Salle in­for­ma­tique : L’IGN joue ses cartes maî­tresses !

Sur fond d’ac­crois­se­ment ré­gu­lier de ses vo­lumes de don­nées à gé­rer et à sé­cu­ri­ser, L’IGN a pro­fi­té d’une op­por­tu­ni­té im­mo­bi­lière pour réunir ses cinq an­ciennes salles in­for­ma­tiques en une seule.au me­nu, op­ti­mi­sa­tion de la consom­ma­tion éner­gé­tique, ra­tion

IT for Business - - RETOURS D’EXPÉRIENCES - • Fran­çois Jeanne

L’IGN a dé­jà ac­com­pli une trans­for­ma­tion di­gi­tale im­por­tante, en dé­ma­té­ria­li­sant nombre de ses pro­ces­sus, à com­men­cer par ceux de car­to­gra­phie. Il y a eu aus­si le lan­ce­ment du Géo­por­tail voi­ci plus de dix ans », rap­pelle Pas­cal Chambon, di­rec­teur de la D2SI de l’ins­ti­tut na­tio­nal de l’in­for­ma­tion géo­gra­phique et fo­res­tière (IGN). La mis­sion de ses 200 col­la­bo­ra­teurs va donc bien au-de­là du sup­port tech­nique aux 1700 sa­la­riés de l’ins­ti­tut. « Nous de­vons aus­si ac­com­pa­gner les évo­lu­tions des mé­tiers et an­ti­ci­per celles du pa­tri­moine in­for­ma­tique qui en dé­coulent », ajoute Pas­cal Chambon. Un pa­tri­moine qui pèse dé­jà son poids, avec 300 ser­veurs in­for­ma­tiques ren­fer­mant 1 pé­ta-oc­tet de don­nées, et plus du double en ré­pli­ca­tion. Sans que son ac­crois­se­ment, iné­luc­table sur le fond, soit en re­vanche « pré­vi­sible » et tra­dui­sible en ca­hier des charges, pour les ca­pa­ci­tés de sto­ckage par exemple.

C’est dans ce contexte dy­na­mique, mais char­gé d’in­cer­ti­tudes, que la D2SI a pris, en 2013, la dé­ci­sion de faire mi­grer l’en­semble de ses cinq salles in­for­ma­tiques vers un lo­cal unique. Une op­por­tu­ni­té im­mo­bi­lière — ces­sion de lo­caux — a joué un rôle ca­ta­ly­seur. Car, comme l’ex­plique Fré­dé­ric Le­re­ve­rend, chef de pro­jet de l’opé­ra­tion, « il faut un élé­ment dé­clen­cheur pour ce type de pro­jet. Les salles in­for­ma­tiques ont des du­rées de vie va­riables, qui se pro­longent sou­vent au-de­là de dix ans. Dans cette pé­riode, elles doivent évo­luer ré­gu­liè­re­ment, mais ce­la contri­bue à les éloi­gner pro­gres­si­ve­ment de ce que l’on pour­rait consi­dé­rer comme un état de l’art, au pro­fit de com­pro­mis mo­men­ta­nés… qui durent » .

Une fois la dé­ci­sion prise, la D2SI se rap­proche de la Di­rec­tion in­ter­mi­nis­té­rielle du nu­mé­rique et du sys­tème d’in­for­ma­tion et de com­mu­ni­ca­tion de l’état (Din­sic) pour une pré­étude de fai­sa­bi­li­té. La piste de l’ex­ter­na­li­sa­tion est éva­luée. La Din­sic mène alors une ré­flexion sur l’ho­mo­gé­néi­sa­tion des centres de don­nées de l’état. « Dans la me­sure où l’in­ves­tis­se­ment de L’IGN res­tait re­la­ti­ve­ment mo­deste

« Les salles in­for­ma­tiques ont des du­rées de vie va­riables, qui se pro­longent sou­vent au-de­là de dix ans » Fré­dé­ric Le­re­ve­rend, chef de pro­jet de l’opé­ra­tion

( 2 mil­lions d’eu­ros en­vi­ron, se­lon nos cal­culs, NDLR), le choix ne s’est pas ins­crit dans la dé­marche de mu­tua­li­sa­tion qui n’of­frait d’ailleurs pas de ré­ponse aux be­soins spé­ci­fiques de L’IGN », pré­cise Pas­cal Chambon. En re­vanche, sur des ap­pli­ca­tifs moins cri­tiques, « l’ex­ter­na­li­sa­tion est dé­jà à l’ordre du jour. Le Géo­por­tail est par exemple hé­ber­gé dans le Nord, et à terme de­vrait être trans­fé­ré dans des lo­caux du mi­nis­tère de l’agri­cul­ture à Tou­louse », ajoute Pas­cal Chambon.

Avec l’ap­pui de Cri­ti­cal Buil­ding en as­sis­tance à maî­trise d’ou­vrage, une pre­mière étape per­met de lo­tir le pro­jet. Les ¾ du bud­get sont al­loués au bâ­ti­ment et à la lo­gis­tique. Confié à Cap In­ge­lec et Ma­nuc­ci, le poste prin­ci­pal reste le bâ­ti­ment (44 % du to­tal) et l’amé­na­ge­ment des 145 m2 de la salle avec faux plan­cher et sys­tèmes de contrôle d’ac­cès. Le groupe élec­tro­gène d’ori­gine SDMO, pour l’ali­men­ta­tion élec-

trique de se­cours, re­pré­sente 13 % du to­tal. À no­ter éga­le­ment la pré­sence de deux trans­for­ma­teurs élec­triques, et deux on­du­leurs de 160 KVA cha­cun, ca­pables de dé­li­vrer 2 fois 10 mi­nutes d’au­to­no­mie à pleine charge, ce qui suf­fit à l’en­clen­che­ment du groupe élec­tro­gène qui, de son cô­té, ne de­mande que 2 mi­nutes. La cli­ma­ti­sa­tion, qui ga­ran­tit une tem­pé­ra­ture constante de 20°C à proxi­mi­té des équi­pe­ments in­for­ma­tiques, entre en­suite pour 20 % dans le bud­get. Au to­tal, on le voit, la par­tie « lo­gis­tique » re­pré­sente plus des trois quarts du pro­jet, même si, rap­pelle Pas­cal Chambon, « il s’agit bien d’un pro­jet in­for­ma­tique » .

D’ailleurs, L’IGN a fait ap­pel en 2015 à In­ge­no­va, spé­cia­liste de l’ur­ba­ni­sa­tion des centres de don­nées, pour op­ti­mi­ser l’uti­li­sa­tion de ses res­sources, no­tam­ment éner­gé­tiques : la nou­velle salle in­for­ma­tique, « à l’état de l’art », de­vait être adap­tée à la mon­tée en puis­sance des be­soins in­for­ma­tiques, tant en ca­pa­ci­té de sto­ckage et de puis­sance, qu’en termes de fia­bi­li­té des équi­pe­ments et de sé­cu­ri­té des in­fra­struc­tures et des don­nées.

Fi­liale du Groupe Vok­to, In­ge­no­va était ini­tia­le­ment un ac­teur du dé­mé­na­ge­ment des salles in­for­ma­tiques — qu’elle a d’ailleurs pris en charge pour L’IGN —, mais a pro­gres­si­ve­ment dé­ve­lop­pé une spé­cia­li­sa­tion dans la prise en compte des contraintes in­for­ma­tiques, pré­sentes et à ve­nir, de ses clients. En par­ti­cu­lier pour le cas de L’IGN, la ré­flexion a por­té sur l’in­té­gra­tion des dif­fé­rents ré­seaux in­for­ma­tiques LAN et SAN, avec ses consé­quences sur les rac­cor­de­ments, les cir­cu­la­tions de câbles, les ali­men­ta­tions élec­triques ou en­core le main­tien en tem­pé­ra­ture des ser­veurs.

La so­lu­tion re­te­nue s’ar­ti­cule au­tour de deux cou­loirs froids, le long des­quels viennent se po­si­tion­ner 44 ar­moires pour les ser­veurs (avec ac­tuel­le­ment 40 % d’es­pace dis­po­nible pour des ma­chines sup­plé­men­taires). Des PDU ( Po­wer Dis­tri­bu­tion Unit), au nombre de 68, ache­minent les in­for­ma­tions de consom­ma­tion pour la conso­li­da­tion et le contrôle du PUE ( Po­wer Usage Ef­fec­ti­ve­ness) de la salle. Ce­lui-ci s’éta­blit ac­tuel­le­ment à 1,42 (1,5 re­com­man­dé) et de­vrait pas­ser pro­gres­si­ve­ment à 1,39. Plus pro­saï­que­ment, la fac­ture élec­trique de la nou­velle salle est ré­duite de 30 % par rap­port au to­tal de celles liées à la si­tua­tion an­té­rieure.

Cô­té câ­blage, les chiffres laissent rê­veurs : 5 km de fibre op­tique au­ront été

« Nous de­vons aus­si ac­com­pa­gner les évo­lu­tions des mé­tiers et an­ti­ci­per celles du pa­tri­moine in­for­ma­tique qui en dé­coulent » Pas­cal Chambon, di­rec­teur de la D2SI de L’IGN. CE PRO­JET EST AU COEUR DU PLAN STRA­TÉ­GIQUE DE L’EN­TRE­PRISE

dé­ployés, ain­si que 3 km de câbles (1 200 fils dont 800 liai­sons cuivre en dis­tri­bu­tion ho­ri­zon­tale, 250 liai­sons op­tiques LC Du­plex et 150 liai­sons op­tiques MPO/ MTP). Ajou­tons pour faire bonne me­sure 4 sondes, 2 par cou­loir, pour sur­veiller en per­ma­nence la tem­pé­ra­ture et l’hy­gro­mé­trie. Avec toutes ces « at­ten­tions », le taux de dis­po­ni­bi­li­té des équi­pe­ments monte à 99,982 %, ce qui classe le da­ta­cen­ter de L’IGN dans le TIER III du clas­se­ment de l’or­ga­ni­sa­tion « Up­time Ins­ti­tute ». Et pour l’ave­nir, les 40 % d’es­pace en­core libre per­met­tront de sup­por­ter les fu­turs dé­ve­lop­pe­ments de la stra­té­gie nu­mé­rique de l’ins­ti­tut.

L’at­mo­sphère de la nou­velle salle est très calme, avec seule­ment quatre col­la­bo­ra­teurs ha­bi­li­tés à tra­vailler sur les dif­fé­rents bran­che­ments et les ser­veurs, des es­paces de cir­cu­la­tion clai­re­ment dé­li­mi­tés et propres, des câ­blages par­faits jusque dans le choix des cou­leurs. « Nous avons bien conscience que le main­tien de cette or­ga­ni­sa­tion va nous de­man­der des ef­forts conti­nus de for­ma­tion et de mé­tho­do­lo­gie », sou­rit un Fré­dé­ric Le­re­ve­rend plu­tôt fier de nous faire vi­si­ter « sa » salle. Une am­bi­tion qui ne de­vrait pas faire peur dans ce lieu sa­cré pour tous les géo­graphes de la pla­nète, pas­sés maîtres dans l’art de fon­der, puis de res­pec­ter, les ré­fé­ren­tiels qui, de­puis des dé­cen­nies, guident nos pas.

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