Re­tours d’ex­pé­riences

Au coeur de la trans­for­ma­tion di­gi­tale de GRDF, la nou­velle in­fra­struc­ture de don­nées de­vient pro­gres­si­ve­ment le point d’an­crage du sys­tème d’in­for­ma­tion et s’ins­crit plei­ne­ment dans la stra­té­gie de la so­cié­té.

IT for Business - - LA UNE -

• GRDF, But, EDF, Al­lo­bé­bé, Ré­my Coin­treau…

Àl’heure de la so­cié­té nu­mé­rique, la da­ta est de­ve­nue fon­da­men­tale pour toutes les en­tre­prises. Mais pour cer­taines plus que pour d’autres. Comp­teurs in­tel­li­gents, éner­gies re­nou­ve­lables, smart­grid… Le sec­teur éner­gé­tique se pré­pare à une mu­ta­tion qui re­pose en par­tie sur le trai­te­ment de don­nées. Pou­voir ajus­ter la pro­duc­tion à la consom­ma­tion (concept des smart­grids) im­plique des don­nées de consom­ma­tion si pos­sible en temps réel. Sen­si­bi­li­ser les ci­toyens à la maî­trise de la de­mande éner­gé­tique sup­pose aus­si de nou­veaux ser­vices re­po­sant sur ces mêmes don­nées. « Et dans le sec­teur du gaz, il faut en­core ajou­ter la di­men­sion marketing, note Thien Than Trong, DSI de GRDF. Contrai­re­ment à l’élec­tri­ci­té dont on ne peut se pas­ser, le gaz est une éner­gie qui doit faire tous les jours la preuve de sa per­ti­nence et nous fai­sons en sorte qu’il y ait de plus en plus de consom­ma­teurs. D’au­tant que nous sommes convain­cus d’avoir un rôle à jouer dans les smart­grids de par la com­plé­men­ta­ri­té du gaz avec les autres ré­seaux d’éner­gie, no­tam­ment parce que sa ca­pa­ci­té de stockage per­met de four­nir de la flexi­bi­li­té aux ré­seaux élec­triques dé­cen­tra­li­sés et de com­pen­ser la pro­duc­tion in­ter­mit­tente des éner­gies re­nou­ve­lables » .

Comme beau­coup d’en­tre­prises, GRDF dis­pose d’un sys­tème d’in­for­ma­tion or­ga­ni­sé par mé­tier, cha­cun pos­sé­dant ses ap­pli­ca­tions et, bien en­ten­du, ses propres bases de don­nées. Pour adres­ser les nou­veaux en­jeux du sec­teur éner­gé­tique, le prin­ci­pal opé­ra­teur du ré­seau de dis­tri­bu­tion de gaz na­tu­rel en France s’est do­té d’un pôle en 2014, char­gé de créer un socle com­mun pour les don­nées. Bap­ti­sé Po­sei­don (Pôle de Stockage et d’ex­ploi­ta­tion In­tel­li­gente des Don­nées), le pro­jet dé­passe le cadre de la simple conso­li­da­tion. « Il s’agit d’une dé­marche d’en­tre­prise, ex­plique Isa­belle Va­nouche, res­pon­sable du pôle don­nées, avec un but pré­cis : dis­po­ser de don­nées de qua­li­té conso­li­dées pour ac­com­pa­gner nos pro­jets et ex­pé­ri­men­ter de nou­velles choses dans le do­maine de l’ana­lyse et de l’ex­plo­ra­tion » .

L’opé­ra­tion est d’au­tant plus com­plexe que l’his­toire de GRDF n’est pas simple. Créée en dé­cembre 2007 dans le cadre de l’ou­ver­ture à la concur­rence des mar­chés de l’éner­gie im­po­sée par l’union eu­ro­péenne, l’ac­ti­vi­té de la so­cié­té existe en fait de­puis plus de 60 ans. Hé­ri­tiers de L’EX-EDF-GDF, les ac­ti­vi­tés de dis­tri­bu-

tion de l’éner­gie ont été ain­si confiées à Ene­dis (EX-ERDF) pour l’élec­tri­ci­té et à GRDF pour le gaz na­tu­rel en tant que fi­liales neutres, im­par­tiales et in­dé­pen­dantes de leurs mai­sons mères res­pec­tives, EDF et En­gie (ex-gdf-suez). Ré­sul­tat, les sys­tèmes d’in­for­ma­tion de ces so­cié­tés res­tent très im­bri­qués. GRDF par­tage, par exemple, des briques dans le do­maine des res­sources hu­maines avec Ene­dis, hé­ri­tées de son pas­sé avec EDF. Pa­ral­lè­le­ment, une par­tie de ses ap­pli­ca­tions sont en­core struc­tu­rel­le­ment rat­ta­chées à En­gie.

Faute d’avoir la main sur des pans en­tiers de son sys­tème d’in­for­ma­tion, GRDF a donc op­té pour une ap­proche peu in­tru­sive de la conso­li­da­tion. Les in­for­ma­tions sont ex­traites au for­mat brut des ap­pli­ca­tions. Puis, en ap­pui sur L’ETL d’in­for­ma­ti­ca et le MDM ( mas­ter da­ta ma­na­ge­ment) de Se­mar­chy, elles sont net­toyées, mises en qua­li­té et en­ri­chies par des don­nées ache­tées ou pro­ve­nant de par­te­naires avant d’être sto­ckées dans un en­tre­pôt re­grou­pant no­tam­ment les don­nées de ré­fé­rence. En soi, cette première étape consti­tue dé­jà un chan­tier co­los­sal, GRDF de­vant à cette oc­ca­sion mettre en place un vo­ca­bu­laire com­mun. « Ty­pi­que­ment, il nous a fal­lu beau­coup d’échanges pour nous mettre d’ac­cord sur la dé­fi­ni­tion de ce qu’est un client, no­tion en théo­rie pour­tant simple » , ex­plique Isa­belle Va­nouche.

Par al l è l e ment, la so c i é t é s’e s t do­tée d’une in­fra­struc­ture de don­nées spa­tiales, d’un ré­fé­ren­tiel do­cu­men­taire et, dans le cadre de sa po­li­tique open da­ta, d’une pla­te­forme pour dif­fu­ser les don­nées ou­vertes re­po­sant sur les so­lu­tions d’openDa­ta­soft. L’en­semble est hé­ber­gé sur l’in­fra­struc­ture Exa­da­ta d’oracle. « Nous n’ex­cluons pas l’hy­po­thèse Ha­doop, re­marque Isa­belle Va­nouche, mais nos don­nées étant ma­jo­ri­tai­re­ment struc­tu­rées ou se­mi-struc­tu­rées, nous n’en voyons pas l’uti­li­té dans l’im­mé­diat » .

Deux ans après le lan­ce­ment de Po­sei­don, la so­cié­té compte dé­jà huit pro­jets en pro­duc­tion qui ex­ploitent le socle. Elle tra­vaille ac­tuel­le­ment sur 16 autres et en a dé­jà iden­ti­fié 10 nou­veaux qu’elle compte dé­ve­lop­per dans les pro­chains mois. Dans une lo­gique de da­ta­lake, GRDF n’at­taque pas di­rec­te­ment son socle de don­nées, pré­fé­rant consti­tuer des da­ta­marts par pro­jet. Une ap­proche qu’elle ap­plique éga­le­ment à ses « bacs à sable », es­paces per­met­tant le char­ge­ment de don­nées par les mé­tiers à des fins ex­pé­ri­men­tales. Équi­pés des

ou­tils de da­ta­viz de Mi­cros­tra­te­gy ou de Ta­bleau Soft­ware se­lon les be­soins et contraintes de l’ana­lyse, les col­la­bo­ra­teurs ont ain­si gagné en au­to­no­mie tout en ayant la pos­si­bi­li­té de par­ti­ci­per au pro­ces­sus d’in­no­va­tion de la so­cié­té.

Pa­ral­lè­le­ment, GRDF a créé un da­ta­lab qui ex­ploite éga­le­ment le socle pour me­ner des ex­pé­ri­men­ta­tions. « Nous par­tons des ques­tions sou­le­vées par les mé­tiers avec un pro­ces­sus clai­re­ment dé­fi­ni, pré­cise Paul Four­nier, res­pon­sable veille, in­no­va­tion et da­ta­lab de GRDF. Nous iden­ti­fions les KPI bu­si­ness qui vont nous per­mettre de sa­voir si le ré­sul­tat ob­te­nu est per­ti­nent. Si nous nous oc­troyons sans pro­blème le droit à l’er­reur, nous es­sayons de faire en sorte d’échouer ra­pi­de­ment afin de ne pas perdre de temps sur quelque chose qui ne marche pas. Une ap­proche par ité­ra­tion et du “fail fast” très na­tu­relle chez GRDF, hé­ri­tée des méthodes agiles que nous pra­ti­quons de longue date » . Pour me­ner à bien ce pro­jet de da­ta­lab, GRDF s’est ap­puyée sur une équipe de 6 da­ta scien­tists, re­cru­tés pour l’es­sen­tiel en in­terne, et les ou­tils de Da­tai­ku. En moyenne, se­lon Paul Four­nier, seule­ment un pro­jet sur trois abou­tit. Les causes d’échec va­rient entre de mau­vais al­go­rithmes et des ques­tions mal po­sées. Mais au bout de trois ans, l’équipe compte dé­jà quelques suc­cès no­tables dont la ca­pa­ci­té à pré­dire la perte po­ten­tielle d’un client ou en­core à mieux gé­rer le ca­pa­ci­ty plan­ning de ses centres d’ap­pel « Ur­gence Sé­cu­ri­té Gaz ». « Un simple chan­ge­ment d’al­go­rithme nous a per­mis d’amé­lio­rer la pré­vi­sion des charges des centres d’ap­pel de 15 % » , sou­ligne le res­pon­sable du da­ta­lab. Der­niè­re­ment, l’équipe s’est aus­si lan­cée dans le ma­chine lear­ning pour vé­ri­fier la con­for­mi­té ré­gle­men­taire de ses don­nées avec le RGPD. Cer­taines ap­pli­ca­tions contiennent des champs de com­men­taire libre, rem­plis par nos col­la­bo­ra­teurs en contact avec les clients. « Notre ob­jec­tif était de vé­ri­fier qu’ils ne conte­naient pas d’in­for­ma­tions en­trant dans le cadre de l’élar­gis­se­ment du concept de don­nées per­son­nelles à de nou­veaux élé­ments in­tro­duits par le RGPD, ex­plique Paul Four­nier. Dans un pre­mier temps, nous avons ob­te­nu beau­coup de faux-positifs » . Les ré­sul­tats ont été vé­ri­fiés ma­nuel­le­ment, un par un, sur un échan­tillon de don­nées et ré­in­jec­tés dans notre ou­til, ce qui lui a per­mis d’ap­prendre. « À par­tir de là, il a été très ef­fi­cace et nous en­vi­sa­geons au­jourd’hui d’étendre l’ana- lyse à l’en­semble de nos bases com­por­tant des champs libres. À terme, elle se­ra même pra­ti­quée en temps réel, em­pê­chant ain­si tout stockage de don­nées non conformes », pré­voit Paul Four­nier.

En­fin, le socle est éga­le­ment des­ti­né à des usages ex­ternes, qu’il s’agisse de par­ta­ger des don­nées avec des par­te­naires, des four­nis­seurs, des col­lec­ti­vi­tés, les pou­voirs pu­blics, des clients ou de les ex­po­ser dans le cadre de l’open da­ta. L’en­semble des ac­cès est gé­ré par un da­ta hub, re­grou­pant des ou­tils pour sé­cu­ri­ser les ac­cès. Afin de gagner en agi­li­té et ré­ac­ti­vi­té, GRDF a en ef­fet adop­té la pu­bli­ca­tion D’API pour don­ner ac­cès à ses don­nées et donc mis en place la pla­te­forme D’API ma­na­ge­ment d’ax­way. De la même fa­çon, elle a adop­té le BPM d’ap­pian pour mo­dé­li­ser les pro­ces­sus in­ternes d’ac­cès aux don­nées et dé­ployé des ou­tils de type SSO pour sé­cu­ri­ser l’en­semble.

S’ins­cri­vant au coeur de la stra­té­gie de l’en­tre­prise, Po­sei­don et ses ra­mi­fi­ca­tions res­tent un pro­jet ini­tié par une di­rec­tion gé­né­rale qui fixe le cap d’une am­bi­tion di­gi­tale af­fir­mée. Très im­pli­quée, la DSI ap­plique la feuille de route. Pour l’heure, GRDF n’a pas en­core de chief di­gi­tal of­fi­cer (CDO). Et elle n’en au­ra peut-être ja­mais avec cet in­ti­tu­lé. « Nous y ré­flé­chis­sons, re­con­naît tou­te­fois Thien Than Trong, mais pas for­cé­ment sous la forme d’un CDO, fonc­tion qui de notre point de vue est trop rat­ta­chée à des no­tions de pou­voir. Or, au re­gard des en­jeux de la da­ta qui sont mul­tiples, la ques­tion de la co­or­di­na­tion re­lève moins du pou­voir que du rôle at­tri­bué à la fonc­tion, et c’est pré­ci­sé­ment sur ce point que porte ac­tuel­le­ment notre ré­flexion » .•

Ma­rie Va­ran­dat

Chez GRDF pas de mur di­gi­tal, de hub col­la­bo­ra­tif et autre ar­ti­fice pour flui­di­fier la col­la­bo­ra­tion. Fait de post-it et de fils de laine ti­rés sur le long d’un mur blanc, le « lo­gi­ciel de ges­tion des pro­jets » ne manque pas de pi­ment…et d’ef­fi­ca­ci­té.

Isa­belle Va­nouche, res­pon­sable du pôle don­nées.

Une ar­chi­tec­ture cou­vrant tous les en­jeux de la da­ta

Pen­sée pour per­mettre l’ac­cès à la donnée en au­to­no­mie par­tielle ou to­tale au plus grand nombre, gé­rer les pro­jets au­tour de la donnée et mettre en oeuvre des so­lu­tions in­no­vantes, l’ar­chi­tec­ture du socle de don­nées couvre à la fois les en­jeux in­ternes et ex­ternes de la donnée.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.