La voix royale

Jazz Magazine - - ÉDITO -

El­la Fitz­ge­rald ! El­la tout court même, pour les in­times, ces mil­liers, ces mil­lions d’in­times tou­jours aussi amou­reux d’Elle (avec un grand E), cent ans après sa nais­sance, plus de vingt après sa dis­pa­ri­tion – quelle dis­pa­ri­tion ? Comme le dit si bien Pas­cal An­que­til, « ce chant spon­ta­né­ment joyeux gar­da tou­jours quelque chose de lu­mi­neux et d’in­nocent, de confiant et d’in­gé­nu, comme si les mal­heurs et les dou­leurs de l’exis­tence l’avaient à ja­mais épar­gnée ». Un sen­ti­ment for­cé­ment par­ta­gé par tous, et no­tam­ment par notre in­vi­té spé­cial, Da­vid Linx : « La lé­gende bou­geait al­lè­gre­ment sur scène, avec des gestes pré­cis, des ho­che­ments de tête à chaque dé­ci­sion ryth­mique, qui, en y pen­sant après, met­tait tout dans un contexte qua­si po­li­tique, té­moi­gnage jouis­sif de quelque chose qui vient d’un pas­sé loin­tain, voire sombre. Tant de swing, de gé­né­ro­si­té en une seule per­sonne ! » Qu’elle chante telle ou telle mer­veille is­sue du Grand Livre des Chan­sons Amé­ri­caines, qu’elle fasse sienne Can’t Buy Me Love des Beatles ou What’s Going On de Mar­vin Gaye, El­la Fizt­ge­rald in­carne le chant jazz dans toute sa per­fec­tion. Un jour, pas si loin­tain, Frank Té­not m’avait confié que Prince, un peu à la ma­nière de Da­vid Linx, était ve­nu res­pec­tueu­se­ment sa­luer El­la Fitz­ge­rald dans sa loge avant l’un des nom­breux concerts pa­ri­siens de la di­va, au mi­lieu des an­nées 1980. Qu’avait bien pu dire cet homme si ti­mide à cette femme si humble ? Nul ne le sau­ra ja­mais, mais les ima­gi­ner échan­geant à voix basse quelques confi­dences laisse rê­veur... •

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