cate his tar­get on contem­po­ra­ry de­si­gn by of­fe­ring a range of ori­gi­nal pieces, this wor­ka­ho­lic de­si­gner ad­mits that he is ta­ck­ling the Middle Kingdom with the same ap­pe­tite Cas­ti­glio­ni or Pierre Pau­lin sho­wed af­ter the war in Eu­rope when the mar­ket did not exist. With Constance Guis­set, Noé Du­chau­four- La­wrance, Ri­chard Hut­ton and Phi­lippe Ma­louin joi­ning the ad­ven­ture, the ex­clu­sive col­lec­tions are al­rea­dy a huge success, to the tune of 20 mil­lion eu­ros in sales wi­thin a year, for a dis­tri­bu­tion net­work al­most ex­clu­si­ve­ly dis­coun­ted on line in an emer­ging mar­ket.

The Ma­ni­fes­to

“Prin­ciple # 1 = Form: We give shape to things like fur­ni­ture, pro­ducts, ac­ces­so­ries, ar­chi­tec­ture, as well as space de­si­gn and ex­hi­bi­tion dis­play. Prin­ciple # 2 = Use: We take in­to ac­count all the ways our pro­jects can be used, sha­ping their pro­duc­tion, their im­pact and their func­tio­na­li­ty with the sole ob­jec­tive of en­su­ring users’ en­joy­ment. Prin­ciple # 3 = Ver­sions: We be­lieve that de­si­gn can­not be confi­ned to a single ex­pres­sion, that’s why we create ma­ny ver­sions of our pro­ducts so they can fit any type of en­vi­ron­ment. Prin­ciple # 4 = The Col­lec­tion: We de­ve­lop each col­lec­tion like a se­ries of se­pa­rate pro­ducts de­ri­ving from the same source but which can exist in­de­pen­dent­ly, dis­so­cia­ted from each other, and have a strong and dis­tinct iden­ti­ty of their own. Prin­cipe # 5 = The Fa­mi­ly: We be­lieve that a new de­si­gn can ins­pire a fa­mi­ly of ob­jects that share the same aes­the­tic and func­tio­nal DNA. A brilliant PR man and a glut­ton for new on­line dis­tri­bu­tion chan­nels, the new star of in­ter­na­tio­nal de­si­gn pos­ted a co­lor­ful Ma­ni­fes­to on line. It lists 20 clear and of­fen­sive de­si­gn prin­ciples that re­veal his mul­ti­dis­ci­pli­na­ry stance and speak of an all- de­vou­ring am­bi­tion to conquer the world from all angles. This was

evident du­ring the recent Stock­holm De­si­gn Week where Lu­ca Ni­chet­to was all over the place, here, pre­sen­ting the Jorg mo­du­lar so­fa and the Luft se­ries of vases for Fo­gia, and there, the Phoe­nix chair, which, with its name speaks to is du­ra­bi­li­ty and im­mor­ta­li­ty as well as its adap­ta­bi­li­ty to any type of en­vi­ron­ment, a fea­ture dear to the heart of his client, Of­fecct. Not to be out­done, the Mi­lan Fur­ni­ture Fair is where the glo­be­trot­ting de­si­gner will present a num­ber of new pieces that in­clude the Cuillère chaise lounge and pouf he de­si­gned for Ar­ti­fort, the two- sea­ter Etreinte so­fa for Coe­di­tion, the Plu­via sta­cking chair for Ethi­mo, or the Ga­lea chair, ins­pi­red by a type of boat in­tro­du­ced by the an­cient Greeks and lar­ge­ly used by Ve­ne­tian sai­lors, and which is the pro­duct of his loyal part­ner­ship with Moooi. While Lu­ca Ni­chet­to’s art knows no boun­da­ries, it is de­fi­ni­te­ly ba­sed on a de­si­gn prac­tice where constraints are par for the course, yet one that em­braces them to ge­ne­rate a my­riad of pro­jects big and small.

Le ca­na­pé

“Etreinte” pour CoE­di­tion se­ra pré­sen­té au sa­lon du meuble de Mi­lan 2017.

Ma­quette de la chaise- longue et du re­pose- pied “Cuillère” pour Ar­ti­fort, pré­sen­tés à Mi­lan ( 2017).

Des­sins du fau­teuil “Ga­lea” pour Moooi, pré­sen­té au sa­lon du meuble de Mi­lan 2017.

La col­lec­tion de tables “Ca­pi­la­no” pour Ar­flex ( 2016).

Chloe Mes­trude, Da­niele Cal­da­ri, Lu­ca Ni­chet­to, Fran­ces­co Dom­pie­ri et Ile­nia Mar­ti­ni dans le stu­dio Ni­chet­to à Stock­holm.

Le ma­ga­sin ZaoZuo à Shan­ghai ( 2016).

Le mi­roir “Zo­diac” pour ZaoZuo ( 2016).

La table “On” pour ZaoZuo ( 2016).

“Va­so Ca­rafe” pour Smal­ler Ob­jects ( 2017).

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