Le di­gi­tal dis­rupte même les grèves

Dans un monde où nous vi­vons dans un sou­ci per­ma­nent d’op­ti­mi­sa­tion de notre temps, les grèves SNCF ne sont pas les bien­ve­nues. Heu-reu-se-ment il y a la tech­no !

IT for Business - - SOMMAIRE - (*) Mathieu Fle­cher est le pseu­do­nyme d’un DSI bien réel

par Mathieu Fle­cher

3avril 2018. On ar­rête tout, on stoppe tout. Plus de dé­pla­ce­ment, plus de réunions, on arrive en re­tard au tra­vail, on en re­part plus tôt. C’est la grève re­con­duc­tible éche­lon­née à la SNCF. TER, TGV, In­ter­ci­tés… Toute la France est blo­quée. Toute ? Non. Un vil­lage d’ir­ré­duc­tibles Gau­lois fait face et contourne les grèves… grâce à la tech­no­lo­gie. Par­don grâce au « di­gi­tal ».

Der­rière les mau­vaises nou­velles il y tou­jours une bonne nouvelle fi­na­le­ment. Même si cette grève nous pé­na­lise dans nos dé­pla­ce­ments pro­fes­sion­nels, il faut se rendre à l’évi­dence, la di­gi­ta­li­sa­tion de la SNCF fait quand même pas­ser la pi­lule. Il y a quelques an­nées, point d’ap­pli­ca­tions mo­biles. En cas de grève, il se pas­sait quoi ? Un blo­cage des trains. Les­quels ? Im­pos­sible de sa­voir. Il fal­lait se dé­pla­cer à la gare, au mieux ap­pe­ler un nu­mé­ro de té­lé­phone pour connaître les trains main­te­nus, et je suis plu­tôt gen­til sur la fiabilité qu’un tel ser­vice pou­vait of­frir. Je me sou­viens de gares bon­dées, de foules mas­sées de­vant les grands pan­neaux d’af­fi­chage et des grands cris de déses­poir quand les trains pré­vus étaient fi­na­le­ment an­non­cés comme an­nu­lés. C’est du pas­sé tout ça. Place à la SNCF 2.0 – pour de vrai !

Outre l’ap­pli­ca­tion mo­bile SNCF, la re­fonte du site in­ter­net - qui est un vrai bon­heur à l’uti­li­sa­tion - au­to­rise tel­le­ment plus de pos­si­bi­li­tés qu’il y a dix ou quinze ans ! Dé­sor­mais, plus la peine de se dé­pla­cer. La di­gi­ta­li­sa­tion de la SNCF per­met au­jourd’hui de contour­ner de fa­çon as­sez ef­fi­cace les ef­fets né­fastes de la grève, même si celle-ci reste un élé­ment per­tur­ba­teur dans notre train­train quo­ti­dien, que ce soit pour les dé­pla­ce­ments pro­fes­sion­nels ou pour se rendre au tra­vail. On est pré­ve­nu par SMS 24 heures, voire plus, à l’avance de la cir­cu­la­tion ou non du train, on bé­né­fi­cie gé­né­ra­le­ment d’al­ter­na­tives, soit quelques heures avant ou quelques heures après, et le cas échéant les billets sont rem­bour­sés à 100%.

Donc fi­na­le­ment, sans bou­ger de chez soi, on fi­nit par «s’y faire». At­ten­tion, ce n’est pas une gé­né­ra­li­té, mais dans l’en­semble, de­puis deux mois, je cir­cule plu­tôt sans en­combre. De ce fait quelle por­tée a cette grève ? Est-elle vrai­ment ef­fi­cace ? Les che­mi­nots font pres­sion sur un gou­ver­ne­ment en met­tant la pres­sion sur les usa­gers. C’est un peu ce­la la phi­lo­so­phie. Si le gou­ver­ne­ment ne veut pas en­tendre rai­son, les usa­gers la leur fe­ront en­tendre. Donc avec cette di­gi­ta­li­sa­tion, l’im­pact est très net­te­ment ré­duit.

La « vraie grève » en fait serait très pro­ba­ble­ment que les in­for­ma­ti­ciens de la SNCF coupent les ser­vices de l’ap­pli mo­bile, la ré­ser­va­tion et le site web. Là, ce serait vrai­ment une grève 100% ef­fi­cace ! Quand 20% des che­mi­nots se mettent en grève, très pro­ba­ble­ment 20 % des trains ne cir­culent pas. Mais quand un ser­vice in­for­ma­tique est cou­pé, pas de de­mi-mesures : si on ne peut pas ré­ser­ver… c’est 100% du ser­vice qui n’est pas ren­du.

Com­ment s’af­fran­chir alors de cette ab­sence de ser­vice ? Com­ment contour­ner les grèves ? Com­ment s’or­ga­ni­ser son PCA an­ti-grève ? Dé­sor­mais, de nom­breux moyens existent. Le pre­mier évi­dem­ment est de sub­sti­tuer la voi­ture au train pour des dis­tances rai­son­nables, mais les li­mites sont vite là : bouchons, fa­tigue… Le se­cond c’est bien évi­dem­ment, pour des dis­tances plus longues, de rem­pla­cer le fer­ro­viaire par l’aé­rien. Pour au­tant qu’air France ne soit pas lui-même en grève... Ce­la dit, pour l’avion, at­ten­du que la concur­rence existe, il est beau­coup plus fa­cile de trou­ver un moyen de sub­sti­tu­tion. En­fin la « so­lu­tion 2.0 » qui, de­puis quelques an­nées, fait son che­min, ce sont évi­dem­ment les ser­vices de type co­voi­tu­rage : le fa­meux Bla­bla­car, mais aus­si de nom­breux ser­vices pour des tra­jets plus quo­ti­diens, per­mettent aux em­ployés d’une en­tre­prise d’en­re­gis­trer leur tra­jet pour co­voi­tu­rer avec leurs col­lègues ou bien d’autres sa­la­riés d’une en­tre­prise voi­sine. La so­cié­té Ka­ros par exemple four­nit ce type de ser­vice de mise en re­la­tion, mais aus­si La Roue Verte, Klaxit... pour ne ci­ter que ceux que je connais.

Je n’évoque ici que la grève SNCF, mais il en a été de même quand les taxis ont fait grève pour pro­tes­ter contre la concur­rence « dé­loyale » qui leur était faite par les VTC. Qu’ont fait les usa­gers ? Ils se sont tour­nés vers les Uber et autres Chauf­feurs Pri­vés… Même ef­fet fi­na­le­ment qu’avec la grève SNCF. La tech­no­lo­gie a per­mis de contour­ner les grèves.

On le voit, les tech­no­logies et leur évo­lu­tion ont vrai­ment per­mis de pou­voir trou­ver des al­ter­na­tives rai­son­nables. Ici nous sommes sur un vrai cas d’école de ce que la tech­no­lo­gie peut nous ap­por­ter. On le dit à voix basse, mais très vrai­sem­bla­ble­ment la di­gi­ta­li­sa­tion forte des ser­vices SNCF a per­mis de rendre moins dou­lou­reuses les grèves su­bies par les usa­gers, tout en pro­po­sant na­tu­rel­le­ment en pé­riode nor­male des ser­vices in­no­vants. Sans cette di­gi­ta­li­sa­tion in­terne (dans le cas de la SNCF) et des ser­vices pro­po­sés par ses concur­rents (Uber, Bla­bla­car, etc.), cette grève nous pa­raî­trait bien longue et dou­lou­reuse. L’autre élé­ment qui nous amène à ré­flé­chir sur cette si­tua­tion, n’est pas en tant que tel ce qu’ap­porte la tech­no­lo­gie, mais d’un ordre de sur­vie économique : si une so­cié­té ne rend pas le ser­vice que ce soit pour cause de grève ou de mau­vais ser­vice ren­du, la tech­no­lo­gie dite dis­rup­tive vien­dra à un mo­ment don­né bou­le­ver­ser le jeu et pro­po­ser des al­ter­na­tives sé­rieuses, cré­dibles et bien plus ef­fi­caces que le ser­vice ren­du na­ti­ve­ment. Quand j’étais ga­min, on me di­sait tou­jours que la concur­rence de la SNCF, c’était l’avion… quel manque de vi­sion. La plus belle concur­rence vient de là où l’on ne s’y at­ten­dait pas : de la tech­no­lo­gie.

Mathieu Fle­cher, DSI d’une en­tre­prise in­dus­trielle fran­çaise, @Fle­cher­ma­thieu (*)

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