Le nu­mé­rique comme un sport de com­bat

S’étant spé­cia­li­sé en in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle à la fin de ses études, Pierre Ce­sa­ri­ni a dé­ve­lop­pé ses com­pé­tences dans de nom­breux do­maines, de la fi­nance au mar­ke­ting en pas­sant par le ma­na­ge­ment. Une dé­marche qui s’est ac­com­pa­gnée de suc­cès en­tre­prene

IT for Business - - PORTRAIT -

Jai beau­coup pra­ti­qué de sports de com­bats : boxe fran­çaise, ka­ra­té, ju­do… J’ai ar­rê­té la com­pé­ti­tion de­puis peu » , dé­crit tran­quille­ment Pierre Ce­sa­ri­ni, PDG du groupe Avan­quest, qu’il vient de re­nom­mer Cla­ra­no­va. Un goût pour le com­bat et pour l’excellence qui est ap­pa­rem­ment une tra­di­tion fa­mi­liale. Son aî­né fait éga­le­ment de la com­pé­ti­tion spor­tive et tra­vaille chez Google en Ir­lande. Dans un autre re­gistre, son deuxième fils, chan­teur d’opé­ra pro­fes­sion­nel, « doit être l’un des meilleurs ba­ry­tons de France de son âge » , sou­ligne avec fier­té notre in­ter­lo­cu­teur, qui a oeu­vré toute sa car­rière dans le nu­mé­rique avec la même fougue et le même suc­cès.

Pas­sion­né dès 12 ans par les pre­miers or­di­na­teurs per­son­nels, il fait ses études su­pé­rieures à L’ENST (Te­le­com Pa­ris) et choi­sit de se spé­cia­li­ser dans l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle pour sa der­nière an­née. Pas­sion­né par le dé­ve­lop­pe­ment, il tra­vaille sur Small­talk, un des pre­miers lan­gages de pro­gram­ma­tion orien­té ob­jet. « À l’époque, je tra­vaillais aus­si sur des com­pi­la­teurs Lisp » , se sou­vient-il. Après deux an­nées en Po­ly­né­sie pour son ser­vice mi­li­taire, il frappe à la porte d’apple France. « Je pen­sais faire du dé­ve­lop­pe­ment, mais le seul poste dis­po­nible était ce­lui de chef de pro­duit, un poste mar­ke­ting » , dé­taille-t-il. Tant pis pour la tech­nique, il saute le pas. Tem­po­rai­re­ment seu­le­ment. « En 1988, nous sommes par­tis nous ins­tal­ler aux États-unis avec un contrat lo­cal et tou­jours chez Apple. » C’est l’oc­ca­sion de re­prendre la main sur la tech­nique : « Un res­pon­sable pro­duit amé­ri­cain fait bien sûr du mar­ke­ting, mais il est aus­si res­pon­sable de la R&D. » En peu de temps, il de­vient res­pon­sable du dé­ve­lop­pe­ment de Sys­tem 7, une des grandes évo­lu­tions de L’OS d’apple. Quelques an­nées passent dans la Si­li­con Val­ley, une pé­riode que notre homme met à pro­fit pour étendre ses com­pé­tences aux as­pects éco­no­miques. « En 1993-1994, Apple n’al­lait pas très bien. Il a su re­bon­dir no­tam­ment grâce à une ap­proche

« CHEZ APPLE, LE SEUL POSTE DIS­PO­NIBLE ÉTAIT CE­LUI DE CHEF DE PRO­DUIT, UN POSTE MAR­KE­TING »

mar­ke­ting » , rap­pelle-t-il. Après une di­zaine d’an­nées, la ques­tion se pose de ren­trer en France ou de perdre un peu ses re­pères cultu­rels. C’est le re­tour en France qui est choi­si.

Com­paq lui pro­pose un poste ba­sé à Mu­nich qui ne l’en­thou­siasme guère. Rom­pu à la tech­no­lo­gie comme au mar­ke­ting, Pierre Ce­sa­ri­ni hé­site un peu. « Une par­tie de mes amis avaient alors quit­té Apple et lan­çaient des start-up » , se sou­vient-il. Il com­mence à tra­vailler avec des in­ves­tis­seurs sur le dé­ve­lop­pe­ment de ces so­cié­tés. Puis, presque dans la fou­lée, crée en 1998 Tem­po­soft, un éditeur pro­po­sant des lo­gi­ciels ba­sés sur la pro­gram­ma­tion par contraintes. Son chiffre d’af­faires at­teint les 10 M€ en quelques an­nées et la so­cié­té, ap­pro­chée par Peo­ple­soft, se fait ra­che­ter par Oracle en 2005. S’il garde son ap­pé­tence pour la tech­no­lo­gie, cette aven­ture lui donne d’autres idées. « Je me suis spé­cia­li­sé dans le re­tour­ne­ment des en­tre­prises. Comment faire mon­ter des en­tre­prises gé­né­rant un CA de 5, 10 ou 30 M€ et les ame­ner à dé­pas­ser la masse critique » , ré­sume Pierre Ce­sa­ri­ni. L’idée se concré­tise ra­pi­de­ment et il est ap­pe­lé pour ai­der des so­cié­tés en dif­fi­cul­té. Pen­dant les an­nées qui suivent, il fu­sionne no­tam­ment huit so­cié­tés spé­cia­li­sées dans des lo­gi­ciels em­bar­qués pour sys­tèmes cri­tiques en une seule en­tre­prise bap­ti­sée Ate­go. Celle-ci se­ra ache­tée par PTC en 2013. Il passe la même an­née chez Avan­quest, « une so­cié­té alors do­tée d’un bon mo­teur : des bons di­ri­geants pour les fi­liales, de bons dé­ve­lop­peurs… mais qui n’avait pas réel­le­ment de vi­sion, donc d’ave­nir » , as­sène-t-il. Il dé­cide donc de l’em­me­ner sur des sec­teurs por­teurs « avec des idées simples comme l’im­pres­sion de pho­tos à par­tir de son por­table et à un ta­rif abor­dable . » Un pa­ri ga­gnant au vu du chiffre d’af­faires, 50 M€ pour le pre­mier se­mestre 2017, pour cette ac­ti­vi­té ren­table. Le pro­chain dé­fi est dé­jà lan­cé : Pierre Ce­sa­ri­ni veut po­si­tion­ner Cla­ra­no­va comme le four­nis­seur du « ja­va de l’iot » avec sa nou­velle so­lu­tion B-to-b my­de­vices. • Pa­trick Bré­bion

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