Les op­po­si­tions en Ukraine !

Investir en Europe - - Sommaire - par Jeanne Ri­va

Pour la deuxième fois, le pou­voir po­li­tique de Ia­nou­ko­vitch est re­mis en cause. Dé­jà en 2004, les ré­sul­tats du scru­tin pré­si­den­tiel en fa­veur de Ia­nou­ko­vitch avaient sou­le­vé une contes­ta­tion po­pu­laire. La Ré­vo­lu­tion Orange (Po­ma­ran­che­va Re­vo­lyut­siya) a per­mis de re­mettre en place de nou­velles élec­tions pré­si­den­tielles sous le contrôle d’ob­ser­va­teurs in­ter­na­tio­naux et ain­si d’as­seoir la pré­si­dence de son op­po­sant, Vik­tor Ioucht­chen­ko. Pour­tant, les nou­velles élec­tions pré­si­den­tielles de 2010 ont per­mis au can­di­dat pro-russe, Ia­nou­ko­vitch, d’être vain­queur, dans le calme. Le 22 fé­vier 2014, les sou­lè­ve­ments po­pu­laires à l’en­contre du pré­sident le conduisent tou­te­fois à sa des­ti­tu­tion. Une par­tie des Ukrai­niens lui re­prochent de ne pas avoir si­gné les ac­cords de co­opé­ra­tion avec l’Union eu­ro­péenne et, aus­si, de ne pas avoir mis fin à la cor­rup­tion dont il est le pre­mier bé­né­fi­ciaire dans un pays ma­jo­ri­tai­re­ment pauvre.

L’Ukraine en proie aux cor­rup­tions et scan­dales po­li­ti­co-fi­nan­ciers

Sur la place de l’in­dé­pen­dance, Maï­dan Ne­za­le­j­nos­ty, Les re­ven­di­ca­tions po­pu­laires en 2004 por­taient sur la re­mise en cause des élec­tions pré­si­den­tielles en fa­veur de Vik­tor Ia­nou­ko­vitch et, plus lar­ge­ment, contre les scan­dales po­li­tiques et fi­nan­ciers. La Cour su­prême d’Ukraine avait ain­si an­nu­lé les ré­sul­tats du 2e tour des élec­tions pré­si­den­tielles ju­gés frau­du­leux et or­ches­tré un nou­veau vote sous la sur­veillance d’ob­ser­va­teurs lo­caux et in­ter­na­tio­naux (OSCE). La vic­toire fut alors en fa­veur de V. Ioucht­chen­ko au visage dé­fi­gu­ré par le poi­son qui nom­me­ra au poste de chef de gou­ver­ne­ment Ti­mo­chen­ko (du­rant 8 mois), sym­bole fort de l’op­po­si­tion de­puis son em­pri­son­ne­ment de quelques se­maines en fé­vrier 2001 lors­qu’elle était vice-Pre­mier mi­nistre pour les ques­tions éner­gé­tiques. En 2010, les élec­tions pré­si­den­tielles nomment Ia­nou­ko­vitch.

Ti­mo­chen­ko est de nou­veau em­pri­son­né avec un an­cien mi­nistre, Lout­sen­ko, au mo­ment des élec­tions lé­gis­la­tives de 2012. Le 21 no­vembre 2013, le gou­ver­ne­ment an­nonce que l’ac­cord d’as­so­cia­tion avec l’UE est aban­don­né et, la ré­volte com­mence à ce mo­ment. Le même jour de la des­ti­tu­tion du pré­sident Ia­nou­ko­vitch, Ti­mo­chen­ko est li­bé­rée de pri­son, le 22 fé­vrier 2014. Se­lon l’in­dice de per­cep­tion de la cor­rup­tion de Trans­pa­ren­cy In­ter­na­tio­nal de 2013, l’Ukraine est le 144e pays sur 177 (elle est no­tée 25/100 cor­res­pon­dant à un ni­veau très éle­vé de cor­rup­tion). Les op­po­sants au ré­gime ré­clament une mo­di­fi­ca­tion consti­tu­tion­nelle afin de di­mi­nuer les pou­voirs pré­si­den­tiels ain­si qu’un rap­pro­che­ment avec l’UE pour nombre d’entre eux et une pa­ci­fi­ca­tion des re­la­tions avec les mi­no­ri­tés rus­so­phones.

L’Ukraine di­vi­sée en 2 : bras de fer entre les pro­russes et les pro-eu­ro­péens

Les chefs d’Etat Léo­nid Koutch­ma et Vik­tor Ia­nou­ko­vitch bé­né­fi­ciaient du sou­tien du chef d’Etat russe, Vla­di­mir Pou­tine et ain­si de la ré­gion Est d’Ukraine ma­jo­ri­tai­re­ment rus­so­phone (comme en Cri­mée). Les op­po­sants, sym­bo­li­sés par Vik­tor Ioucht­chen­ko et Iou­lia Ti­mo­chen­ko sont fa­vo­rables à un rap­pro­che­ment avec l’Union eu­ro­péenne (UE) et bé­né­fi­cient d’un sou­tien ma­jo­ri­taire en Ukraine de l’Ouest. Tan­dis qu’à Kiev se concentre l’en­semble des re­ven­di­ca­tions. Si la langue of­fi­cielle est l’ukrai­nien, la plu­part des Ukrai­niens sont bi­lingues en mai­tri­sant le russe. Cette langue a le sta­tut de langue ré­gio­nale de part une loi de 2012 car elle est pra­ti­quée par plus de 10% de la po­pu­la­tion dans l’Est et le Sud du pays. Sur le plan éco­no­mique, la ré­gion Ouest est à do­mi­nante agri­cole (l’agri­cul­ture re­pré­sente 20% des ex­por­ta­tions ukrai­niennes) tan­dis que l’Est est à do­mi­nante in­dus­trielle (les pro­duits si­dé­rur­giques re­pré­sentent 27% des ex­por­ta­tions). Ain­si, à l’heure ac­tuelle, l’Est semble plus pros­père que l’Ouest car les pro­duits de trans­for­ma­tions ont une va­leur ajou­tée su­pé­rieurs aux pro­duits pri­maires. La Rus­sie est le prin­ci­pal fournisseur en Ukraine (35,3% des im­por­ta­tions en 2011) et le 2e client (24% des ex­por­ta­tions) der­rière l’UE (27%). En juillet 2012, Ia­nou­ko­vitch fait ra­ti­fier un ac­cord de libre échange avec la CEI* mais n’a pas si­gné l’ac­cord d’union doua­nière avec la Rus­sie, la Bié­lo­rus­sie et le Ka­za­khs­tan. L’Ukraine dé­ve­loppe ses échanges com­mer­ciaux avec l’en­semble des grands pays émer­gents no­tam­ment la Chine, l’Inde, le Bré­sil et la Tur­quie en plus de ceux exis­tants avec l’UE et la Rus­sie.

Ukraine

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.