En­quête

Et si ré­en­chan­ter l’ex­pé­rience en ma­ga­sins grâce au nu­mé­rique com­men­çait d’abord par sup­pri­mer les prin­ci­paux ir­ri­tants qui, au­jourd’hui en­core, donnent plu­tôt l’en­vie de les fuir ? C’est en tout cas la piste que suivent d’ores et dé­jà nombre d’ac­teurs du

IT for Business - - LA UNE - Sté­phane Mo­rac­chi­ni

• Le point de vente du fu­tur est dé­jà là

Une vi­déo a fait le buzz en fin d’an­née der­nière. On y voit un client pé­né­trer dans un su­per­mar­ché, se bad­ger avec son smart­phone à l’en­trée, faire ses courses, puis res­sor­tir di­rec­te­ment avec ses achats. Pas de caisse, pas de file d’at­tente. Les ar­ticles pris par le client sont dé­tec­tés au­to­ma­ti­que­ment au fil de son par­cours d’achat et, quand il sort du ma­ga­sin, l’en­cais­se­ment se fait lui aus­si de ma­nière au­to­ma­tique, via une ap­pli­ca­tion mo­bile. C’est le con­cept Ama­zon Go, dont le test doit dé­mar­rer en ce dé­but 2017 dans une pe­tite sur­face de vente ré­ser­vée aux em­ployés du géant amé­ri­cain, à Seat­tle.

L’ini­tia­tive a fait le buzz, mais éga­le­ment sus­ci­té beau­coup d’in­ter­ro­ga­tions. Car, sur le plan tech­no­lo­gique, le mys­tère plane. Outre l’ap­pli­ca­tion mo­bile Ama­zon Go, l’en­tre­prise évoque de la vi­sion par or­di­na­teur, des al­go­rithmes d’ap­pren­tis­sage au­to­ma­tique

de type deep lear­ning, adap­tés à de la re­con­nais­sance vi­suelle, et des cap­teurs sen­so­riels. Or, s’il s’agit bien d’un dis­po­si­tif re­po­sant sur des ca­mé­ras et de l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, les dé­fis à re­le­ver de­vraient être de taille. « Faire du sui­vi de client dans une zone d’af­fluence est dé­jà dif­fi­cile, mais re­con­naître les ar­ticles ache­tés est éga­le­ment loin d’être simple. Sans par­ler de la com­plexi­té de la phase d’ap­pren­tis­sage du sys­tème dans un contexte de su­per­mar­ché, où l’offre de pro

duits est très va­riée et peut évo­luer sou­vent » , re­marque Ca­ro­line Ma­chy, in­gé­nieure R&D vi­sion chez In­tel­li­gent Vi­deo Soft­ware (IVS), start-up spé­cia­li­sée dans l’ana­lyse de com­por­te­ment en point de vente par re­con­nais­sance vi­suelle. Autre dé­fi, le dis­po­si­tif de­vra réus­sir à faire le lien entre la per­sonne à l’image et son té­lé­phone mo­bile. En­fin, dif­fi­cile d’ima­gi­ner qu’il se prête à l’achat de pro­duits ache­tés au dé­tail, comme les fruits et lé­gumes. Chez Ama­zon, en tout cas, l’on pré­voit dé­jà de gé­né­ra­li­ser les points de vente de ce type si le test se ré­vèle po­si­tif. Res­te­ra alors à connaître le coût de mise en oeuvre d’un tel dis­po­si­tif…

À l’heure où le nu­mé­rique porte la pro­messe de ré­en­chan­ter l’ex­pé­rience client en point de vente à grand ren­fort de mar­ke­ting mo­bile, d’om­ni­ca­na­li­té ou en­core d’écrans om­ni­pré­sents, l’ini­tia­tive Ama­zon Go pré­sente néan­moins le mé­rite de rap­pe­ler que des be­soins un peu plus ba­siques sont tou­jours loin d’être vrai­ment com­blés. C’est no­tam­ment le cas pour l’at­tente en caisse, qui reste le pre­mier ir­ri­tant en ma­ga­sin et une pré­oc­cu­pa­tion cen­trale pour les com­mer­çants.

LE SELF-SCAN­NING PASSE AU SMART­PHONE

Face à cette pro­blé­ma­tique, après avoir joué la carte du self-scan­ning avec dou­chette, uti­li­sée seule

ou cou­plée à une caisse au­to­ma­tique, la grande dis­tri­bu­tion a lo­gi­que­ment com­men­cé à se tour­ner, ces der­nières an­nées, vers des so­lu­tions à base de smart­phone, pro­fi­tant du dé­ve­lop­pe­ment des usages mo­biles chez leurs clients. De­puis 2013, Car­re­four Mar­ket pro­pose ain­si l’ap­pli­ca­tion Scan’phone, so­lu­tion dé­ve­lop­pée par Key­neo­soft. Le client scanne le code-barres de ses ar­ticles au fur et à me­sure de son par­cours grâce à la ca­mé­ra de son mo­bile. Une fois à la caisse, il scanne un Qr-code af­fi­ché sur cette der­nière pour ap­pai­rer son mo­bile et trans­fé­rer son pa­nier d’achat. Puis il règle de ma­nière tra­di­tion­nelle (carte ban­caire, es­pèces ou chèque).

« Le prin­ci­pal obs­tacle tech­nique que nous avons ren­con­tré concerne la cou­ver­ture 3G et Wi-fi, pro­blème dé­sor­mais ré­glé, in­dique Em­ma­nuel Gour­let, di­rec­teur com­mer­cial et du dé­ve­lop­pe­ment chez Key­neo Group, mai­son-mère de Key­neo­soft. Au­jourd’hui, le ser­vice est ac­ces­sible dans tous les rayons et le scan des ar­ticles est ef­fi­cace, y com­pris pour les pro­duits sur­ge­lés dont le code-barres est re­cou­vert de givre. La seule contrainte concerne les fruits et lé­gumes ache­tés à l’uni­té et sans éti­quette, pour les­quels il faut pré­voir de po­si­tion­ner cette der­nière sur un sup­port à part ».

Pour fa­ci­li­ter l’adop­tion de ce ser­vice de self-scan­ning mo­bile, Car­re­four Mar­ket ré­flé­chit dé­sor­mais à lui in­té­grer un sys­tème de paie­ment, à l’image de l’ap­pli­ca­tion Scan & Go pro­po­sée de­puis l’an­née der­nière par Sam’s Club, une chaîne du géant amé­ri­cain de la dis­tri­bu­tion Wal­mart. Une fois ses courses fi­nies, le client les règle via l’ap­pli­ca­tion mo­bile de l’en­seigne et se contente de pré­sen­ter la no­ti­fi­ca­tion de paie­ment au per­son­nel à sa sor­tie du point de vente. « Ce type de so­lu­tion de­vrait ar­ri­ver en France, es­time Em­ma­nuel Gour­let. Elle offre une au­to­ma­ti­sa­tion proche de ce que pro­met Ama­zon Go, mais avec une tech­no­lo­gie beau­coup plus abor­dable. Et cô­té paie­ment, il n’y a pas de frein tech­nique. Il peut se faire soit via la carte ban­caire em­bar­quée dans l’ap­pli­ca­tion, soit via un sys­tème de type Apple Pay ».

Même sans al­ler jus­qu’au paie­ment, le self-scan­ning mo­bile in­té­resse de toute fa­çon les moyennes et pe­tites sur­faces de grande dis­tri­bu­tion qui, contrai­re­ment aux hy­per­mar­chés, ne pro­posent gé­né­ra­le­ment pas de dou­chettes à leurs clients pour scan­ner les ar­ticles en rayons. Chez In­ter­mar­ché, on a op­té de­puis 2015 pour Sca­neo, une ap­pli­ca­tion dé­ve­lop­pée par Bud­get­box fonc­tion­nant sur tout type de ter­mi­nal. Sur mo­bile, elle pré­sente la par­ti­cu­la­ri­té de jouer éga­le­ment la carte du NFC, tech­no­lo­gie dis­po­nible via les éti­quettes élec­tro­niques G-tag S de SES ins­tal­lées dans les rayons d’in­ter­mar­ché. Pour ajou­ter un ar­ticle à son pa­nier d’achat, il suf­fit d’ap­pro­cher son mo­bile com­pa­tible NFC de l’éti­quette. « Au­jourd’hui, ce geste n’est pas en­core in­tui­tif, c’est pour­quoi nous lais­sons le choix au client en pro­po­sant éga­le­ment le scan de code-barres, in­dique Gau­tier Dhaus­sy, co­fon­da­teur et di­rec­teur gé­né­ral de Bud­get­box. Mais l’usage du NFC de­vrait se gé­né­ra­li­ser ».

En se­ra-t-il de même pour le self-scan­ning mo­bile ? Si les pre­mières ex­pé­riences se sont heur­tées aux ca­pa­ci­tés de re­con­nais­sance des code-barres par les ca­mé­ras des smart­phones, des pro­grès im­por­tants ont été réa­li­sés dans ce do­maine sur les nou­veaux mo­dèles. « Amé­lio­rer la ra­pi­di­té de l’ap­pli­ca­tion de scan­ning reste ce­pen­dant in­dis­pen­sable, sou­ligne Gau­tier Dhaus­sy. Au­jourd’hui, un ter­mi­nal de type dou­chette reste plus ef­fi­cace qu’un mo­bile. Mais avec Sca­neo, lors­qu’il s’agit d’ache­ter une ving­taine d’ar­ticles, la dif­fé­rence de ra­pi­di­té entre ces deux ter­mi­naux est peu si­gni­fi­ca­tive. L’en­jeu est donc d’of­frir au client une ex­pé­rience dif­fé­rente en fonc­tion des courses qu’il réa­lise : en su­per­mar­ché ou ma­ga­sin de proxi­mi­té,

du self-scan­ning mo­bile pour un par­cours court et ra­pide ; en hy­per­mar­ché, un ter­mi­nal pro­prié­taire pour des courses im­por­tantes ».

RE­CON­NAIS­SANCE VI­SUELLE, LE SELF-SCAN­NING EN UN CLIN D’OEIL

Le monde de la dis­tri­bu­tion n’est pas le seul sec­teur à ex­plo­rer de nou­velles pistes de self-scan­ning pour ré­duire le temps d’at­tente en caisse. Mais elles ne passent pas for­cé­ment par le mo­bile. Lors du der­nier sa­lon Equip­mag, IVS pré­sen­tait le Self Scan, un dis­po­si­tif réa­li­sé pour la chaîne de res­tau­ra­tion en self-ser­vice Flunch. Grâce à un sys­tème de re­con­nais­sance vi­suelle à base d’al­go­rithmes de deep lear­ning, une ca­mé­ra iden­ti­fie les plats et bois­sons sur le pla­teau du client. Un ti­cket de caisse est alors gé­né­ré de ma­nière au­to­ma­tique, que l’hô­tesse de caisse se contente de vé­ri­fier pour en­cais­ser le client. En pra­tique, le sys­tème dé­tecte la forme des conte­nants (verre, as­siette, tasse…), leur taille, ain­si que la cou­leur de leur conte­nu, puis com­pare le ré­sul­tat avec des pho­tos pré­sentes dans une base de don­nées d’ap­pren­tis­sage. Dans le cas d’une as­siette de char­cu­te­rie conte­nant des ron­delles de sau­cis­son, une feuille de sa­lade et une to­mate, par exemple, une pre­mière étape per­met de dé­tec­ter, à la forme et la taille de l’as­siette, qu’il s’agit d’une en­trée. Les pour­cen­tages de vert, de rose et de rouge four­nissent en­suite la cor­res­pon­dance avec la confi­gu­ra­tion la plus proche conte­nue dans la base de don­nées. « Le self-scan est en­core au stade de pro­to­type et il nous reste du tra­vail pour que la phase d’ap­pren­tis­sage du lo­gi­ciel soit réa­li­sable fa­ci­le­ment par le per­son­nel d’un res­tau­rant, pré­cise Ca­ro­line Ma­chy. Mais le self-scan se prête bien à un type de res­tau­ra­tion où la carte ne change pas tous les jours, comme chez Flunch. » Cette tech­no­lo­gie pour­rait éga­le­ment s’ap­pli­quer pour des dis­po­si­tifs d’en­cais­se­ment ra­pide dans d’autres ca­té­go­ries de com­merce, no­tam­ment ceux où les pro­duits ne dis­posent ni de code-barres ni d’éti­quettes RFID.

Plu­tôt que de rendre au­to­nome le client grâce au self-scan­ning, une autre ten­dance dans la dis­tri­bu­tion est bien sûr d’équi­per les ven­deurs. Fast­mag, par exemple, pro­pose une ap­pli­ca­tion mo­bile com­pa­tible avec sa so­lu­tion de gestion des points de vente. Elle per­met aux ven­deurs de scan­ner des ar­ticles et d’ef­fec­tuer des en­cais­se­ments par carte ban­caire avec un smart­phone. Elle est no­tam­ment uti­li­sée par la chaîne de ma­ga­sins An­to­nelle en pé­riode d’af­fluence. De son cô­té, dans une même lo­gique de di­mi­nuer une file d’at­tente de ma­nière ponc­tuelle, Fran­prix mène des tests dans des ma­ga­sins pa­ri­siens où des hô­tesses de caisse sont équi­pées de tout le né­ces­saire pour re­mon­ter la file d’at­tente et en­cais­ser les pe­tits pa­niers : bague-scan­ner pour lire les code-barres, ta­blette pour réa­li­ser des opé­ra­tions de caisse et ter­mi­nal de paie­ment et d’édi­tion de ti­cket de caisse.

QUAND LA FILE D’AT­TENTE DIS­PA­RAÎT DANS LE VIR­TUEL

Dans la grande dis­tri­bu­tion ou cer­taines chaînes spé­cia­li­sées, le self-scan­ning n’est plus la seule op­tion of­ferte au consom­ma­teur pour ré­duire son temps d’at­tente en ma­ga­sin. Chez Au­chan, Car­re­four ou Bri­co­man, par exemple, on teste l’ap­pli­ca­tion mo­bile Je­file, dé­ve­lop­pée par la start-up FWA. Au lieu de prendre place dans une file d’at­tente phy­sique, le client s’ins­crit dans une file d’at­tente vir­tuelle via l’ap­pli­ca­tion. Celle-ci lui in­dique le nombre de per­sonnes avant lui dans la file, le temps es­ti­mé avant son pas­sage et elle lui en­ver­ra une no­ti­fi­ca­tion quelques mi­nutes avant son tour. En at­ten­dant, il peut donc conti­nuer à faire ses courses. « Je­file est un sys­tème mul­ti-files d’at­tente qui peut tout à la fois ser­vir pour mettre en place plu­sieurs files d’at­tentes vir­tuelles dans une grande sur­face (caisse, rayon, conseiller client, etc.) ou les files d’at­tente de plu­sieurs points de vente dans un

centre com­mer­cial » , ex­plique Di­mi­tri Ashi­kh­min, di­rec­teur gé­né­ral de FWA. Pour af­fi­cher à l’uti­li­sa­teur les dif­fé­rentes files vir­tuelles dis­po­nibles au­tour de lui, l’ap­pli­ca­tion le géo­lo­ca­lise par GPS et, à l’in­té­rieur, en s’ap­puyant sur des bea­cons. Grâce à ces der­niers, la gestion de la file est par ailleurs au­to­ma­tique : le client est dé­tec­té quand il ar­rive à la caisse et lors­qu’il en part après l’en­cais­se­ment. Le per­son­nel de caisse n’a donc pas de bou­ton « sui­vant » à ac­tion­ner pour gé­rer les pas­sages. Pour rendre son ser­vice de vir­tua­li­sa­tion de la file d’at­tente plus ac­ces­sible, FWA pro­pose dé­sor­mais aus­si le Pass Je­file, dis­po­si­tif s’ap­puyant sur son ap­pli­ca­tion. « Il s’agit d’un pe­tit boî­tier qui peut être dis­tri­bué à l’en­trée du ma­ga­sin ou dis­po­nible en rayons. Il per­met de s’ins­crire dans la file d’at­tente nu­mé­rique sans pas­ser par notre ap­pli­ca­tion mo­bile » , pré­cise Di­mi­tri Ashi­kh­min.

Chez Key­neo­soft, c’est sur l’at­tente en rayon que l’on s’est concen­tré avec le Smart­pass, tes­té la pre­mière fois fin 2015 chez Bri­co­mar­ché au ser­vice dé­coupe de bois et de verre. Son prin­cipe : le client prend un ti­cket phy­sique et l’en­re­gistre dans l’ap­pli­ca­tion mo­bile de l’en­seigne. Il connaît ain­si l’état d’avan­ce­ment de la file, le temps es­ti­mé avant son pas­sage et il est no­ti­fié quand son tour ar­rive. Spé­ci­fi­ci­té de cette ap­pli­ca­tion, dé­ve­lop­pée avec la start-up Stim­shop : elle s’ap­puie sur un sys­tème par ul­tra­sons et fonc­tionne avec la so­no­ri­sa­tion du ma­ga­sin. Elle ne né­ces­site donc pas de connexion 3G, 4G ou Wi-fi.

Aux Ga­le­ries La­fayette, à Pa­ris, c’est pour la so­lu­tion de la start-up Li­ne­ber­ty que l’on a op­té pour gé­rer la file d’at­tente du ser­vice dé­taxe ré­ser­vé aux tou­ristes chi­nois. La par­ti­cu­la­ri­té de cette ap­pli­ca­tion mo­bile est de re­po­ser sur un al­go­rithme grâce au­quel l’uti­li­sa­teur peut pla­ni­fier son pas­sage. Dans le cas des Ga­le­ries La­fayette, où les tou­ristes chi­nois ar­rivent par groupes, ceux-ci in­diquent dans l’ap­pli­ca­tion l’heure à la­quelle leur car re­part et le sys­tème leur pro­pose de prendre un ti­cket vir­tuel qui tient compte du temps né­ces­saire pour ef­fec­tuer le pro­ces­sus de dé­taxe de leurs achats. Ils sont ain­si en me­sure d’op­ti­mi­ser leur temps de pré­sence dans le grand ma­ga­sin tout en étant as­su­rés d’être à l’heure pour le dé­part de leur car. En test de­puis juillet der­nier, ce sys­tème se­ra bien­tôt dé­ployé pour l’en­semble des tou­ristes étran­gers. Li­ne­ber­ty per­met d’autres cas d’usage. Chez Car­re­four, par exemple, l’ap­pli­ca­tion offre au client la pos­si­bi­li­té de fixer le mo­ment de son pas­sage en caisse, en mode prise de ren­dez-vous. Et chez Leroy Mer­lin, elle est tes­tée dans le cadre d’un ser­vice dé­coupe en mode dit po­si­tion, où le pre­mier ar­ri­vé est le pre­mier ser­vi. Pour pro­po­ser le mo­ment de pas­sage, l’al­go­rithme tient compte du temps moyen de trai­te­ment consta­té. En fonc­tion du temps de trai­te­ment réel, le mo­ment de pas­sage peut être avan­cé ou re­cu­lé. Dans tous ces cas d’usage, l’uti­li­sa­teur est bien en­ten­du no­ti­fié que son tour va ar­ri­ver. En­fin, Li­ne­ber­ty n’est pas ac­ces­sible qu’aux uti­li­sa­teurs de l’ap­pli­ca­tion mo­bile. La prise d’un ti­cket vir­tuel est éga­le­ment pos­sible via une borne, le client de­vant alors in­di­quer son nu­mé­ro de té­lé­phone afin d’être no­ti­fié par SMS de son fu­tur pas­sage. « Au­jourd’hui, les grandes sur­faces ali­men­taires ou spé­cia­li­sées fi­gurent par­mi les pre­miers sec­teurs in­té­res­sés par des ap­pli­ca­tions comme la nôtre, que ce soit pour le pas­sage en caisse, la vente as­sis­tée en rayon, le pas­sage au ser­vice après-vente, etc., in­dique Alain Tha­ly, co­fon­da­teur et pré­sident de Li­ne­ber­ty. À terme, notre ob­jec­tif est de nous ap­puyer sur le dé­ve­lop­pe­ment des usages dans ces grands com­merces pour nous étendre aux plus pe­tits. Per­mettre aux clients d’un hy­per­mar­ché uti­li­sant Li­ne­ber­ty de pla­ni­fier des ren­dez-vous dans les bou­tiques si­tuées dans le même centre com­mer­cial a du sens ».

Jouer la carte de la prise de ren­dez-vous pour sup­pri­mer l’at­tente, c’est éga­le­ment ce que pro­pose le Lillois In­si­tac­tion, mais dans le do­maine de la res­tau­ra­tion. Il a dé­ve­lop­pé une ap­pli­ca­tion An­droïd bap­ti­sée Ra­pi­do­res­to per­met­tant aux res­tau­rants tra­di­tion­nels de s’adap­ter à une clien­tèle pres­sée. De­puis cette ap­pli­ca­tion, en même temps que son heure de ré­ser­va­tion, le client choi­sit ses plats et paye son re­pas. La chaîne Piz­za Paï teste no­tam­ment cette nou­velle ap­pli­ca­tion. Non seule­ment le client ne doit plus at­tendre dans le res­tau­rant pour com­man­der, ob­te­nir l’ad­di­tion et payer, mais Ra­pi­do­res­to lui pro­met de sup­pri­mer l’at­tente avant d’être ser­vi : outre que le res­tau­rant connaît à l’avance l’heure de ve­nue du client et les plats à pré­pa­rer, un cap­teur Blue­tooth pla­cé à l’en­trée du res­tau­rant dé­tecte l’ar­ri­vée du client dans un rayon de 250 mètres et le si­gnale en cui-

sine, où le per­son­nel peut ain­si com­men­cer à en­voyer les plats. Un deuxième type de cap­teur Blue­tooth est par ailleurs po­si­tion­né au ni­veau des tables. À son en­trée dans le res­tau­rant, le client peut donc se pla­cer lui-même grâce à l’ap­pli­ca­tion mo­bile sans at­tendre que le per­son­nel le guide à la table qui lui est ré­ser­vée. Comble du raf­fi­ne­ment, Ra­pi­do­res­to per­met de réa­li­ser une com­mande à plu­sieurs, chaque convive pou­vant com­man­der de son cô­té et même payer sa part.

LES RO­BOTS DÉ­BARQUENT EN GRANDE SUR­FACE

Pour fa­ci­li­ter la vie du client en point de vente, un der­nier dis­po­si­tif a de­puis peu fait son ap­pa­ri­tion : le ro­bot. En no­vembre der­nier, Au­chan a mené un pre­mier test à En­glos avec wii­go, un as­sis­tant de courses dé­ve­lop­pé par la so­cié­té por­tu­gaise Fol­low Ins­pi­ra­tion. Il re­pose sur une tech­no­lo­gie de re­con­nais­sance fa­ciale. Des­ti­né en prio­ri­té aux per­sonnes à mo­bi­li­té ré­duite, wii­go les suit dans les rayons en por­tant leur ca­bas. Pour ce faire, le client doit d’abord se mettre face au ro­bot afin que ce­lui-ci ap­prenne à re­con­naître son vi­sage. Pen­dant le par­cours d’achat, quand wii­go ne dé­tecte plus le client, il émet un si­gnal so­nore pour que ce der­nier re­vienne à lui et que son vi­sage soit à nou­veau re­con­nu. Lors­qu’il a fi­ni ses courses, le client se rend à une caisse spé­ciale où le per­son­nel prend le re­lais pour l’en­cais­se­ment puis le trans­port des courses du client jus­qu’à son vé­hi­cule. Une pre­mière ex­pé­rience qui semble sa­tis­fai­sante, mal­gré des risques fré­quents de dé­con­nexion entre le client et le ro­bot et une uti­li­sa­tion plus com­pli­quée en pé­riode d’af­fluence.

Chez Cy­lande, édi­teur de so­lu­tions lo­gi­cielles pour la dis­tri­bu­tion, on ex­plore les pos­si­bi­li­tés d’usage de Pep­per, le ro­bot hu­ma­noïde dé­ve­lop­pé par le fran­çais Al­de­ba­ran, ra­che­té en 2015 par le Ja­po­nais Softbank. « Pour l’ins­tant, Pep­per a ser­vi dans un usage lu­dique, comme chez King Jouets. Mais nous dé­ve­lop­pons au­jourd’hui des scé­na­rios orien­tés pro­ces­sus de vente » , pré­cise Laurent Fau­varque, res­pon­sable pro­duit chez Cy­lande. Grâce à une ca­mé­ra si­tuée sur son front, Pep­per peut dé­jà scan­ner une carte de fi­dé­li­té et le code-barres des ar­ticles pour consti­tuer un pa­nier vir­tuel. Il sait trans­fé­rer en­suite ce der­nier sur le ter­mi­nal d’un ven­deur pour l’en­cais­se­ment. Une pro­chaine étape pré­voit d’in­té­grer au ro­bot un sys­tème de paie­ment. Avan­tage de Pep­per, il dis­pose d’une ta­blette et ouvre donc des pers­pec­tives d’in­ter­ac­tion pour le client (consul­ter une fiche pro­duit, etc.). « Ce n’est que le dé­but, ad­met Laurent Fau­varque. En ma­tière de scan­ning, par exemple, les per­for­mances res­tent à amé­lio­rer. L’avan­tage de Pep­per est ce­pen­dant de pou­voir faire des gestes, d’in­ter­agir vo­ca­le­ment avec le client, no­tam­ment pour lui an­non­cer ses points de fi­dé­li­té, ré­pondre à des ques­tions. Cette di­men­sion hu­ma­noïde le rend sym­pa­thique et pour­rait contri­buer à ren­for­cer son uti­li­sa­tion par rap­port aux bornes clas­siques, dont l’usage reste peu gé­né­ra­li­sé. » À terme, la ca­pa­ci­té de Pep­per à se dé­pla­cer de­vrait bien sûr être éga­le­ment ex­ploi­tée. Par exemple, pour qu’il sache ac­com­pa­gner le client dans un rayon pour lui mon­trer le pro­duit qu’il cherche.

Dans la fa­mille des ro­bots des­ti­nés au com­merce, le plus avan­cé au­jourd’hui est ce­pen­dant Dash, dé­ve­lop­pé par la start-up amé­ri­caine Five Ele­ments Ro­bo­tics. Il s’agit d’un ro­bot-cha­riot équi­pé d’une ta­blette et qui connaît le plan du point de vente et l’em­pla­ce­ment des pro­duits dans les rayons. Le client sai­sit sa liste de courses sur la ta­blette ou la trans­fère de­puis une ap­pli­ca­tion mo­bile et Dash le guide dans les dif­fé­rents rayons où se trouvent les ar­ticles sou­hai­tés tout en choi­sis­sant le trajet op­ti­mal. Via la ta­blette, le client peut éga­le­ment scan­ner les pro­duits et ré­gler son pa­nier d’achats, par carte ban­caire, Apple Pay ou Google Wal­let. Une fois cette étape ac­com­plie, le ro­bot ac­com­pagne le client à son vé­hi­cule et il sait re­ve­nir seul au point de vente. Dash est en­core au stade de pro­to­type, mais la start-up es­père en­ta­mer sa pro­duc­tion et sa com­mer­cia­li­sa­tion dès cette an­née. Wal­mart le teste ac­tuel­le­ment. Si sa pro­messe est te­nue, il pour­rait donc s’ajou­ter as­sez vite aux di­verses briques tech­no­lo­giques qui bâ­tissent dès au­jourd’hui le point de vente du fu­tur. •

Le self-scan­ning mo­bile in­té­resse au pre­mier chef les su­per­mar­chés ou ma­ga­sins de proxi­mi­té. Dans les hy­per­mar­chés, les pro­blèmes d’ac­cès à la 3G, la 4G ou au Wi-fi peuvent en re­vanche frei­ner le dé­ve­lop­pe­ment de son usage.

Chez Sam’s Club, une chaîne du géant amé­ri­cain Wal­mart, l’ap­pli­ca­tion Scan & Go per­met aux consom­ma­teurs d’évi­ter le pas­sage aux caisses en mixant self-scan­ning et self-paie­ment mo­bile.

Le self-scan­ning mo­bile n’est pas seule­ment une ré­ponse à l’at­tente en caisse, c’est aus­si la pos­si­bi­li­té d’un nou­veau ca­nal pour pro­po­ser des pro­mo­tions ou des bons plans au consom­ma­teur, comme chez In­ter­mar­ché avec l’ap­pli­ca­tion Sca­neo.

Dé­ve­lop­pé pour Flunch par la start-up IVS, le Self Scan iden­ti­fie les plats et bois­sons sur le pla­teau du client grâce à une tech­no­lo­gie de re­con­nais­sance vi­suelle et gé­nère au­to­ma­ti­que­ment son ti­cket de caisse.

Chez Car­re­four, le client peut prendre place dans une file d’at­tente vir­tuelle grâce à l’ap­pli­ca­tion Je­file et conti­nuer ses achats jus­qu’au mo­ment où il est no­ti­fié que c’est son tour de pas­ser en caisse. Au be­soin, il peut dé­ca­ler son pas­sage de 10 mi­nutes ou si­gna­ler qu’il quitte la file d’at­tente.

Aux Ga­le­ries La­fayette à Pa­ris, les tou­ristes chi­nois pla­ni­fient leur pas­sage au ser­vice dé­taxe grâce à l’ap­pli­ca­tion Li­ne­ber­ty. Ils ont ain­si l’as­su­rance de pro­fi­ter plei­ne­ment de leur temps dans le grand ma­ga­sin sans ris­quer d’être en re­tard pour re­prendre leur car tou­ris­tique.

À gauche : Wii­go a fait son ap­pa­ri­tion fin 2016 chez Au­chan à En­glos (59). No­tam­ment des­ti­né aux per­sonnes à mo­bi­li­té ré­duite, ce ro­bot les ac­com­pagne dans les rayons en por­tant leurs courses.

À droite : Dash, le ro­bot-cha­riot de la start-up Five Ele­ments Ro­bo­tics, est tes­té par l’en­seigne amé­ri­caine Wal­mart. Il sait tout faire : gui­der le client dans le point de vente, scan­ner ses ar­ticles, gé­rer leur paie­ment, ac­com­pa­gner le client à son vé­hi­cule et re­ve­nir seul dans le ma­ga­sin.

Pep­per, le ro­bot hu­ma­noïde, sait scan­ner des ar­ticles pour consti­tuer un pa­nier d’achat et trans­fé­rer ce der­nier vers une caisse. Des fonc­tion­na­li­tés dé­ve­lop­pées par le fran­çais Cy­lande, qui ex­plorent d’autres pos­si­bi­li­tés pour en faire un as­sis­tant de courses com­plet.

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