AU­DITS LO­GI­CIELS : LA RÉ­SIS­TANCE S’OR­GA­NISE!

IT for Business - - LA UNE -

Les au­dits de con­for­mi­té ont pour but de vé­ri­fier l’adé­qua­tion entre les contrats, l’ins­tal­la­tion et l’uti­li­sa­tion des lo­gi­ciels. Pour les en­tre­prises, ils sont de­ve­nus un point d’achop­pe­ment sen­sible avec leurs four­nis­seurs ma­jeurs. De­puis quelque temps, elles s’or­ga­nisent pour pal­lier les risques ju­ri­diques et fi­nan­ciers.

De­puis quatre ou cinq ans, les au­dits lo­gi­ciels sont de­ve­nus plus “mus­clés”. Ils re­pré­sentent dé­sor­mais un risque ju­ri­dique et fi­nan­cier consé­quent. Ils sont au­jourd’hui l’une des pré­oc­cu­pa­tions ma­jeures des DSI » , as­sure Ch­ris­tophe Le­ray, DSI du PMU. « Les au­dits sont plus agres­sifs » , confirme Éric De­wilde, di­rec­teur Li­cen­sing et In­no­va­tion au Cré­dit Agri­cole. Un constat d’ac­tua­li­té dans la plu­part des grandes en­tre­prises. « C’est ef­fec­ti­ve­ment une ques­tion d’ac­tua­li­té pour les adhé­rents » , re­con­naît Hen­ri d’agrain, se­cré­taire gé­né­ral du Ci­gref. Un dur­cis­se­ment qui s’ac­com­pagne d’une aug­men­ta­tion no­table de leur fré­quence. « IBM nous a an­non­cé qu’il al­lait en faire tous les trois ans » , dé­taille Ch­ris­tophe Le­ray. Alors que, dans cer­tains cas, au­cun au­dit n’avait été ef­fec­tué de­puis l’ins­tal­la­tion des lo­gi­ciels. « 100 % des grandes so­cié­té ont été au­di­tées au moins une fois en 2016 » , confirme Ni­co­las Rous­seau, consul­tant prin­ci­pal chez Flexe­ra, un édi­teur spé­cia­li­sé dans le Soft­ware As­set Ma­na­ge­ment (SAM).

Ce su­jet contrac­tuel et par na­ture confi­den­tiel res­sort pour une rai­son simple. Le dur­cis­se­ment comme l’aug­men­ta­tion de la fré­quence s’ac­com­pagnent pa­ral­lè­le­ment d’une aug­men­ta­tion sen­sible des sanc­tions fi­nan­cières. Dia­geo s’est vu in­fli­gé par la jus­tice an­glaise une amende re­cord de 64 M€ en dé­but d’année dans le cadre d’un li­tige l’op­po­sant à SAP. En France, Oracle a lan­cé une pro­cé­dure contre Car­re­four et l’af­pa pour non res­pect de la con­for­mi­té. Et, contrai­re­ment à la jus­tice outre-manche, s’est vu dé­bou­té par les juges fran­çais qui, ap­pa­rem­ment, n’ont pas ap­pré­cié l’ap­proche de l’édi­teur. « Je suis si­dé­ré par le mon­tant des condam­na­tions aux dé­pens » , sou­ligne Alexandre Diehl, avo­cat dont une par­tie crois­sante des in­ter­ven­tions tient à cette ac­ti­vi­té. De

fa­çon gé­né­rale, « les amendes montent sou­vent à trois fois le ta­rif pu­blic, mul­ti­plié par cinq an­nées » , note Éric De­wilde. Alexandre Diehl a vu en­trer dans son ca­bi­net une quin­zaine d’en­tre­prises sur ce su­jet l’an der­nier. Plus glo­ba­le­ment, Hen­ri d’agrain, dé­lé­gué gé­né­ral du Ci­gref, juge que : « la re­la­tion de confiance entre les four­nis­seurs et les ache­teurs s’est dé­gra­dée ces der­nières an­nées » .

PROTÉGER LA PRO­PRIÉ­TÉ IN­TEL­LEC­TUELLE DES GRANDS ÉDITEURS

Ces au­dits re­posent bien sûr sur une no­tion in­con­tes­table. « Der­rière la non-con­for­mi­té se cache une at­teinte au droit de la pro­prié­té in­tel­lec­tuelle de l’édi­teur » , rap­pelle Quang-minh Le­pes­cheux, pré­sident de BSA France, une as­so­cia­tion in­ter­na­tio­nale re­grou­pant une cen­taine d’éditeurs par­mi les plus im­por­tants. Qui ajoute : « la der­nière étude pour la France es­time à 34 % cette non-con­for­mi­té pour l’ins­tal­la­tion des lo­gi­ciels. Un taux éle­vé à l’échelle eu­ro­péenne » . L’étude ne pré­cise pas les pour­cen­tages pour le grand pu­blic et pour les en­tre­prises. BSA évan­gé­lise donc les uti­li­sa­teurs à tra­vers des ac­tions de sen­si­bi­li­sa­tion ou de pré­ven­tion. « Nous pré­ve­nons des so­cié­tés uti­li­sa­trices des risques en­cou­rus, par­ti­cu­liè­re­ment en ma­tière de cy­ber­sé­cu­ri­té, ajoute Quang-minh Le­pes­cheux. Il s’agit aus­si de lut­ter contre la concur­rence dé­loyale entre les en­tre­prises qui uti­lisent les lo­gi­ciels sans payer et les autres » . BSA ne s’im­misce pas dans les né­go­cia­tions ou conten­tieux entre un édi­teur et un client. Mais, pro­prié­té in­tel­lec­tuelle ou pas, tous les éditeurs ne sont pas à la même en­seigne.

Cet état des lieux concerne très ma­jo­ri­tai­re­ment les grands éditeurs. Rap­port de force « oblige », « nous sommes plus confron­tés à des pro­blèmes de dé­lais de paie­ment avec nos grands clients qu’à des ques­tions d’au­dits » , sou­ligne en sou­riant Alain Gar­nier, pré­sident d’efel Po­wer, une as­so­cia­tion re­grou­pant une cen­taine d’éditeurs. Et pour d’autres, la ques­tion ne se pose pas, de par les choix tech­niques dé­diés au contrôle des li­cences. Di­ri­geant de la fi­liale fran­çaise de Co­march, édi­teur D’ERP po­lo­nais, Ar­ka­diusz Il­gows­ki ex­plique : « contrac­tuel­le­ment, la pos­si­bi­li­té d’au­dit est pré­vue, mais ce n’est pas l’es­prit. Les dif­fé­rents mo­dules de L’ERP em­barquent un comp­teur per-

met­tant de cal­cu­ler en temps réel la consom­ma­tion des li­cences. Les clients peuvent éga­le­ment ac­cé­der au comp­teur et contrô­ler leur consom­ma­tion » . Pour d’autres so­lu­tions D’EDI et de midd­le­ware, Co­march ta­ri­fie à la tran­sac­tion. Des ap­proches qui évitent dès le dé­part des dé­ra­pages im­por­tants, en par­ti­cu­lier lorsque les éditeurs pro­posent leurs lo­gi­ciels en ins­tal­la­tion libre. Si l’on en croit de ré­cents rap­ports de Gart­ner comme de Flexe­ra, quatre gros éditeurs — IBM, Mi­cro­soft, Oracle, SAP — re­pré­sentent à eux seuls la plus grosse part du risque pour les DSI. Avec des dif­fé­rences quant aux modes d’ac­tion. Mi­cro­soft a mul­ti­plié les ac­tions de­puis quelques an­nées. Cô­té IBM, si la fré­quence est net­te­ment moindre, la note qui suit un au­dit est sa­lée. Cô­té SAP, « l’in­ten­si­té des au­dits s’ac­cé­lère de­puis deux ans, fai­sant cou­rir des risques aux clients » , sou­ligne Claude Mol­ly-mit­ton, pré­sident de L’USF (Uti­li­sa­teurs de SAP fran­co-

phones). Con­tac­tés, ces éditeurs n’ont pas pu ou n’ont pas sou­hai­té nous ré­pondre sur ce su­jet. Une liste non li­mi­ta­tive : SAS Ins­ti­tute, VMWARE/EMC et quelques autres suivent le même che­min. Tan­dis que d’autres semblent moins agres­sifs : « Nous avons de bons rap­ports avec Tib­co » , sou­ligne Ch­ris­tophe Le­ray.

UNE MANNE FI­NAN­CIÈRE

Les rai­sons de ce dur­cis­se­ment sont fa­ci­le­ment ima­gi­nables. Di­ri­geant de SAP, Mau­rice Ge­ne­voix a re­con­nu que les au­dits gé­né­raient entre 10 et 30 % du chiffre d’affaires de l’édi­teur. Pour un autre édi­teur, qui pré­fère res­ter ano­nyme, « les au­dits re­pré­sentent au­tour de 60 % du chiffre d’affaires d’oracle France hors ac­ti­vi­té ser­vices. Au ni­veau eu­ro­péen, ce pour­cen­tage est de l’ordre de 50 % » . « Le mar­ché est pas­sé du stade de l’équi­pe­ment à du re­nou­vel­le­ment » , ex­plique de son cô­té Ni­co­las Rous­seau de Flexe­ra. Pour conti­nuer à se dé­ve­lop­per ou, a mi­ni­ma, à main­te­nir leur marges, les grands éditeurs misent donc sur les au­dits qui re­pré­sentent dé­sor­mais une par­tie consé­quente de leur CA. En outre, le re­tour sur in­ves­tis­se­ment des au­dits est phé­no­mé­nal. De là, à ima­gi­ner que la marge des grands éditeurs re­pose au­jourd’hui ma­jo­ri­tai­re­ment sur les au­dits… « Le mar­ché du lo­gi­ciel connaît

une crois­sance au­tour de 3 % alors que la bourse de­mande des ré­sul­tats de l’ordre de 7 à 8 %. Les au­dits sont un moyen évident de faire la dif­fé­rence » , étaye Éric De­wilde. Pour Claude Mol­ly-mit­ton, « L’USF pense que les au­dits font par­tie du bu­si­ness mo­del SAP » .

UN FLOU JU­RI­DIQUE

La dé­me­sure des consé­quences fi­nan­cières de ces au­dits tient d’abord à des ques­tions ju­ri­diques. Les re­la­tions entre les éditeurs et les four­nis­seurs sont ré­gies par des contrats et, plus pré­ci­sé­ment en ce qui concerne les lo­gi­ciels, par des droits d’usage ou d’uti­li­sa­tion. « En droit fran­çais, les re­la­tions contrac­tuelles peuvent conte­nir n’im­porte quelle clause » , rap­pelle Alexandre Diehl. « Les contrats de­meurent peu ma­tures » , ajoute Éric De­wilde. Et c’est sou­vent jus­te­ment au ni­veau des clauses liées à l’au­dit que le bât blesse. Pour Alexandre Diehl : « Les clauses d’au­dit sont tou­jours à la fin [du con­trat] et ré­di­gées de fa­çon très large, voire très vague. En par­ti­cu­lier, elles ne pré­cisent pas la mé­tho­do­lo­gie uti­li­sée dans le cadre des au­dits. Ce qui re­vient en pra­tique à au­to­ri­ser les au­di­teurs à contrô­ler ce qu’ils veulent » . Cer­taines en­tre­prises ont re­pris en main cet as­pect. « Au Cré­dit Agri­cole, nous tra­vaillons sur chaque clause. Par exemple, pour pré­ci­ser que le ca­bi­net d’au­dit se­ra dé­si­gné com­mu­né­ment et non par le seul four­nis­seur » , dé­taille Éric De­wilde. Autre point d’achop­pe­ment, les contrats re­lèvent par­fois du droit an­glo-saxon, « ce qui im­plique que toutes les don­nées peuvent être trans­mises à la NSA, sou­ligne Éric De­wilde, alors que nous avons la chance en France de dis­po­ser d’une ré­gle­men­ta­tion sur ces usages » . Point en­core plus li­ti­gieux, les clauses peuvent même évo­luer de fa­çon uni­la­té­rale et pen­dant la pé­riode contrac­tuelle. Pour Quang-minh Le­pes­cheux, « les règles de li­cence sont par­fois com­plexes et changent. Du fait de cette évo­lu­tion du cadre contrac­tuel, le client se re­trouve dans des si­tua­tions de non-con­for­mi­té. Il lui ap­par­tient donc de suivre ces évo­lu­tions contrac­tuelles » . Cô­té DSI, le constat de base est si­mi­laire, mais les conclu­sions quelque peu dif­fé­rentes. Pour Hen­ri d’agrain, « les condi­tions d’uti­li­sa­tion se sont com­plexi­fiées. En outre, avec quelques éditeurs, les clauses peuvent évo­luer in­dé­pen­dam­ment du con­trat. En consé­quence, les DSI courent un risque ju­ri­dique per­ma­nent » . Cas par­ti­cu­liè­re­ment sen­sible, les

« ac­cès in­di­rects », dans les contrats pas­sés avec SAP, laissent la porte ou­verte à des in­ter­pré­ta­tions di­verses. Et, au-de­là, posent la ques­tion de la pro­prié­té des don­nées. Ap­par­tiennent-elles à l’édi­teur ou à l’uti­li­sa­teur ?

ET UNE GES­TION DES LO­GI­CIELS INSUFFISANTE

Outre les fac­teurs ju­ri­diques, les risques en­cou­rus re­posent aus­si sur un manque de vi­si­bi­li­té des DSI sur leurs ac­tifs lo­gi­ciels. À leur dé­charge, les grandes en­tre­prises ont sou­vent vé­cu de­puis les der­nières an­nées fu­sions, ac­qui­si­tions et autres mo­di­fi­ca­tions ma­jeures de leur or­ga­ni­sa­tion. Le seul main­tien en condi­tion opé­ra­tion­nelle des sys­tèmes d’in­for­ma­tion n’a pas fa­ci­li­té cette ges­tion. S’y ajoute la com­plexi­té spé­ci­fique liée au SAM, à la ges­tion des ac­tifs lo­gi­ciels, dans les en­tre­prises. Une tâche ar­due de par le nombre de lo­gi­ciels qui em­pêchent toute dé­marche ma­nuelle pour l’étape d’in­ven­taire. « Cas ty­pique, une en­tre­prise de 30 000 col­la­bo­ra­teurs, ce­la re­pré­sente en moyenne 300 éditeurs et 2 000 pro­duits, sans comp­ter

les dif­fé­rentes ver­sions » , énu­mère Ni­co­las Rous­seau de Flexe­ra. Et quand les ou­tils char­gés de re­cen­ser existent, ils sont sou­vent li­mi­tés à un type d’ap­pli­ca­tifs, à un dé­par­te­ment…avant la mise en oeuvre du pro­gramme Paddle (Pro­gramme d’au­to­ma­ti­sa­tion des droits des li­cences et échanges) au Cré­dit Agri­cole, pas moins de 18 sys­tèmes dif­fé­rents de me­sure dé­diés aux ac­tifs lo­gi­ciels étaient uti­li­sés. Autre fac­teur, le manque de com­mu­ni­ca­tion entre les dif­fé­rents ser­vices des en­tre­prises com­plique la donne. Don­ner au DSI un état pré­cis du risque sup­pose non seule­ment d’in­ven­to­rier, mais aus­si de ré­con­ci­lier ces don­nées avec les clauses ju­ri­diques des contrats. Pour toutes ces rai­sons, le SAM reste sou­vent ar­ti­sa­nal et n’est pas gé­ré à l’échelle glo­bale de l’en­tre­prise. « Un constat en évo­lu­tion, car toutes les en­tre­prises du CAC 40 ont un pro­jet en cours » , pon­dère Ni­co­las Rous­seau.

UN IN­VEN­TAIRE ULTRA-SEN­SIBLE

Quand l’au­dit est ini­tié, le choix d’un ou­til char­gé d’in­ven­to­rier l’exis­tant s’im­pose. Si chaque ac­teur me­nant l’au­dit dis­pose de sa boîte à ou­tils, des éditeurs in­dé­pen­dants ont créé des lo­gi­ciels spé­ci­fiques, à par­tir de la mise à jour qua­si quo­ti­dienne d’une base de don­nées d’em­preintes cor­res­pon­dant à au­tant de ver­sions de lo­gi­ciels — « des di­zaines de mil­lions, à par­tir de 210 000 ma­jeurs » , pré­cise Ni­co­las Rous­seau. L’ou­til de cet édi­teur ré-éva­lue tous les jours cet exis­tant à par­tir de sa bi­blio­thèque. « Il me­sure entre autres l’uti­li­sa­tion des em­preintes » , ajoute Ni­co­las Rous­seau. L’in­ven­taire fait l’ob­jet de rap­ports qui sont, ou non, re­con­nus par le com­man­di­taire de l’au­dit. Les contrats n’im­posent en gé­né­ral pas d’ou­til spé­ci­fique. Il reste donc au four­nis­seur et à son client à s’en­tendre sur le choix de ce­lui-ci. Ch­ris­tophe Le­ray du PMU énonce : « Nous avons pour po­li­tique de ne pas ins­tal­ler les ou­tils des éditeurs, mais des so­lu­tions tierces » . Même dé­marche au Cré­dit Agri­cole. « Nous n’avons pas ac­cep­té l’uti­li­sa­tion D’ILMT D’IBM. L’ou­til avan­ta­geait son pro­prié­taire » , ex­plique Éric De­wilde. « Ar­rê­tez de me dire que je consomme plus d’élec­tri­ci­té, car vous ne m’avez pas don­né de comp­teur » , as­sène-t-il. Pour Quang-minh Le­pes­cheux, « contrac­tuel­le­ment, on ne peut pas im­po­ser un ou­til. Si le client le re­fuse, il doit pro­po­ser un équi­valent qui four­nisse la res­ti­tu­tion des lo­gi­ciels dé­ployés » . Les grands éditeurs ac­ceptent sou­vent l’uti­li­sa­tion d’ou­tils tiers. Pour des rai­sons di­verses. Il peut s’agir, comme c’était le cas chez IBM, de pal­lier aux dé­fi­ciences d’ou­tils vieillis­sants. Con­crè­te­ment, « il n’existe pas à pro­pre­ment par­ler d’agré­ment, mais une po­li­tique propre à chaque grand édi­teur. Cer­tains ac­ceptent les rap­ports d’au­dits que nous pro­dui­sons, d’autres prennent les don­nées brutes », ex­plique Ni­co­las Rous­seau. À ce jour et à notre connais­sance, au­cune norme, au­cun stan­dard ne pré­cise le fonc­tion­ne­ment de ces ou­tils. « C’est un su­jet in­té­res­sant » , re­con­naît Hen­ri d’agrain.

LA RÉ­SIS­TANCE S’OR­GA­NISE…

Au-de­là des seules né­go­cia­tions, la ré­sis­tance s’or­ga­nise. Au Cré­dit Agri­cole, le pro­jet Paddle a eu pour but de conso­li­der la vi­sion du parc lo­gi­ciel. Éta­lé sur 16 mois, ce pro­jet a conso­li­dé un in­ven­taire de 100 % des lo­gi­ciels, des ter­mi­naux et des contrats pour le top 50 des éditeurs. Il de­vrait au pas­sage bais­ser la note des li­cences, qui re­pré­sente pas moins de 330 M€ par an pour le groupe. « Les éco­no­mies de­vraient être de l’ordre de 10 % » , es­time Éric De­wilde. Le pro­jet

a éga­le­ment pour but de don­ner une vi­sion ex­haus­tive sur les contrats, sur l’iden­ti­fi­ca­tion et la me­sure des be­soins, ain­si qu’une si­mu­la­tion des chan­ge­ments (mé­triques, confi­gu­ra­tion…). « En somme, de mieux maî­tri­ser les coûts et les risques » , ré­sume Éric De­wilde. Au PMU, Ch­ris­tophe Le­ray a fait le choix « de re­ce­voir di­gne­ment les au­di­teurs D’IBM ou de Mi­cro­soft en met­tant en place une so­lu­tion de SAM. Ré­sul­tat, bien qu’iden­ti­fié avec un risque de 1 M€, le der­nier au­dit n’a don­né lieu à au­cun re­dres­se­ment » . Un autre édi­teur vou­lait lan­cer un au­dit. Quand il ap­prit que le PMU avait mis en place une so­lu­tion de SAM, il n’a plus don­né signe de vie. Outre la mise en place d’ou­tils, la créa­tion d’un poste spé­ci­fique char­gé du SAM ap­pa­raît in­dis­pen­sable. Ce der­nier a pour fonc­tion de co­or­don­ner le ser­vice ju­ri­dique, les achats et la DSI. « Un rôle qui, pour être ef­fi­cace, né­ces­site de rap­por­ter di­rec­te­ment à la di­rec­tion gé­né­rale » , in­siste Éric De­wilde. Pa­ral­lè­le­ment aux ini­tia­tives in­di­vi­duelles, les DSI par­tagent de plus en plus leurs dé­mê­lés et s’or­ga­nisent. Re­flet de cette ten­dance, les as­so­cia­tions et autres grou­pe­ments pro­fes­sion­nels montent au cré­neau. « C’est une ques­tion de di­men­sion in­ter­na­tio- nale » , es­time Hen­ri d’agrain. Dans cette lo­gique, EuROCIO dé­ve­loppe les contacts avec les éditeurs au plus haut ni­veau. Dans le même es­prit, L’USF a sol­li­ci­té le Su­gen, une or­ga­ni­sa­tion in­ter­na­tio­nale re­grou­pant les 20 clubs d’uti­li­sa­teurs de SAP les plus im­por­tants suite au ju­ge­ment an­glais ren­du contre Dia­geo.

DES PORTES DE SORTIE…

Dans la plu­part des cas, les né­go­cia­tions ne vont pas jus­qu’au conten­tieux. « Sou­vent, les au­dits de li­cences se concluent par une né­go­cia­tion, as­sure Alexandre Diehl. Au bout d’une ou deux réunions, il ap­pa­raît sou­vent que les in­ter­lo­cu­teurs fran­çais n’ont pas de pou­voir de dé­ci­sion. Les ac­cords se né­go­cient avec les res­pon­sables amé­ri­cains ou al­le­mands qui mettent sou­vent la pres­sion pour si­gner en ur­gence », ajoute iro­ni­que­ment l’avo­cat. Dans cer­tains cas, la si­tua­tion pousse les en­tre­prises à bas­cu­ler vers de l’open source. Au PMU, « nous avons rem­pla­cé Oracle par MYSQL pour cer­taines ap­pli­ca­tions. Les pro­jec­tions fi­nan­cières dé­mon­traient une ex­plo­sion des coûts au bout de 7 à 8 ans » , as­sure Ch­ris­tophe Le­ray. Dans d’autres, elles peuvent être à la base de re­la­tions un peu plus se­reines ou au moins d’un ré­équi­li­brage des re­la­tions com­mer­ciales. Il s’agit glo­ba­le­ment de re­trou­ver la confiance. « Nous al­lons oeu­vrer pour la res­tau­rer » , as­sure Hen­ri d’agrain.

… ET DES EFFETS SECONDAIRES POSITIFS

« La mise en place de Paddle nous per­met de cré­di­bi­li­ser notre dé­marche li­cen­sing face aux éditeurs » , ex­plique Éric De­wilde. Outre le but re­cher­ché, la mise en place d’une vé­ri­table SAM se tra­duit aus­si par des éco­no­mies cô­té en­tre­prises. « La re­vente des li­cences d’oc­ca­sion est une source de gains sub­stan­tiels et peut re­pré­sen­ter jus­qu’à un tiers d’économie du to­tal » , as­sure Éric De­wilde. À condi­tion tou­te­fois que le con­trat au­to­rise cette re­vente… Autre source d’économie : la ra­tio­na­li­sa­tion, par la connais­sance de l’uti­li­sa­tion des lo­gi­ciels et l’op­ti­mi­sa­tion des types de li­cence pro­po­sés par l’édi­teur. Ce­la de­vient même une dé­marche in­dis­pen­sable du fait que la vir­tua­li­sa­tion et le cloud in­duisent de nou­veaux cal­culs. En dé­but d’année, Oracle a par exemple an­non­cé une mo­di­fi­ca­tion de ses règles de li­cen­cing sur AWS. Chaque pro­ces­seur vir­tuel VCPU qui se voyait ap­pli­qué au­pa­ra­vant un fac­teur mi­no­rant de 0,5 compte dé­sor­mais pour 1. Ce qui, en d’autres mots, re­vient à dou­bler les coûts sur le cloud. De quoi faire fré­mir quelques DSI et re­la­ti­vi­ser l’intérêt, si­non tech­nique, du moins fi­nan­cier de l’aban­don du modèle on pre­mise dans cer­tains cas. Les mo­dèles de ta­ri­fi­ca­tion ap­pli­qués aux ob­jets connec­tés vont éga­le­ment com­pli­quer leur tâche. Nous au­rons l’oc­ca­sion de re­ve­nir pro­chai­ne­ment sur le su­jet. • Pa­trick Bré­bion

« Ar­rê­tez de me dire que je consomme plus d’élec­tri­ci­té [les li­cences], car vous ne m’avez pas don­né de comp­teur! » Éric De­wilde, di­rec­teur Li­cen­sing et in­no­va­tion au Cré­dit Agri­cole

« Les au­dits sont au­jourd’hui l’une des pré­oc­cu­pa­tions ma­jeures des DSI » Ch­ris­tophe Le­ray, DSI du PMU

« Nous al­lons oeu­vrer pour res­tau­rer la confiance » Hen­ri d’agrain, se­cré­taire gé­né­ral du Ci­gref

« Les clauses d’au­dit sont tou­jours à la fin [du con­trat] et ré­di­gées de fa­çon très large, voire très vague. En par­ti­cu­lier, elles ne pré­cisent pas la mé­tho­do­lo­gie uti­li­sée dans le cadre des au­dits » Alexandre Diehl, avo­cat

« Les règles de li­cences sont par­fois com­plexes et changent… Il ap­par­tient au client de suivre ces évo­lu­tions contrac­tuelles ». Quang-minh Le­pes­cheux, pré­sident de BSA France

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