Me­su­rer la va­leur des don­nées

par Ryan Tay­lor

IT for Business - - SOMMAIRE - Ryan Tay­lor,

Les don­nées re­pré­sentent l’un des ac­tifs ma­jeurs de toute en­tre­prise. Mais sont-elles su­jettes à une dé­pré­cia­tion comme tout ac­tif ? Ou bien prennent-elles de la va­leur à l’ins­tar d’une oeuvre d’art ? Aus­si éton­nant que ce­la puisse pa­raître, la ré­ponse est oui aux deux ques­tions.

Pour me­su­rer la va­leur des don­nées, nous pou­vons ap­pli­quer cer­tains prin­cipes éco­no­miques simples. Par exemple, nous sa­vons, d’après les pré­vi­sions dans le sec­teur de l’in­for­ma­tique, que le vo­lume des don­nées nu­mé­riques pro­duites est bien su­pé­rieur à l’es­pace de sto­ckage ache­té.

Pour­quoi cette si­tua­tion ? En termes simples, cer­taines don­nées sont pro­duites, mais non sto­ckées. L’ap­pli­ca­tion d’une simple courbe d’offre et de de­mande (source : IDC Di­gi­tal Uni­verse, Re­code) four­nit une par­tie de l’ex­pli­ca­tion.

La courbe « offre » re­pré­sente la ca­pa­ci­té de sto­ckage. Cette ca­pa­ci­té est dis­po­nible à dif­fé­rents ni­veaux de ta­rifs, mais il existe un seuil mi­ni­mal de prix. La courbe « de­mande » cor­res­pond aux don­nées pro­duites. Ces don­nées créent une de­mande de ca­pa­ci­té de sto­ckage. Elles sont conser­vées tant que leur va­leur reste su­pé­rieure à leur coût de sto­ckage et d’ac­cès. Ce qui peut se tra­duire par l’équa­tion sui­vante :

En clair, la va­leur des don­nées en fonc­tion du temps doit être su­pé­rieure à la somme du coût des in­fra­struc­tures ré­seau, de trai­te­ment et de sto­ckage (Sc), du coût de main­te­nance des don­nées et de l’in­fra­struc­ture (Mc) et du coût d’ac­cès aux don­nées (Ac). Par sou­ci de nor­ma­li­sa­tion entre les en­vi­ron­ne­ments Iaas cloud et non-cloud, toutes les mesures sont cal­cu­lées par uni­té (Go) et par an. Ce coût est lui-même fonc­tion du temps, comme le mesure la du­rée de conser­va­tion des don­nées.

Bien en­ten­du, dans le monde réel, l’équa­tion n’est pas tout à fait aus­si simple. Le coût de sto­ckage et de main­te­nance des don­nées dé­pend de leur du­rée de conser­va­tion obli­ga­toire, de la né­ces­si­té ou non de les pro­té­ger et de les sé­cu­ri­ser, etc. La conser­va­tion des don­nées pré­sente éga­le­ment un risque ac­cru d’at­teinte à leur sé­cu­ri­té ou en­core de perte ou de dé­gra­da­tion dans le temps.

Pro­blème : com­ment dé­fi­nir la va­leur des don­nées ? Il s’agit en fait de la va­leur que cel­les­ci gé­nèrent pour l’en­tre­prise à la suite de leur uti­li­sa­tion ou de leur ana­lyse, d’une ma­nière ou d’une autre. En outre, il existe une cor­ré­la­tion entre le vo­lume des don­nées conser­vées, leur ni­veau d’ac­ces­si­bi­li­té et leur va­leur. Par exemple, une grande quantité de don­nées leur donne plus de va­leur si leur uti­li­sa­tion dé­pend d’une ten­dance his­to­rique, ou si, dans le cadre du ma­chine lear­ning, elle rend les al­go­rithmes d’ap­pren­tis­sage plus per­for­mants.

La zone si­tuée sous la courbe re­pré­sente le vo­lume des don­nées créées, mais non sto­ckées car leur va­leur est ju­gée in­fé­rieure au coût de leur conser­va­tion. Si nous par­tons de l’hy­po­thèse que les uti­li­sa­teurs conser­ve­raient la to­ta­li­té des don­nées nu­mé­riques qu’ils pro­duisent s’ils en avaient la pos­si­bi­li­té, alors l’ob­jec­tif est d’éli­mi­ner cette zone sous la courbe. Dans ce but, il nous faut faire bais­ser le coût de sto­ckage et de main­te­nance des don­nées et/ou aug­men­ter leur va­leur.

Que faire en­suite de cette mesure de la va­leur des don­nées ? En ce qui concerne l’in­fra­struc­ture, je pro­pose de fo­ca­li­ser les so­lu­tions sur l’op­ti­mi­sa­tion de la mesure de va­leur des don­nées, plu­tôt que sur une mesure plus spé­ci­fique à l’in­fra­struc­ture, par exemple le prix au gi­ga­oc­tet, l’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique ou le coût men­suel d’in­ter­con­nexion. Ce­la fa­vo­ri­se­ra l’in­no­va­tion dans les so­lu­tions d’in­fra­struc­ture, dans deux di­rec­tions dis­tinctes : la ré­duc­tion du coût to­tal de pos­ses­sion (TCO), d’une part, et une plus grande fa­ci­li­té d’ac­crois­se­ment de la va­leur des don­nées, d’autre part. Les fonc­tion­na­li­tés en jeu peuvent por­ter sur l’in­dexa­tion et la re­cherche, des in­ter­faces ana­ly­tiques in­té­grées, le trans­fert des don­nées, etc.

Je pense que les en­tre­prises doivent com­men­cer par ap­pli­quer leurs propres cri­tères de mesure afin d’éta­blir la va­leur de leurs don­nées. Tra­di­tion­nel­le­ment, elles ont sur­tout pro­cé­dé ain­si pour pou­voir en me­su­rer l’évo­lu­tion dans le temps, en par­tant du prin­cipe que les don­nées plus an­ciennes ont moins de va­leur car fai­sant l’ob­jet d’ac­cès moins fré­quents. Or ce prin­cipe n’est plus va­lable et la fré­quence d’ac­cès aux don­nées n’est pas le cri­tère le plus per­ti­nent de leur va­leur : mieux vaut prendre en compte le pro­duit de leur ana­lyse. Une ver­sion de cet ar­ticle a été pu­bliée en an­glais dans Net­work World from IDG

Le vo­lume de don­nées pro­duites est su­pé­rieur à l’es­pace de sto­ckage ache­té Va­leur des don­nées (t) ≥ (Sc + Mc + Ac)/go/an × Du­rée de conser­va­tion

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