Les grandes puis­sances ont leur hu­meur

The great po­wers Have Their Ways

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Comment vont se com­por­ter les grandes puis­sances ? C’est ce qui va dé­ter­mi­ner le fu­tur ordre mon­dial - ou l’ab­sence d’ordre. Se pour­rait- il que la Chine et l’Union eu­ro­péenne ( UE) aient trou­vé une al­ter­na­tive aux grandes stra­té­gies dé­mo­dées tan­dis que la Rus­sie et les Etats- Unis les pour­suivent à nou­veau?

Es­sayez d’ima­gi­ner un pro­blème ma­jeur mon­dial ac­tuel qui pour­rait être ré­glé ( pa­ci­fi­que­ment ou avec force) par un seul pou­voir : ce n’est pas pos­sible. C’est l’in­ter­ac­tion entre au moins quatre pôles qui dé­ter­mine le cours de la politique mon­diale : les États- Unis, la Chine, la Rus­sie et, si elle le veut, l’Union eu­ro­péenne.

Nous vi­vons donc dans un monde mul­ti­po­laire. Ce sont les grandes puis­sances de la pre­mière moi­tié du XXIe siècle: l’une est la puis­sance éta­blie, l’autre émerge, l’une dé­cline et l’autre est en train de prendre forme.

La mul­ti­po­la­ri­té est une des­crip­tion de la réa­li­té de la politique mon­diale ac­tuelle. Ce n’est peut- être pas quelque chose que l’on sou­hai­te­rait, mais on ne peut le re­gret­ter, comme le font en­core beau­coup d’ana­lystes et de dé­ci­deurs. Ils de­vraient plu­tôt pen­ser à la fa­çon dont les grandes puis­sances se po­si­tion­ne­ront dans ce do­maine mul­ti­po­laire.

Les grandes puis­sances par­ta­ge­ront- elles le pou­voir et co­opé­re­ront- elles ? Ou vont- elles es­sayer d’ac­croitre leur pou­voir et cher­cher à do­mi­ner le monde ?

La co­opé­ra­tion et la concur­rence ont tou­jours co­exis­té. Les grandes puis­sances se concur­rencent si­mul­ta­né­ment sur une ques­tion et co­opèrent sur une autre, dans des constel­la­tions va­riables. Elles com­par­ti­mentent leurs re­la­tions : même un conflit très sé­rieux dans un do­maine ne doit pas blo­quer le dia­logue et la co­opé­ra­tion dans d’autres. C’est un moyen de pré­ve­nir une im­passe dans la politique mon­diale et une es­ca­lade des crises qui pour­raient me­ner à la guerre. Mais même ain­si, la ques­tion de sa­voir quelle se­ra l’orien­ta­tion de base de cha­cune des grandes puis­sances reste cru­ciale. How will the great po­wers be­have? That is what de­ter­mines the fu­ture world or­der – or the ab­sence of or­der. Could it be that Chi­na and the Eu­ro­pean Union ( EU) have found an al­ter­na­tive for the old- fa­shio­ned grand stra­te­gies that Rus­sia and the US are again pur­suing? Try to ima­gine a ma­jor is­sue in world po­li­tics to­day that could be set­tled ( whe­ther pea­ce­ful­ly or for­ce­ful­ly) by a single po­wer: one can’t. It’s the in­ter­play bet­ween at least four poles that de­ter­mines the course of world po­li­tics: the Uni­ted States, Chi­na, Rus­sia, and, if it wants to, the Eu­ro­pean Union.

Thus we are li­ving in a mul­ti­po­lar world. These are the great po­wers of the first half of the 21st cen­tu­ry: one is the es­ta­bli­shed po­wer, one is emer­ging, one is de­cli­ning, and one is in the ma­king.

Mul­ti­po­la­ri­ty is a des­crip­tion of the rea­li­ty of world po­li­tics to­day. It may not be so­me­thing one would wish for, but it can­not be wi­shed away, as ma­ny ana­lysts and de­ci­sion- ma­kers still do. They should ra­ther be thin­king about how the great po­wers will po­si­tion them­selves in this mul­ti­po­lar field.

Will the great po­wers share po­wer and co­ope­rate? Or will they try to grab more po­wer and seek to do­mi­nate?

Coo­pe­ra­tion and com­pe­ti­tion have al­ways co- exis­ted. Great po­wers si­mul­ta­neous­ly com­pete on one is­sue and co­ope­rate on ano­ther, in va­rying constel­la­tions. They com­part­men­ta­lise their re­la­tions with each other: even a ve­ry se­rious dis­pute in one area need not block dia­logue and coo­pe­ra­tion in others. That is one way of pre­ven­ting a dead­lock in world po­li­tics and an es­ca­la­tion of crises that might lead to war. But even so, the ques­tion what will be the ba­sic orien­ta­tion of each of the great po­wers re­mains cru­cial.

LA RUS­SIE: RETRANCHEE DANS L’HIS­TOIRE ?

L’ob­jec­tif prin­ci­pal de la grande stra­té­gie russe ac­tuelle est l’éta­blis­se­ment d’une sphère d’in­fluence dans les ter­ri­toires de proxi­mi­té. Ce­la ex­clut le par­tage du pou­voir, car une sphère d’in­fluence im­plique l’ex­clu­si­vi­té : la Rus­sie veut être la seule puis­sance ex­té­rieure ayant le droit d’in­ter­fé­rer. Pour at­teindre cet ob­jec­tif, la Rus­sie n’hé­site pas à re­cou­rir à la force mi­li­taire, comme en té­moigne l’in­va­sion de la Cri­mée et la fo­men­ta­tion de la ré­bel­lion ar­mée dans l’est de l’Ukraine. Cet exer­cice uni­la­té­ral bru­tal du pou­voir est la voie clas­sique des grandes puis­sances.

C’est aus­si une ma­nière dé­ci­dé­ment dé­mo­dée, qui n’ob­tient plus né­ces­sai­re­ment le même ef­fet qu’au­pa­ra­vant. La Rus­sie a peut- être ins­til­lé la peur chez ses voi­sins et le pré­sident Vla­di­mir Pou­tine a ac­quis un pres­tige sup­plé­men­taire aux yeux de l’opi­nion pu­blique na­tio­nale, mais Mos­cou a t’elle vrai­ment fa­vo­ri­sé ses in­té­rêts ? Au lieu de res­tau­rer l’an­cienne gran­deur, la Rus­sie a per­du de son in­fluence en Ukraine, en rai­son de l’in­va­sion qui ren­force sen­ti­ment d’iden­ti­té na­tio­nale plus qu’au­pa­ra­vant. L’in­ter­ven­tion russe en Sy­rie a sau­ve­gar­dé son in­fluence exis­tante, mais l’a à peine aug­men­té. La gros­siè­re­té de l’ac­tion mi­li­taire russe a for­cé les puis­sances oc­ci­den­tales à aban­don­ner par­tiel­le­ment la com­par­ti­men­ta­tion et à adop­ter des sanc­tions éco­no­miques. Bien que ce­la ne soit peut- être pas prin­ci­pa­le­ment dû à ce­la, le fait est que les pers­pec­tives éco­no­miques res­tent sombres. En bref, stra­té­gi­que­ment la Rus­sie est sur la dé­fen­sive.

LES ÉTATS- UNIS TOURNENT LE DOS A LEUR PROPRE HIS­TOIRE?

À la fin de la Se­conde Guerre mon­diale, les États- Unis ont créé le sys­tème mul­ti­la­té­ral ac­tuel qui cherche à main­te­nir la paix et la sta­bi­li­té en im­pli­quant le grandes puis­sances dans un ef­fort de co­opé­ra­tion.

Le Conseil de sé­cu­ri­té des Na­tions Unies in­carne cette ap­proche, même si les États- Unis ont été moins prêts à par­ta­ger le pou­voir dans les prin­ci­paux or­ga­nismes mul­ti­la­té­raux éco­no­miques et fi­nan­ciers. Les États- Unis ont eu re­cours à la force, par­fois clai­re­ment à l’ap­pui de l’ordre mul­ti­la­té­ral ( la guerre du Golfe de 1991 vi­sant à li­bé­rer le Ko­weït de l’oc­cu­pa­tion ira­kienne), mais par­fois en vio­la­tion fla­grante de ce­lui­ci ( 2003 in­va­sion de l’Irak sans cause).

RUS­SIA: STUCK IN HIS­TO­RY

The main ob­jec­tive of cur­rent Rus­sian grand stra­te­gy is the es­ta­blish­ment of a sphere of in­fluence in its near abroad. That ex­cludes po­wer sha­ring, for a sphere of in­fluence im­plies ex­clu­si­vi­ty: Rus­sia wants to be the on­ly ex­ter­nal po­wer with the right to in­ter­fere. To achieve that ob­jec­tive, Rus­sia doesn’t he­si­tate to use mi­li­ta­ry force, as wit­nes­sed in the in­va­sion of the Cri­mea and the fo­men­ting of ar­med re­bel­lion in eas­tern Ukraine. This crude uni­la­te­ral exer­cise of po­wer is the clas­sic way of the great po­wers.

It’s al­so a de­ci­ded­ly old- fa­shio­ned way, which no lon­ger ne­ces­sa­ri­ly achieves the same ef­fect as be­fore. Rus­sia may have ins­til­led fear in its neigh­bours and Pre­sident Vla­di­mir Pu­tin ac­qui­red ad­di­tio­nal pres­tige in the eyes of do­mes­tic pu­blic opi­nion, but has Mos­cow real­ly fur­the­red its in­ter­ests? Ins­tead of res­to­ring for­mer great­ness, Rus­sia has lost in­fluence in Ukraine, which thanks to the in­va­sion is for­ging a much stron­ger sense of na­tio­nal iden­ti­ty than be­fore. The Rus­sian in­ter­ven­tion in Sy­ria has sa­fe­guar­ded its exis­ting in­fluence, but hard­ly in­crea­sed it. The crass­ness of Rus­sian mi­li­ta­ry ac­tion has for­ced the wes­tern po­wers to par­tial­ly aban­don com­part­men­ta­li­sa­tion and adopt eco­no­mic sanc­tions. Though per­haps not main­ly as a re­sult of this, the fact is that eco­no­mic pros­pects re­main bleak. In short, stra­te­gi­cal­ly Rus­sia is on the de­fen­sive.

THE UNI­TED STATES: TUR­NING ITS BACK ON ITS OWN HIS­TO­RY?

At the end of World War Two, the US crea­ted the cur­rent mul­ti­la­te­ral sys­tem that seeks to main­tain peace and sta­bi­li­ty by in­vol­ving the great po­wers in a co­ope­ra­tive ef­fort. The Uni­ted Na­tions Se­cu­ri­ty Coun­cil epi­to­mises this ap­proach, though the US has been less willing to share po­wer in the ma­jor fi­nan­cial and eco­no­mic mul­ti­la­te­ral bo­dies. The US did re­sort to force, at times clear­ly in sup­port of the mul­ti­la­te­ral or­der ( the 1991 Gulf War to li­be­rate Ku­wait from Ira­qi oc­cu­pa­tion), but at times in ob­vious breach of it ( the 2003 in­va­sion of Iraq wi­thout cause).

Main­te­nant, la grande stra­té­gie amé­ri­caine est en mou­ve­ment. Chaque pré­sident amé­ri­cain a mis l’Amé­rique en pre­mier - mais tous ont consi­dé­ré la pré­ser­va­tion du sys­tème mul­ti­la­té­ral que leurs pré­dé­ces­seurs ont créé comme étant né­ces­saire à cette fin. Plus main­te­nant : en tant que se­cré­taire d’État Rex Tiller­son a dras­ti­que­ment ré­duit le Dé­par­te­ment d’Etat, Le pré­sident Do­nald Trump dés­in­ves­tit dans le mul­ti­la­té­ra­lisme.

Dans son di scours de2017àl’ ONUD on ald Trump a a pp eléà«un­gran­dré veil de na­tions ». Comme la Rus­sie, stra­té­gi­que­ment les États- Unis sont al­lés sur la dé­fen­sive. Ci­tant le même dis­cours: « On ne peut plus voir l’avan­tage ou conclure une en­tente uni­la­té­rale là où les ÉtatsU­nis ne re­çoivent rien en re­tour » .

Dans cet es­prit, les États- Unis se sont re­ti­rés du Par­te­na­riat trans­pa­ci­fique ( PTP) et re­né­go­cient l’Ac­cord de libre échange Nord Amé­ri­cain ( ALENA), lais­sant ses al­liés et par­te­naires dans l’im­passe.

En at­ten­dant, on se de­mande si la fa­çon dont Les États- Unis s’at­taquent aux crises in­ter­na­tio­nal es en cours cont ri­bueàl eur so lu ti onouàl eu re sca­la de. LesÉt ats-U ni sn’ ont pas créé la crise nord- co­réenne ou la concur­rence entre l’Ara­bie saou­dite et l’Iran pour la do­mi­na­tion dans le Golfe, mais la rhé­to­rique en­flam­mée de Trump contre Pyon­gyang et ses en­cou­ra­ge­ment sen fa­veur deRiyadc on du is en­tà la­guerre, pasà lap a ix. LesÉt ats-U n is a jo uten­tàl’ inst abi­li­téu na ff ai bliss em ent des struc­tures multi la­tér ale squi pour rai en ta id erà l’at­té­nuer et sans vrai­ment consul­ter ses al­liés.

Plu­tôt que de par­ta­ger le pou­voir et de co­opé­rer, les Etats- Unis re­viennent à l’uni­la­té­ra­lisme, en se ba­sant sur le fait que « notre ar­mée se­ra bien­tôt plus forte qu’elle ne l’a ja­mais été » , a dé­cla­ré Do­nald Trump à l’ONU. Dans cette op­tique, on peut se de­man­der avec pré­oc­cu­pa­tion comment les Etats- Unis vont ré­agir face au dis­cours de la Chine, pro­non­cé au 19ème con­grès du Par­ti com­mu­niste chi­nois ( PCC) en oc­tobre 2017, sa­chant que d’ici 2050, elle veut aus­si avoir un « Su­per puis­sance Mi­li­taire » .

Bien sûr, la grande stra­té­gie est un rap­port coût- bé­né­fice - une ap­proche tran­sac­tion­nelle n’est en fait pas une nou­veau­té. Mais Do­nald Trump ob­tient un cal­cul er­ro­né. Mal­heu­reu­se­ment, il n’est pas le seul. L’idée que les États- Unis vont ob­te­nir plus en in­ves­tis­sant moins est très puis­sant po­li­ti­que­ment, et ne mour­ra donc pas avec la fin de la Pré­si­dence de Trump ( qui, pa­ra ill eurs,p our ra itê­tre­pro­lon­gée, et en plus il au ne fill equip eu tent re rd ans la co ur seà la Mai­son Blanche ...). Now US grand stra­te­gy is in flux. Eve­ry Ame­ri­can pre­sident has put Ame­ri­ca first – but all have consi­de­red the pre­ser­va­tion of the mul­ti­la­te­ral sys­tem that their pre­de­ces­sors have crea­ted to be ne­ces­sa­ry to that end. Not any­more: as Se­cre­ta­ry of State Rex Tiller­son is bru­tal­ly down­si­zing the State De­part­ment, Pre­sident Do­nald Trump is di­sin­ves­ting in mul­ti­la­te­ra­lism. In his 2017 speech at the UN Do­nald Trump has cal­led for “a great rea­wa­ke­ning of na­tions” ins­tead. Like Rus­sia, stra­te­gi­cal­ly the US has gone on­to the de­fen­sive. Quo­ting from the same speech: “We can no lon­ger be ta­ken ad­van­tage of, or en­ter in­to a one­si­ded deal where the Uni­ted States gets no­thing in re­turn”.

In that spi­rit, the US has wi­th­drawn from the Trans- Pa­ci­fic Part­ner­ship ( TPP) an­dis re­ne­go­tia­ting the North Ame­ri­can Free Trade Agree­ment ( NAFTA), lea­ving its al­lies and part­ners in the lurch. Meanw­hile one won­ders whe­ther the way the US ta­ckles on­going in­ter­na­tio­nal crises contri­butes to their so­lu­tion or to their es­ca­la­tion. The US didn’t create the North Ko­rean cri­sis or the com­pe­ti­tion bet­ween Sau­di Ara­bia and Iran for do­mi­nance in the Gulf, but Trump’s fie­ry rhe­to­ric against Pyon­gyang and his en­cou­ra­ge­ment of Riyadh are lea­ding to war, not peace. The US is ad­ding to in­sta­bi­li­ty just as it is wea­ke­ning the mul­ti­la­te­ral struc­tures that could help mi­ti­gate it, and wi­thout real­ly con­sul­ting its al­lies. Ra­ther than sha­ring po­wer and co­ope­ra­ting, the US is re­ver­ting to uni­la­te­ra­lism, trus­ting in the fact that “Our mi­li­ta­ry will soon be the stron­gest it has ever been”, as Do­nald Trump said at the UN. In that light, it be­comes an is­sue of concern how the US will react to Chi­na’s an­noun­ce­ment, at the 19th con­gress of the Chi­nese Com­mu­nist Par­ty ( CCP) in Oc­to­ber 2017, that by 2050 it too wants to have a “world- class mi­li­ta­ry”.

Of course, grand stra­te­gy is a cost- be­ne­fit cal­cu­la­tion – a tran­sac­tio­nal ap­proach is ac­tual­ly no­thing new. But Do­nald Trump gets the cal­cu­la­tion wrong. Un­for­tu­na­te­ly he’s not the on­ly one. The idea that the US will get more by in­ves­ting less is ve­ry po­wer­ful po­li­ti­cal­ly, and will not die the­re­fore with the end of the Trump pre­si­den­cy ( which, mo­reo­ver, might just last two terms, and then there’s a daugh­ter who can run to the White House..).

LA CHINE: UNE NOU­VELLE HIS­TOIRE?

Au 19ème con­grès du PCC, la Chine a écrit l’un des pro­jets de base de sa grande stra­té­gie dans la cons­ti­tu­tion du par­ti: l’ini­tia­tive ‘ Belt & Road’ ( BRI). Tout y est ques­tion de géo­po­li­tique: par un in­ves­tis­se­ment mas­sif dans un cer­tain nombre de cor­ri­dors de « connec­ti­vi­té » ( sur la terre vers l’Eu­rope et le Moyen- Orient, mais aus­si le Pa­kis­tan et l’océan In­dien et en Asie du Su­dEst). La Chine veut sé­cu­ri­ser ses lignes de com­mu­ni­ca­tion avec le monde et elle ac­quiert une in­fluence sub­stan­tielle sur ce vaste es­pace. La BRI, ac­com­pa­gnée de nou­velles ins­ti­tu­tions telles que l’in­fra­struc­ture asia­tique In­vest­ment Bank ( AIIB), est es­sen­tiel­le­ment un pro­jet de co­opé­ra­tion, bien que cer­tains points fi­naux peuvent lais­ser pen­ser que l’ap­proche chi­noise est pré­oc­cu­pante.

La Chine ren­force cette per­cep­tion par ses po­li­tiques as­ser­tives dans les mers de Chine du Sud et de l’Est. Parce qu’elle est im­pli­quée dans une sé­rie de dif­fé­rends ter­ri­to­riaux, ses voi­sins sont moins op­ti­mistes, voir in­quiets quant à l’as­cen­sion de la Chine qui ac­cé­lère la mo­der­ni­sa­tion mi­li­taire.

Pé­kin ren­force la di­men­sion sé­cu­ri­taire liée à son nou­veau sta­tut de grande puis­sance. Une politique de no­nin­ter­ven­tion était fa­cile à dé­cla­rer aus­si long­temps que la Chine n’avait pas beau­coup d’in­té­rêts à l’étran­ger.

Mais avec les in­ves­tis­se­ments et le tra­vail chi­nois, pré­sent à tra­vers le monde de fa­çon crois­sante, leur sé­cu­ri­té est de­ve­nue une pré­oc­cu­pa­tion ma­jeure. L’éva­cua­tion de 35 000 ci­toyens chi­nois en rai­son de la guerre en Li­bye en est un exemple, tout comme la co­opé­ra­tion de la Chine avec les opé­ra­tions an­ti- pi­ra­tage de l’UE sur la Côte so­ma­lienne. L’ou­ver­ture d’une sta­tion na­vale à Dji­bou­ti au dé­but de l’an­née 2017 peut être vu dans cette lu­mière : un pou­voir avec des in­té­rêts mon­diaux a be­soin de ca­pa­ci­tés et l’in­fra­struc­ture pour agir glo­ba­le­ment.

Une grande puis­sance pro­voque un contre­poids ce­pen­dant, et par­fois l’hos­ti­li­té. En 2016, une at­taque ter­ro­riste contre l’am­bas­sade de Chine au Kir­ghi­zis­tan a bles­sé trois em­ployés lo­caux. Comme elle com­mence à ré­pondre aux pré­oc­cu­pa­tions de sé­cu­ri­té mon­diale, la Chine qui en­core semble être mal à l’aise dans ce nou­veau rôle, semble cher­cher la co­opé­ra­tion, et en fa­veur d’une cou­ver­ture mul­ti­la­té­rale pour toute ac­tion qu’elle pour­rait être obli­gée de prendre. C’est une opportunité qu’il fau­drait sai­sir. Si au contraire, le fait en soi que la Chine vise à dé­ve­lop­per une « ar­mée de classe mon­diale » est consi­dé­ré comme une me­nace, les autres pou­voirs ne vou­lant pas faire de la place pour la Chine, ce sché­ma nous conduit vers un risque de col­li­sion.

CHI­NA: A NEW HIS­TO­RY?

At the 19th con­gress, Chi­na wrote one of the core pro­jects of its grand stra­te­gy in­to the par­ty cons­ti­tu­tion: the Belt and Road Ini­tia­tive ( BRI). This is all about geo­po­li­tics: by a mas­sive in­vest­ment in a num­ber of cor­ri­dors of “connec­ti­vi­ty” ( over land to Eu­rope and the Middle East, but al­so to Pa­kis­tan and the In­dian Ocean, and to South East Asia) Chi­na is se­cu­ring its lines of com­mu­ni­ca­tion with the world and is ac­qui­ring sub­stan­tial in­fluence along the way. The BRI, ac­com­pa­nied by new ins­ti­tu­tions such as the Asian In­fra­struc­ture In­vest­ment Bank ( AIIB), is es­sen­tial­ly a co­ope­ra­tive pro­ject, though some on the re­cei­ving end may think the Chi­nese ap­proach ra­ther too hea­vy- han­ded.

Chi­na rein­forces this per­cep­tion by its as­ser­tive po­li­cies in the East and South Chi­na Seas. Be­cause it is in­vol­ved in a se­ries of ter­ri­to­rial dis­putes, its neigh­bours are less san­guine about Chi­na’s rise, and eye its ac­ce­le­ra­ting mi­li­ta­ry mo­der­ni­sa­tion with sus­pi­cion.

Bei­jing is still fee­ling its way in­to the se­cu­ri­ty di­men­sion of its new great po­wer sta­tus. A po­li­cy of non- in­ter­ven­tion was ea­sy to de­clare as long as Chi­na didn’t have ma­ny over­seas in­ter­ests any­way.

But with Chi­nese in­vest­ments, and Chi­nese la­bour, present across the world in ever greater num­bers, their se­cu­ri­ty has be­come a concern. The eva­cua­tion of 35,000 Chi­nese ci­ti­zens from the Li­byan war is a case in point, as is Chi­na’s coo­pe­ra­tion with the EU’s an­ti- pi­ra­cy ope­ra­tions off the So­ma­li coast. The ope­ning of a na­val sta­tion in Dji­bou­ti ear­lier this year can be seen in this light: a po­wer with glo­bal in­ter­ests needs the ca­pa­bi­li­ties and the in­fra­struc­ture to act glo­bal­ly.

A great po­wer will al­so pro­voke coun­ter- ba­lan­cing ho­we­ver, and so­me­times ou­tright hos­ti­li­ty. In 2016 a ter­ro­rist at­tack against the Chi­nese em­bas­sy in Kyr­gyzs­tan woun­ded th­ree lo­cal em­ployees. As it is be­gin­ning to ad­dress glo­bal se­cu­ri­ty concerns, a Chi­na that still ap­pears to be un­com­for­table in this new role, seems to be loo­king for coo­pe­ra­tion, and for a mul­ti­la­te­ral co­ver for any ac­tion it may be com­pel­led to take. That is an op­por­tu­ni­ty to be gras­ped. If on the contra­ry the fact in it­self that Chi­na aims to de­ve­lop a “world- class mi­li­ta­ry” is seen as a threat, and the other po­wers are un­willing to make some space for Chi­na, we are set on a col­li­sion course.

L’UNION EU­RO­PÉENNE: HIS­TOIRE EN DE­VE­NIR

Dans sa stra­té­gie glo­bale de 2016, l’UE a re­con­nu le be­soin d’ini­tia­tives di­plo­ma­tiques pour sta­bi­li­ser les ré­gions géo­po­li­ti­que­ment contes­tées de la monde, ain­si que l’im­por­tance de la mo­bi­li­sa­tion d’ins­tru­ments éco­no­miques pour pour­suivre glo­ba­le­ment les in­té­rêts stra­té­giques. Un de ces in­té­rêts est l’ef­fi­ca­ci­té de la co­opé­ra­tion mul­ti­la­té­rale. L’UE a dé­jà ses ins­tru­ments di­plo­ma­tiques et éco­no­miques, mais ce­la de­vrait être beau­coup plus proac­tif et créa­tif en les met­tant à pro­fit. Si l’uti­li­sa­tion op­ti­male est faite de nou­veaux mé­ca­nismes de struc­tures per­ma­nentes de co­opé­ra­tion, elle pour­ra les com­plé­ter avec une ca­pa­ci­té d’au­to­no­mie mi­li­taire d’ac­tion, et donc pour la co­opé­ra­tion dans le do­maine de la sé­cu­ri­té avec d’autres.

Le point de dé­part d’un grand pro­jet eu­ro­péen stra­té­gique de­vrait être la prise en compte que l’al­liance avec les États- Unis n’est plus suf­fi­sante pour at­teindre les ob­jec­tifs de l’UE. L’UE, évi­dem­ment, doit le main­te­nir - et es­sayer dans le même temps de res­treindre les États- Unis. Mais il faut aus­si le com­plé­ter, car dans ce contexte mul­ti­po­laire les prio­ri­tés mon­diales et amé­ri­caines et même les in­té­rêts coïn­cident beau­coup moins qu’avant. D’où le fait que l’UE doit in­ves­tir dans la co­opé­ra­tion avec d’autres pou­voirs, lorsque les in­té­rêts se che­vauchent, et es­sayer de les ame­ner à la co­opé­ra­tion mul­ti­la­té­rale de la­quelle les États- Unis re­tirent. Dans cette veine, la plu­part des États membres de l’UE ont re­joint l’AIIB, et l’UE cherche à se connec­ter avec la BRI ( bien que pour le mo­ment elle le fasse de fa­çon as­sez dé­cou­sue). Un exemple de ce qu’une di­plo­ma­tie créa­tive pour­rait at­teindre, est de faire com­prendre à la Chine que si elle veut que le cou­loir de la BRI passe par l’es­pace ter­restre vers l’Eu­rope et le Moyen- Orient, elle va se heur­ter à la Rus­sie dans ces zones que cette « nou­velle route de la soie » doit tra­ver­ser. La Chine ne se­ra pas en me­sure de pro­fi­ter de son in­ves­tis­se­ment si la Rus­sie conserve pour stra­té­gie, celle de fo­men­ter la guerre.

L ‘ UE pour­rait si­gna­ler à une Rus­sie qui n’ose main­te­nant ex­pri­mer sa pré­oc­cu­pa­tions au su­jet de l’em­piè­te­ment chi­nois sur sa pré­ten­due sphère d’in­fluence, que Bruxelles reste prêt à im­pli­quer Mos­cou dans une nou­velle politique de voi­si­nage orien­tale.

Peut- être après les élec­tions pré­si­den­tielles de mars 2018, la Rus­sie pour­rait se per­mettre d’of­frir le com­pro­mis né­ces­saire sur l’Ukraine qui se­rait de per­mettre de re­ve­nir pro­gres­si­ve­ment de la confron­ta­tion à la co­opé­ra­tion avec l’UE.

L’UE pour­rait- elle alors lan­cer une stra­té­gie tri­la­té­rale de dia­logue entre les trois grandes puis­sances le long de la « nou­velle route de la soie » : la Rus­sie, la Chine et l’UE ?

THE EU­RO­PEAN UNION: HIS­TO­RY IN THE MA­KING

In its 2016 Glo­bal Stra­te­gy the EU re­co­gni­zed the need for di­plo­ma­tic ini­tia­tives to sta­bi­lize the geo­po­li­ti­cal­ly contes­ted re­gions of the world, as well as the im­por­tance of mo­bi­li­zing eco­no­mic ins­tru­ments to pur­sue ove­rall stra­te­gic in­ter­ests. One of those in­ter­ests is ef­fec­tive mul­ti­la­te­ral coo­pe­ra­tion. The EU al­rea­dy has these di­plo­ma­tic and eco­no­mic ins­tru­ments, but it should be a lot more proac­tive and crea­tive in put­ting them to use. If op­ti­mal use is made of the new­ly ac­ti­va­ted me­cha­nism of Per­ma­nent Struc­tu­red Coo­pe­ra­tion, it will be able to com­ple­ment them with a ca­pa­ci­ty for au­to­no­mous mi­li­ta­ry ac­tion, and thus for se­cu­ri­ty coo­pe­ra­tion with others.

Star­ting point of a rein­vi­go­ra­ted EU grand stra­te­gy should be the re­cog­ni­tion that the al­liance with the US is no lon­ger suf­fi­cient to achieve the EU’s ob­jec­tives. The EU, ob­vious­ly, needs to main­tain it – and try to re­strain the US. But it al­so needs to com­ple­ment it, be­cause in this mul­ti­po­lar world US and EU prio­ri­ties and even in­ter­ests coin­cide much less than be­fore. Hence the EU must in­vest in coo­pe­ra­tion with the other po­wers, whe­ne­ver in­ter­ests over­lap, and try to pull them in­to mul­ti­la­te­ral coo­pe­ra­tion ( from which the US is wi­th­dra­wing).

In this vein, most EU Mem­ber States have joi­ned the AIIB, and the EU is see­king to connect with the BRI ( though for the mo­ment in a far too dis­join­ted fa­shion).

An example of what a crea­tive di­plo­ma­cy could achieve, is to make it clear to Chi­na that if it wants the cor­ri­dor of the BRI that goes over­land to Eu­rope and the Middle East to suc­ceed, Rus­sia’s po­wer- grab in pre­ci­se­ly the areas that this “new silk road” has to tra­verse is Chi­na’s pro­blem too. Chi­na will not be able to pro­fit from its in­vest­ment if Rus­sia keeps fo­men­ting war. Vice ver­sa, the EU could si­gnal­to a Rus­sia that does not now dare to voice its concerns about Chi­nese en­croach­ment on its pre­ten­ded sphere of in­fluence, that Brus­sels re­mains willing to in­volve Mos­cow in a new eas­tern neigh­bou­rhood po­li­cy of its own. Per­haps af­ter the March 2018 pre­si­den­tial elec­tions Rus­sia could af­ford to of­fer the ne­ces­sa­ry com­pro­mise on Ukraine that would make it pos­sible to gra­dual­ly switch back from confron­ta­tion to coo­pe­ra­tion with the EU.

Could the EU then ini­tiate a tri­la­te­ral stra­te­gic dia­logue bet­ween the th­ree great po­wers along the “new silk road”: Rus­sia, Chi­na, and the EU?

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