LE TRA­VAIL DANS UNE PERS­PEC­TIVE INELUCTABLE D’EFFACEMENT ?

WORK PRACTICES AND THE UNAVOIDABLE BLURRING OF PERS­PEC­TIVES

Intramuros - - PRIX - Bé­né­dicte Du­halde

Àla veille des élec­tions pré­si­den­tielles, la Bien­nale In­ter­na­tio­nale De­si­gn Saint- Etienne a choi­si d’ex­plo­rer pour sa dixième édi­tion, un su­jet po­li­tique : les mu­ta­tions du tra­vail.

Oli­vier Pey­ri­cot, le di­rec­teur scien­ti­fique de la Bien­nale et le Di­rec­teur du pôle re­cherche de la Ci­té du De­si­gn le fait re­mar­quer : “Cette an­née, on quitte le do­maine concep­tuel du Beau de la Bien­nale 2015 pour en­trer dans une réa­li­té que la loi El Khom­ri a dé­jà bien po­si­tion­née sur le de­vant de la scène”. On peut pré­sa­ger que la bien­nale sus­ci­te­ra de la confron­ta­tion et des dé­bats. Le mot d’ordre a été don­né : elle doit lais­ser des traces dans la ville et ne pas dis­pa­raître, sans suite comme un feu d’ar­ti­fice. Après avoir di­ri­gé l’agence de de­si­gn in­dus­triel IDS Land pen­dant une quin­zaine d’an­née, ex­plo­ré les do­maines du re­tail, de l’aé­ro­nau­tique et de l’au­to­mo­bile, gé­ré une quin­zaine de per­sonnes, ex­po­sé dans des ga­le­ries avec un de­si­gn ex­pé­ri­men­tal, Oli­vier Pey­ri­cot s’est lais­sé ab­sor­ber par l’ur­ba­nisme et sur­tout par la re­cherche. “La Ci­té du De­si­gn offre une si­tua­tion ex­cep­tion­nelle pour me­ner la re­cherche, en liai­son di­recte avec un ter­ri­toire. C’est le seul centre eu­ro­péen qui tra­vaille avec des de­si­gners eu­ro­péens. C’est une po­si­tion pri­vi­lé­giée. Il y a une équipe de qua­rante per­sonnes qui tra­vaille sur la Bien­nale et, pour la pre­mière fois, elle se­ra sous l’im­pul­sion di­recte de la re­cherche. Un ou­vrage sur le di­gi­tal est en cours de réa­li­sa­tion.”

Wor­king Pro­messe – les mu­ta­tions du tra­vail

“Après une Bien­nale 2015 en par­tie ex­ter­na­li­sée, il fal­lait re­prendre la main et nous in­ter­ro­ger sur le fait de tra­vailler en­semble, de par­ta­ger le pro­jet du tra­vail, por­té au­jourd’hui par les nou­velles tech­no­lo­gies mais aus­si par des ten­sions sociales qu’on ne peut nier. Le de­si­gn est en rup­ture avec ses fon­da­men­taux ( les ob­jets) mais de plus en plus puis­sant en tant qu’ou­til de concep­tion so­cial et po­li­tique. La pro­blé­ma­tique du tra­vail est vaste et com­plexe”. Même avec onze com­mis­saires, neuf écoles d’art et de de­si­gn in­vi­tées par l’Ecole Su­pé­rieure d’Art et de De­si­gn de Saint- Etienne ( ESADSE), au­jourd’hui di­ri­gée par Claire Peillod, cinq nou-

veaux lieux ( Saint- Cha­mond, l’Ecole Na­tio­nale Su­pé­rieure d’Ar­chi­tec­ture de Saint-Etienne- ENSASE, le centre Max Weber, le Fil, la rue de la Ré­pu­blique), neuf la­bos mo­biles d’en­tre­prise, un concept d’hé­ber­ge­ment créé par Jerz­sy Sey­mour, et Dé­troit, une ville in­vi­tée, membre du ré­seau des villes créa­tives Unes­co de de­si­gn qui vient cher­cher à SaintE­tienne le mo­dèle d’une re­nais­sance pos­sible, im­pos­sible d’être ex­haus­tif sur le su­jet. “Deux symp­tômes clés ont été ex­plo­rés : le tra­vail nu­mé­rique ou di­gi­tal la­bor et la nais­sance des tiers lieux, une fa­çon de faire face à la crise et de mu­tua­li­ser, grand mot de l’époque, les in­ves­tis­se­ments. Mais c’est avant tout l’es­pace et le temps qui ré­vo­lu­tionnent les modes de tra­vail : où tra­vailler, quand tra­vailler ? Les fa­blabs, les co- wor­king places, les ha­cker spaces, la né­bu­leuse des tiers- lieux pro­posent de tra­vailler dans des for­mats in­for­mels et ré­vèlent de nou­velles fa­çons de tra­vailler sus­cep­tibles de ré­in­ven­ter des pans en­tiers du monde du tra­vail. Face à la crise, l’es­prit d’équipe re­vient en force.” La dixième bien­nale, mal­gré la fer­me­ture de nom­breux com­merces, doit ré­vé­ler la dy­na­mique d’un éco­sys­tème sin­gu­lier, ce­lui du ter­ri­toire sté­pha­nois qui ras­semble une école d’ex­cel­lence, un centre de de­si­gn et un évé­ne­ment in­ter­na­tio­nal. En in­tro­duc­tion d’un par­cours cen­tral en dix ex­po­si­tions à la Ci­té du De­si­gn, Chris­tophe Mar­chand, s’em­pare du su­jet, se ques­tionne sur ce qui rend l’ob­jet re­mar­quable et comme à l’ECAL où il en­seigne, in­tro­duit l’ob­jet par le biais des sa­voir- faire avec un “best of mé­tier” qui ré­vèle, à tra­vers des ou­tils, des sa­voir- faire ca­chés. Comment le di­gi­tal la­bor im­pacte- t- il nos vies ? Chez soi dé­jà, on est au coeur de cette réa­li­té, que ce soit dans la cui­sine, la salle de bains, le sa­lon ou la chambre puisque que l’on peut tra­vailler au lit avec sa ta­blette. Et puisque l’es­pace tra­vail n’est plus dé­fi­ni, les contraintes géo­gra­phiques sont mo­di­fiées pour les sa­la­riés. Les de­si­gners ont été in­vi­tés à choi­sir leur stra­té­gie. Ca­the­rine Geel a choi­si de pré­sen­ter le mo­bi­lier qu’elle a mis au point avec TP Work Unit pour l’agence BETC, ré­cem­ment ins­tal­lée dans les bâ­ti­ments des Ma­ga­sins Gé­né­raux à Pan­tin. Elle y tien­dra des confé­rences et tra­vaille­ra dans l’es­pace aux “ho­raires de bu­reau”, en di­rect de 10h à 19h, avec une ap­proche prag­ma­tique et par­ti­ci­pa­tive pour ac­ti­ver les ré­seaux. La com­mu­nau­té du de­si­gn est ame­née à ré­flé­chir sur cette mu­ta­tion so­ciale et po­li­tique. Que vaut le rap­port for­me­fonc­tion dans cette pers­pec­tive iné­luc­table d’effacement ? Un chan­ge­ment tech­no­lo­gique suf­fit- il à créer une nou­velle so­cié­té ?

Dé­troit, crea­tive at­ti­tude, ville in­vi­tée d’hon­neur

La ville de Dé­troit fait par­tie du fan­tasme in­dus­triel, sa chute n’en est que plus dou­lou­reuse. Fon­dée en 1701 par le Fran­çais An­toine de La­mothe Ca­dillac, la ville a connu une in­dus­tria­li­sa­tion éclair grâce au dé­ve­lop­pe­ment du sec­teur au­to­mo­bile qui fe­ra d’elle la Mo­tor Ci­ty ou la Mo­town. Ford, Ch­rys­ler, Ge­ne­ral Mo­tors en ont fait le suc­cès mais aus­si sa faillite. “La ville est au­jourd’hui en proie à la des­truc­tion mas­sive de l’ha­bi­tat et à la chute de sa po­pu­la­tion. Le vide est le signe le plus im­pres­sion­nant dans cette ville où les mil­liar­daires se livrent à la spé­cu­la­tion im­mo­bi­lière face aux ac­ti­vistes col­lec­ti­vistes qui cherchent à re­trou­ver l’es­prit de la ville d’avant la crise. Entre les deux, se trouvent des po­pu­la­tions lo­cales dé­lais­sées, qui ont vu dis­pa­raître leur quar­tier, par­fois en un clic, en choi­sis­sant par­mi l’une des deux op­tions pro­po­sées : à dé­truire ou à conser­ver... Les ap­pli­ca­tions peuvent être vio­lentes.”, pré­cise Oli­vier Pey­ri­cot. Mais au­jourd’hui, Dé­troit ac­cueille la plus haute concen­tra­tion de

de­si­gners in­dus­triels. Les in­dus­tries créa­tives y sont un sec­teur crois­sant. La ville est au coeur des mu­ta­tions du tra­vail. Le pro­jet d’ex­po­si­tion y est por­té par le stu­dio Akoa­ki ( Anya Si­ro­ta et Jean- Louis Farges), Jo­syane Franc, di­rec­trice de re­la­tions in­ter­na­tio­nales de la Ci­té du De­si­gn et Nathalie Ar­nould, de­si­gn ma­na­ger. Dé­troit et Saint- Etienne ont une his­toire com­mune de la fa­bri­ca­tion et de l’ar­ti­sa­nat.

Ex­tra­vaillance- Wor­king Dead

Di­dier Faus­ti­no - en col­la­bo­ra­tion avec Alain Da­ma­sio et Nor­bert Mer­ja­gnan, écri­vains et au­teurs de science- fi ction, et le col­lec­tif Zan­zi­bar - pro­pose “Ex­tra­vaillance/ Wor­king Dead”. “Le tra­vail n’a été qu’un pas­sage, adu­lé pen­dant deux siècles, il est en phase de dis­pa­raître et au­cun mé­tier n’y échap­pe­ra, pré­dit l’ar­chi­tecte- ar­tiste, ni les jour­na­listes, ni les ges­tion­naires, ni même les sol­dats, les mé­de­cins ou les en­sei­gnants”. Le troc pla­né­taire est en marche : les sys­tèmes ex­perts en échange des sa­voir- faire, les al­go­rithmes contre la com­pé­tence, les ro­bots à la place des gestes et des pa­roles. ” L’en­tre­prise n’est plus qu’un camp de concen­tra­tion du ca­pi­tal, le sa­laire est de­ve­nu une co­quet­te­rie. L’em­ploi ap­par­tient aux gé­né­ra­teurs au­to­ma­tiques de pro­fi t. Le rêve d’un retour ro­man­tique au tra­vail, n’est que nos­tal­gie”, af­fi rme Di­dier Faus­ti­no. L’ex­po­si­tion toute en mots pro­pose des ré­cits et des sons au­jourd’hui ou­bliés. Le tra­vail ne vient plus de la­bor, “souf­france et ser­vi­tude” mais d’ope­ra, “ou­vrage et ac­ti­vi­té”. On ne tra­vaille plus, on met en oeuvre. On oeuvre et on crée. L’Institut Fran­çais du De­si­gn ( IFD) a or­ga­ni­sé un concours de pho­tos au­près des étu­diants et in­vi­té la gé­né­ra­tion Y à “pho­to­gra­phier le fu­tur du tra­vail”. Le concours lan­cé dans les écoles et via les ré­seaux so­ciaux a per­mis au ju­ry, pré­si­dé par Yann Ar­thus Ber­trand, de sé­lec­tion­ner les meilleures images et de pro­po­ser une vi­sion pros­pec­tive du fu­tur du tra­vail. Cher­cheurs, de­si­gners et jour­na­listes vont ain­si dé­cryp­ter et cap­tu­rer les nou­veaux mots du fu­tur du tra­vail. Sans pour au­tant se lais­ser al­ler à une vi­sion pes­si­miste. Les nou­veaux es­paces sont pen­sés pour plus de bon­heur, ex­plique Anne Ma­rie Sar­gueil, pré­si­dente de l’IFD. Voir le dé­ve­lop­pe­ment des postes de Chief Hap­pi­ness Of­fi cer ou de “Di­rec­teur du Ca­pi­tal Hu­main”. Et les nou­velles pro­po­si­tions de bu­reaux comme BETC à Pan­tin ou la Ma­nu­fac­ture De­si­gn de Sa­guez& Part­ners à Saint- Ouen qui sont au­tant de signes d’une marche vers de nou­veaux ho­ri­zons la­bo­rieux et heu­reux.

Mu­sée de la Mine

Au mu­sée de la Mine, la place est don­née à la re­pré­sen­ta­tion du tra­vail dans l’es­pace pu­blic. Murs peints, ronds- points, bâ­ti­ments pu­blics, mo­nu­ments, églises ou ci­me­tières, sur les murs ou dans les tags, les fi gu­ra­tions du tra­vail sont di­verses et parlent de notre lien au tra­vail et de sa place dans nos vies. L’ex­po­si­tion du Puits Cou­riot in­vite à une ba­lade au gré du ter­ri­toire- la­bo­ra­toire de Saint- Etienne. Après “C’est pas mon genre en 2013” et “Tu nais, tu­ning, tu meurs” en 2015, le Cycle De­si­gn Re­cherche ( CyDRe) de l’ESADSE pré­sente la “Gueule de l’em­ploi” à la Ci­té du De­si­gn. L’ex­po­si­tion pose les ques­tions liées à l’iden­ti­té et à ses modes de dé­ter­mi­na­tion. Avec en scé­no­graphes Marc Mon­jou, Ro­dolphe Do­gniaux et les étu­diants du CyDRe.

De­main c’est loin

À la Ci­té du De­si­gn et au Gar­nier des Arts, en centre- ville, l’ESADSE ex­pose les pro­jets des di­plô­més DNSEP art et de­si­gn. Les pro­fes­seurs Stéphane Le Mer­cier- Dau­ny ( op­tion art), Eric Jour­dan ( op­tion de­si­gn), Michel Le­pe­tit­di­dier ( op­tion de­si­gn media) et Michel Phi­lip­pon ( op­tion de­si­gn d’es­pace) ont sé­lec­tion­né qua­torze pro­jets en art et trente pro­jets de di­plôme en de­si­gn. En ville, beau­coup de com­merces ont fer­mé. Pour la Bien­nale, plus de soixante- dix pro­jets de ré­no­va­tion sont en cours avec l’ob­jec­tif de ré­ani­mer le centre- ville et de re­créer une dy­na­mique. Parce que la bien­nale doit lais­ser des traces et ne pas se conten­ter d’un simple feu d’ar­ti­fi ce. Il faut tous al­ler à Saint- Etienne, seule ville fran­çaise membre du ré­seau des villes créa­tives Unes­co du de­si­gn, une iden­ti­té ins­crite dans son ter­ri­toire qui se fonde sur une tra­di­tion d’in­no­va­tion de­puis deux cents ans. Les villes de Pa­ris et de Lyon font cam­pagne en ce sens, de­puis le 13 fé­vrier, en dif­fu­sant des mes­sages dans les gares, les aé­ro­ports, les sta­tions de mé­tro. “Et si vous des­cen­diez dans la ca­pi­tale ? Du de­si­gn !”

“Wor­king Pro­messe, les mu­ta­tions du tra­vail”, Bien­nale In­ter­na­tio­nale De­si­gn Saint- Etienne, du 9 mars au 9 avril 2017. www. bien­nale- de­si­gn. com

As Oli­vier Pey­ri­cot, Scien­ti­fic Di­rec­tor of the Bien­nale and Di­rec­tor of Re­search at the Ci­té du De­si­gn re­mar­ked: “This year, we are de­par­ting from the concep­tual theme of beauty of the 2015 Bien­nale to dive in­to a rea­li­ty that the El Khom­ri Act has al­rea­dy thrust in­to the spotlight.” The Bien­nale will li­ke­ly spark conflicts and de­bates. The ral­lying cry has been soun­ded: The Bien­nale must leave a trace in the ci­ty and not di­sap­pear like fi­re­works. Af­ter run­ning the in­dus­trial de­si­gn firm IDS Land for fif­teen- odd years, ex­plo­ring the fields of re­tail, ae­ro­nau­tics, and cars, ma­na­ging a do­zen people, and ex­hi­bi­ting ex­pe­ri­men­tal de­si­gn pro­ducts at gal­le­ries, Oli­vier Pey­ri­cot bran­ched out in­to ur­ban plan­ning and, most spe­ci­fi­cal­ly, in­to re­search. A pu­bli­ca­tion on di­gi­tal tech­no­lo­gy is un­der de­ve­lop­ment. “The Ci­té du De­si­gn is an ex­cep­tio­nal place for conduc­ting re­search with a di­rect con­nec­tion to a ter­ri­to­ry. It’s the on­ly Eu­ro­pean cen­ter that works with Eu­ro­pean de­si­gners. It’s holds a unique po­si­tion. A team of for­ty people is wor­king on the Bien­nale and, for the first time, it will be di­rect­ly dri­ven by re­search.” “Wor­king Pro­messe – Shif­ting Work Pa­ra­digms” “Af­ter the 2015 Bien­nale de­vo­ted to beauty and run by an out­side scien­ti­fic di­rec­tor, we nee­ded to re­gain con­trol and ad­dress the sub­ject of wor­king to­ge­ther, sha­ring a pro­ject, which no­wa­days are made ea­sier by new tech­no­lo­gies, but the pro­cess is al­so in­fluen­ced by un­de­niable so­cial ten­sions. De­si­gn is dis­con­nec­ted from its fun­da­men­tals ( ob­jects) but is be­co­ming in­crea­sin­gly po­wer­ful as a so­cial and po­li­ti­cal creation tool. The is­sues sur­roun­ding work practices is vast and com­plex.” Even with ele­ven cu­ra­tors, nine art and de­si­gn schools in­vi­ted by the Ecole Su­pé­rieure d’Art et de De­si­gn de Saint- Etienne ( ESADSE) di­rec­ted by Claire Peillod, five new lo­ca­tions ( Saint- Cha­mond, the ENSASE school, the Max Weber cen­ter, the Fil, the rue de la Ré­pu­blique), nine mo­bile labs, a hos­pi­ta­li­ty concept de­si­gned by Jerz­sy Sey­mour and the ci­ty of De­troit, an in­vi­ted ci­ty and a mem­ber of UNES­CO’s crea­tive ci­ties net­work co­ming to Saint- Etienne in search of a pos­sible mo­del of re­nais­sance, it is im­pos­sible to be ex­haus­tive on the sub­ject.

“We stu­died two key symp­toms: di­gi­tal la­bor and the emer­gence of third places, which are a de­vice for co­ping with the cri­sis and poo­ling in­vest­ments, the big word of the day. But above all, space and time are what re­vo­lu­tio­nize wor­king me­thods: where to work and when to work? Fa­blabs, co- wor­king places, ha­cker spaces, and the ne­bu­la of third places al­low people to work in in­for­mal work for­mats and bring to light new ways of wor­king that could po­ten­tial­ly reinvent a whole area of the or­ga­ni­za­tion of work. In the face of cri­sis, team spi­rit is making a strong co­me­back.” Des­pite the clo­sure of ma­ny re­tail stores, the 10th Bien­nale must re­veal the dy­na­mism of a unique eco­sys­tem, that of the Saint- Etienne ter­ri­to­ry, which brings to­ge­ther an ex­cellent school, a de­si­gn cen­ter, and an in­ter­na­tio­nal event. In­tro­du­cing a cen­tral cir­cuit of ten ex­hi­bi­tions at the Ci­té du De­si­gn, Chris­tophe Mar­chand seizes the pro­blem, asks ques­tions on what makes the object re­mar­kable, and just like he does at ECAL where he teaches, he in­tro­duces the object using a “best of pro­fes­sion” de­vice that re­veals hid­den know- how. How does di­gi­tal la­bor in­fluence our lives? Even at home, we are at the cen­ter of that rea­li­ty, in the kit­chen, in the ba­throom, in the li­ving room or in the be­droom since we can work on a ta­blet in bed. And since the works­pace is no lon­ger de­fi­ned, geo­gra­phi­cal constraints have chan­ged for em­ployees. Ca­the­rine Geel pre­sents the fur­ni­ture she de­ve­lo­ped with TP Work Unit for the BETC firm, which re­cent­ly set up shop in the Ma­ga­sins Gé­né­raux buil­ding in Pan­tin. She will hold confe­rences and work there “du­ring of­fice hours”, live from 10 a. m. to 7 p. m., adop­ting a prag­ma­tic and par­ti­ci­pa­to­ry ap­proach ai­med at ac­ti­va­ting the net­works. The de­si­gn com­mu­ni­ty is for­ced to re­flect on this so­cial and po­li­ti­cal shift. What is the form/ func­tion re­la­tion­ship worth in this unavoidable con­text of blur­red pers­pec­tives? Is a tech­no­lo­gi­cal shift en­ough to create a new so­cie­ty?

De­troit, crea­tive at­ti­tude, guest ci­ty of ho­nor

Th e ci­ty of De­troit is part of the in­dus­trial fan­ta­sy, the­re­fore its down­fall is all the more pain­ful. Foun­ded in 1701 by French­man An­toine de La­mothe Ca­dillac, the ci­ty went through spee­dy in­dus­tria­li­za­tion thanks to the rise of the au­to in­dus­try, which tur­ned her in­to the Mo­tor Ci­ty or Mo­town. Ford, Ch­rys­ler, and Ge­ne­ral Mo­tors contri­bu­ted to its success but al­so to its ban­krupt­cy. “Th e ci­ty is cur­rent­ly be­set by the mas­sive des­truc­tion of houses and a de­cline in po­pu­la­tion. Emp­ti­ness is the most im­pres­sive si­gn in this ci­ty where bil­lio­naires en­ga­ging in spe­cu­la­tive real es­tate in­vest­ment com­pete against ac­ti­vists- cum­col­lec­ti­vists who want to res­tore the ci­ty’s pre- cri­sis spi­rit. Between the two, you have the ne­glec­ted lo­cal po­pu­la­tion who has wat­ched its neigh­bo­rhood di­sap­pear, so­me­times with a single click on one of two op­tions: to be de­mo­li­shed or to be sal­va­ged. Th e ap­pli­ca­tions can be violent,” said Oli­vier Pey­ri­cot. But no­wa­days, De­troit has the hi­ghest concen­tra­tion of in­dus­trial de­si­gners. Crea­tive in­dus­tries are on the rise. Th e ci­ty is at the heart of shif­ting work practices. Th e ex­hi­bi­tion is co­or­di­na­ted by the Akoa­ki Stu­dio, Anya Si­ro­ta and Jean- Louis Farge, Jo­syane Franc, Di­rec­tor of In­ter­na­tio­nal Re­la­tions of the Ci­té du De­si­gn, and Nathalie Ar­nold, De­si­gn Ma­na­ger. De­troit and SaintE­tienne share a com­mon his­to­ry of ma­nu­fac­tu­ring and crafts.

Ex­tra­vaillance- Wor­king Dead

Wor­king with wri­ters and science fi ction au­thors Alain Da­ma­sio and Nor­bert Mer­ja­gnan, and the Zan­zi­bar col­lec­tive, Di­dier Faus­ti­no is pre­sen­ting “Ex­tra­vaillance/ Wor­king Dead”. “Work has just been an ido­li­zed tran­si­tion for two cen­tu­ries now. It’s in the pro­cess of di­sap­pea­ring and no one will be spa­red, not jour­na­lists, not ad­mi­nis­tra­tors, not even sol­diers, doc­tors or tea­chers,” the ar­chi­tect- cum- ar­tist pre­dic­ted. “Th e pla­ne­ta­ry swap is mar­ching on: ex­pert sys­tems in ex­change for know- how, al­go­rithms against ex­per­tise, ro­bots re­pla­cing ges­tures and words. Businesses are no­thing more than concen­tra­tion camps of ca­pi­tal, and sa­la­ries have be­come a mere fri­vo­li­ty. Em­ploy­ment be­longs to au­to­ma­tic pro­fi t ge­ne­ra­tors. Th e dream of re­tur­ning to work is but nos­tal­gia,” de­cla­red Di­dier Faus­ti­no. Th e word- fi lled ex­hi­bi­tion show­cases for­got­ten sto­ries and sounds. Work no lon­ger de­rives from la­bor, as in “suff ering and ser­vi­tude” – but from ope­ra, as in “work­man­ship and ac­ti­vi­ty”. It is no lon­ger about wor­king but exe­cu­ting. It is about craf­ting and crea­ting. Th e Institut Fran­çais du De­si­gn ( IFD) or­ga­ni­zed a photo contest for stu­dents and in­vi­ted the Y generation to “pho­to­graph the fu­ture of work practices”. Laun­ched among schools and on so­cial media, the contest gave a ju­ry pre­si­ded over par Yann Ar­thus Ber­trand a chance to choose the best pictures and pro­vide a for­ward- loo­king vi­sion of the fu­ture of work practices. Re­sear­chers, de­si­gners, and jour­na­lists will then de­ci­pher and bring to­ge­ther the new words for the fu­ture of work practices wi­thout in­dul­ging in a pes­si­mis­tic vi­sion. “Th e new spaces are de­si­gned to pro­vide more hap­pi­ness,” said Anne- Ma­rie Sar­gueil, pre­sident of IFD. Th e creation of positions such as Chief Hap­pi­ness Of­fi cer or Di­rec­tor of Hu­man Ca­pi­tal as well as new of­fi ces like the BETC in Pan­tin or the Ma­nu­fac­ture Sa­guez & Part­ners in Saint- Ouen are as ma­ny si­gns of a move to­ward new in­dus­trious and hap­py ho­ri­zons.

Th e Mine Mu­seum

At the Mu­sée de la Mine, the spotlight is on the re­pre­sen­ta­tion of work in a pu­blic space. On pain­ted walls, roun­da­bouts, pu­blic buil­dings, mo­nu­ments, churches or ce­me­te­ries, or as part of graf­fi ti, work takes on ma­ny forms and speaks of our re­la­tion­ship with it and its place in our lives. Th e Puits Cou­riot ex­hi­bi­tion is an in­vi­ta­tion to mean­der through the Saint- Etienne ter­ri­to­ry/ la­bo­ra­to­ry. Af­ter “C’est pas mon genre en 2013” and “Tu nais, tu­ning, tu meurs” in 2015, the Cycle De­si­gn Re­cherche ( CyDRe) group at the ESADSE is pre­sen­ting the “Gueule de l’em­ploi” ex­hi­bi­tion at the Ci­té du De­si­gn. Sta­ged by Marc Mon­jou, Ro­dolphe Do­gniaux and the CyDRe stu­dents, the ex­hi­bi­tion poses ques­tions on iden­ti­ty and the me­thods used to de­ter­mine it.

To­mor­row is far off

Th e ESADSE is ex­hi­bi­ting the pro­jects of lau­reates of the DNSEP ( Na­tio­nal Post­gra­duate De­gree in Plastic Arts) with em­pha­sis on Art or De­si­gn, at the Ci­té du De­si­gn and the Gar­nier des Arts in the ci­ty cen­ter. Pro­fes­sors Stéphane Le Mer­cier- Dau­ny ( art), Eric Jour­dan ( de­si­gn), Michel Le­pe­tit­di­dier ( media de­si­gn) and Michel Phi­lip­pon ( space de­si­gn) chose four­teen art gra­dua­tion pro­jects and thir­ty de­si­gn gra­dua­tion pro­jects. Se­ve­ral re­tail stores have clo­sed down in the ci­ty. For the Bien­nale, over se­ven­ty re­no­va­tion pro­jects ai­med at re­vi­ving the ci­ty cen­ter and res­to­ring its dy­na­mism are un­der­way, be­cause the Bien­nale must leave a trace and not just be a fi re­works show. We must all go to Saint- Etienne, the on­ly French ci­ty that is a mem­ber of UNES­CO’s net­work of crea­tive ci­ties, an iden­ti­ty en­gra­ved in its ter­ri­to­ry and roo­ted in a tra­di­tion of in­no­va­tion for the past two hun­dred years now. Th e ci­ties of Pa­ris and Lyon have been cam­pai­gning to go to Saint- Etienne since Fe­brua­ry 13, com­mu­ni­ca­ting mes­sages at rail­way sta­tions, air­ports, and sub­way sta­tions. “How about a trip to the ca­pi­tal?... of de­si­gn!”

“Wor­king Pro­messe, Shif­ting Work Pa­ra­digms”, Saint- Etienne In­ter­na­tio­nal De­si­gn Bien­nale from March 9 to April 9, 2017. www. bien­nale- de­si­gn. com

La so­lu­tion por­ta­tive Ze­bra Tech­no­lo­gies ( An­droid) as­sure une amé­lio­ra­tion de 15% de la pro­duc­ti­vi­té et une baisse de 39% du nombre d’er­reurs.

Oli­vier Pey­ri­cot, di­rec­teur du pôle re­cherche de la Ci­té du de­si­gn à SaintE­tienne.

À Dé­troit, au 5e étage du cé­lèbre bâ­ti­ment Ar­go­naut, an­cien la­bo­ra­toire de re­cherche de Ge­ne­ral Mo­tors construit par l’ar­chi­tecte Al­bert Kahn en 1928, l’en­tre­prise Shi­no­la a ins­tal­lé sur 2780 m2, un ate­lier de vé­los, une fa­brique de cuir, une bou­tique et une ma­nu­fac­ture hor­lo­gère de pointe. L’image d’un re­nou­veau économique pos­sible.

La ville de Dé­troit garde les traces des ar­chi­tec­tures et des bâ­ti­ments in­dus­triels aban­don­nés.

“The Mo­ther­ship”, un poste de mixage pour DJ, de­si­gn Anya Si­ro­ta et Jean- Louis Farges ( 2014).

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