Une com­po­sante es­sen­tielle de la confiance

La cy­ber­sé­cu­ri­té et tout par­ti­cu­liè­re­ment la sé­cu­ri­té de l’in­ter­net des ob­jets de­vraient pou­voir ti­rer par­tie des avan­cées de la blo­ck­chain. Au-de­là, c’est l’en­semble de l’éco­no­mie, dans sa di­men­sion col­la­bo­ra­tive, qui pour­rait en­fin dé­col­ler.

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La cen­tra­li­sa­tion des droits, des iden­ti­fi­ca­tions et des mots de passe n’est pas sans risques. Il s’agit d’actifs for­te­ment re­cher­chés par les ha­ckers. Sans par­ler de pi­ra­tage, les dé­nis de ser­vice peuvent avoir des consé­quences très im­por­tantes, en par­ti­cu­lier dans le contexte in­dus­triel. Dis­tri­buer for­te­ment ces sys­tèmes dans une blo­ck­chain pour­rait li­mi­ter les vul­né­ra­bi­li­tés. Ce­la per­met­trait plus fa­ci­le­ment d’en au­di­ter le conte­nu, et de s’as­su­rer que des droits n’ont pas été ajou­tés à l’in­su des or­ga­ni­sa­tions. Il y a un an, Mi­cro­soft a an­non­cé sa col­la­bo­ra­tion avec deux spé­cia­listes, Blocks­tack Lab et Con­ven­sys, pour créer un pro­jet de ges­tion d’iden­ti­tés. En at­ten­dant, uport, le pro­jet open source de Con­ven­sys, est dis­po­nible en ver­sion al­pha.

Comme le dé­montrent quo­ti­dien­ne­ment les at­taques par ran­som­ware, un autre point im­por­tant en sé­cu­ri­té est la ges­tion des ar­chives. Acro­nis in­tègre dé­sor­mais dans ses so­lu­tions de sau­ve­garde — y com­pris celles des­ti­nées au grand pu­blic — un nou­veau com­po­sant dé­nom­mé No­ta­ry. Lors d’un back-up, l’em­preinte de chaque fi­chier sau­ve­gar­dé est au­to­ma­ti­que­ment ajou­tée à une blo­ck­chain, ce qui per­met de dé­tec­ter toute mo­di­fi­ca­tion ul­té­rieure du fi­chier. L’im­mua­bi­li­té de la chaîne li­mite les ten­ta­tives de contour­ne­ment mises en place par les spy­wares.

Sé­cu­ri­ser les clés nu­mé­riques pour les sys­tèmes d’im­por­tance vi­tale

Ac­tuel­le­ment, les sys­tèmes ba­sés sur une blo­ck­chain uti­lisent gé­né­ra­le­ment des porte-mon­naie élec­tro­niques pour en­re­gis­trer les clés nu­mé­riques pri­vées — chaque uti­li­sa­teur Bit­coin pos­sède sa propre clé pri­vée par exemple. Mais comme ces clés ré­sident gé­né­ra­le­ment dans des lo­gi­ciels, elles de­viennent vul­né­rables en cas de vio­la­tion du ré­seau. Des pa­rades existent. La so­lu­tion ma­té­rielle HSM de Thales per­met de conser­ver ces clés de ma­nière ex­trê­me­ment sé­cu­ri­sée. En cou­plant celle-ci avec Hy­per­led­ger Fa­bric, Ac­cen­ture pro­pose même une ar­chi­tec­ture in­té­grée, d’uti­li­sa­tion sim­pli­fiée. « Notre so­lu­tion four­nit la sé­cu­ri­té phy­sique sur la­quelle s’ap­puient les banques de­puis des dé­cen­nies pour pro­té­ger leurs fonds et les en­re­gis­tre­ments de tran­sac­tions contre les cy­ber­vo­leurs. Elle va élar­gir la voie non seu­le­ment aux banques, mais aus­si à l’ad­mi­nis­tra­tion, aux as­su­reurs, aux éta­blis­se­ments de san­té, etc., en leur per­met­tant de dé­ployer la tech­no­lo­gie blo­ck­chain dans les condi­tions du réel » , ex­plique Simon Whi­te­house, di­rec­teur gé­né­ral et res­pon­sable des tech­no­lo­gies blo­ck­chain chez Ac­cen­ture.

Un fu­tur pos­sible pour l’iot

CTO D’IBM France, Phi­lippe Bourn­ho­nesque en­vi­sage la blo­ck­chain comme un com­po­sant im­por­tant d’une pla­te­forme IOT. Dès à pré­sent, « le cas d’usage qui nous semble le plus in­té­res­sant est la ca­pa­ci­té d’en­re­gis­trer des don­nées per­ti­nentes dans une blo­ck­chain pri­vée » . Et de ci­ter deux exemples : « Des don­nées is­sues d’un de­vice mé­di­cal pour­raient être en­re­gis­trées dans une blo­ck­chain pour être par­ta­gées de ma­nière sé­cu­ri­sée avec les per­sonnes en charge de la san­té d’un pa­tient (mé­de­cin, phar­ma­cie, hô­pi­tal, la­bo­ra­toire…). Dans la lo­gis­tique, ce pour­rait être les don­nées is­sues des ob­jets et ayant un im­pact contrac­tuel ou de vi­si­bi­li­té (ou­ver­ture d’une porte d’un contai­ner, pas­sage de fron­tière, log de main­te­nance). C’est la pla­te­forme, et non l’ob­jet connec­té lui-même, qui filtre, traite, ana­lyse les mes­sages, et ne stocke dans la blo­ck­chain que les don­nées per­ti­nentes. Hy­per­led­ger Fa­bric est suf­fi­sam­ment ouvert pour pou­voir in­té­grer dif­fé­rents al­go­rithmes de consen­sus, adap­tés au cas d’usage à trai­ter ».

S enior ad­vis or open s ource et blo­ck­chain chez Wi­pro, Gilles Gra­vier ima­gine, lui, qu’il se­ra né­ces­saire de dé­pas­ser le mo­dèle des chaînes pri­vées telles que nous les connais­sons au­jourd’hui : « Des cen­taines de mil­liers de dis­po­si­tifs peuvent uti­li­ser la blo­ck­chain pour ef­fec­tuer des tran­sac­tions dans un en­vi­ron­ne­ment

de confiance. La chaîne doit être pu­blique, ne pas né­ces­si­ter de per­mis­sion, les de­vices doivent sim­ple­ment respecter un en­semble de règles. Le pro­vi­sion­ning des de­vices dans une chaîne pri­vée est com­plexe, car il faut ajou­ter ou sup­pri­mer des ob­jets en per­ma­nence. » . Et ce noeud cen­tral risque de de­ve­nir un gou­let d’étran­gle­ment. Pour lui, si la puis­sance de cal­cul des ob­jets connec­tés ne leur per­met­tra pas d’être des « mi­neurs » — ni, d’ailleurs, les opé­ra­teurs de smart contracts —, ils pour­ront sans dif­fi­cul­té être les noeuds d’en­trée de tran­sac­tions, de type Ethe­reum par exemple.

Smart grid et na­no-tran­sac­tions

La blo­ck­chain est éga­le­ment un fa­ci­li­ta­teur de pre­mier plan pour le dé­ve­lop­pe­ment des éner­gies re­nou­ve­lables et de l’éco­no­mie de par­tage. Par exemple, pro­duc­teurs et consom­ma­teurs d’élec­tri­ci­té doivent pou­voir s’échan­ger sim­ple­ment de l’éner­gie : un vé­hi­cule en sta­tion­ne­ment doit par exemple pou­voir se re­char­ger en uti­li­sant le pan­neau so­laire si­tué sur une mai­son à proxi­mi­té, tout en payant pour ce­la. Une rue de Brook­lyn teste dé­jà le pro­jet Tran­sac­tive Grid/l03 Ener­gy. En Aus­tra­lie et en Nou­velle-zé­lande, Po­wer­led­ger.io ex­pé­ri­mente éga­le­ment sa so­lu­tion. L’al­le­mand Pon­ton (Ener­chain) s’in­té­resse quant à lui à l’équi­li­brage de charge et aux échanges d’im­por­tantes quan­ti­tés d’éner­gie, qu’il s’agisse de gros pro­duc­teurs ou de gros consom­ma­teurs. Les ini­tia­tives fleu­rissent, telle la créa­tion d’une chaîne, Elec­tric­chain, re­grou­pant des in­for­ma­tions sur la pro­duc­tion de mil­liers de pan­neaux so­laires. Et il existe même une mon­naie dé­diée, So­lar­coin, aux échanges liés à l’éner­gie so­laire.

EDF s’in­té­resse éga­le­ment à ces as­pects. As­so­cié à L’IRT Sys­temx, le géant de l’élec­tri­ci­té teste dif­fé­rentes ap­proches, en se ba­sant sur la pla­te­forme ag­nos­tique BST. L’ob­jec­tif est que les tran­sac­tions puissent s’ef­fec­tuer avec une gra­nu­la­ri­té de 10 se­condes. En at­ten­dant d’ob­te­nir des so­lu­tions opé­ra­tion­nelles sur ce sec­teur, EDF a mis au point une blo­ck­chain amé­lio­rant la tra­ça­bi­li­té des ma­té­riaux of­ferts en re­cy­clage (Em­maüs, Crea­tive Val­ley), et in­tro­dui­sant une uni­té de compte, CO2IN, liée aux émis­sions de gaz car­bo­nique évi­tées. Bap­ti­sé Tan­go B, le pro­jet de­vrait éga­le­ment être uti­li­sé par Orange et Ene­dis, en par­te­na­riat avec le site co-re­cy­clage.com

Gilles Gra­vier va en­core plus loin : « Au­jourd’hui tout est cen­tra­li­sé. Il faut ima­gi­ner que de­main, chaque en­ti­té d’un ré­seau IOT — un ro­bot, une voi­ture au­to­nome, un simple cap­teur — ven­dra ses don­nées ou ses ca­pa­ci­tés, achè­te­ra de l’éner­gie, s’oc­cu­pe­ra de sa main­te­nance, re­ver­se­ra une part de ses bé­né­fices à son pro­prié­taire… Une blo­ck­chain dont le mo­dèle reste pro­ba­ble­ment à trou­ver pour­rait être le support de ces mil­liards de tran­sac­tions ».

Tou­te­fois, en de­hors du Bit­coin dont la fia­bi­li­té tend à se dé­mon­trer, « toutes les nou­velles chaînes doivent en­core faire leurs preuves » , rap­pelle Gilles Gra­vier. Mais nul doute qu’il exis­te­ra des so­lu­tions fiables et per­for­mantes dans les pro­chaines an­nées. « Des pans en­tiers de l’éco­no­mie vont se trans­for­mer. La blo­ck­chain pour­rait de­ve­nir l’ou­til d’un monde en pleine ré­vo­lu­tion, celle de la confiance » , es­time Laurent Le­loup. • Sté­phane Dar­get

Le pro­jet Tan­go B D’EDF ex­ploite une blo­ck­chain pour tra­cer une chaîne de re­cy­clage.

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