Pa­ra­no-ia ?

IT for Business - - ÉDITORIAL - PIERRE LAN­DRY • Ré­dac­teur en chef de IT for Bu­si­ness

Une conver­sa­tion vo­cale sur Skype. Et tout à coup, une pu­bli­ci­té ap­pa­raît, liée au su­jet de cette conver­sa­tion. Simple coïn­ci­dence ? Ou la « ré­clame » ap­pa­raît-elle du fait d’un autre cri­tère, d’autres « traces » lais­sées à un autre mo­ment ? Le doute et le ma­laise, la sen­sa­tion d’être « écou­té » à tout mo­ment, peuvent en tout cas s’ins­tal­ler : les tech­no­lo­gies sont à un tel ni­veau que tout semble dé­sor­mais pos­sible, et qu’il est dif­fi­cile de dis­tin­guer le for­tuit du pré­mé­di­té.

Il fau­dra s’y ha­bi­tuer… As­so­ciés à la masse de don­nées per­met­tant de les ali­men­ter, les pro­grès des al­go­rithmes d’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, des ro­bots (ma­té­riels comme lo­gi­ciels), des sys­tèmes de re­con­nais­sance (vo­cale, vi­suelle, etc.) pro­mettent une pé­riode de confu­sion qui se tra­dui­ra par des si­tua­tions au mieux ubuesques, au pire trau­ma­ti­santes.

Que se pas­se­ra-t-il si le contexte est mal ou in­com­plè­te­ment cap­té, si les ca­pa­ci­tés cog­ni­tives du sys­tème ne sont pas suf­fi­santes pour désa­m­bi­guï­ser un texte ou un pro­pos? La concep­tion des chat­bots (voir notre en­quête, page 46) n’est pas une mince af­faire. Les plus éla­bo­rés sont ca­pables de po­ser des ques­tions pour le­ver cer­tains doutes, mais uni­que­ment dans un contexte bien dé­fi­ni.

De prime abord, on s’aper­çoit d’ailleurs qu’il n’est dé­jà pas facile de dia­lo­guer avec une ma­chine, de sa­voir avec quel ni­veau de so­phis­ti­ca­tion de lan­gage on peut ou on doit s’ex­pri­mer. Un peu comme lorsque l’on sai­sit une re­quête dans un mo­teur de re­cherche. La ra­pi­di­té at­ten­due, voire la dif­fi­cul­té de concep­tion men­tale de la phrase per­met­tant de for­mu­ler exac­te­ment la re­quête, nous fait sou­vent pen­ser qu’il vaut mieux seule­ment in­di­quer des mots-clés plu­tôt que d’uti­li­ser le lan­gage na­tu­rel.

On nous di­ra qu’il suf­fit sim­ple­ment de nour­rir notre « in­ter­lo­cu­teur » en amont avec un maxi­mum d’in­for­ma­tions per­son­nelles, qu’il peut même al­ler cher­cher tout seul - avec notre ac­cord bien sûr. Il de­vien­dra ain­si notre meilleur as­sis­tant-com­pa­gnon, nous fe­ra ga­gner du temps, que nous pour­rons mettre à pro­fit pour prendre des va­cances qu’il nous au­ra soi­gneu­se­ment concoc­tées en fonc­tion de nos in­té­rêts … et des siens. Mais ce se­ront de­ve­nus les mêmes, donc pour­quoi s’in­quié­ter ? •

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.