Jacques Thol­lot

Quand le son de­vient ai­gu, je­ter la gi­rage à la mer

Jazz Magazine - - LE GUIDE - PE­TER CA­TO

Long­temps, ce disque au spleen conta­gieux res­ta in­trou­vable. Pa­ru au dé­but des si aven­tu­reuses an­nées 1970, il ne fut ré­édi­té en CD que deux (longues) dé­cen­nies plus tard. Pro­duit par Gé­rard Ter­ro­nès, qui vient hé­las de nous quit­ter – voi­là pour­quoi, pris d’un pe­tit coup de blues, j’ai res­sor­ti mon vi­nyle d’époque pour le po­ser sur ma pla­tine –, il avait per­mis à un mu­si­cien pas tout à fait comme les autres, en­fant pro­dige et rê­veur pa­ten­té, sorte d’An­toine Doi­nel ré­in­car­né bat­teur, d’en­re­gis­trer qua­torze ins­tru­men­taux en so­lo (de bat­te­rie, mais pas que) ou en duo avec lui-même. Car non content d’ex­cel­ler der­rière les fûts, ce grand Jacques fai­sait sur­gir un flot de mu­sique de moult pia­nos, orgues et cla­viers élec­tro­niques mis en son et en scène par la grâce du re-re­cor­ding. Une mu­sique aux ver­tus oni­riques, douce et sau­vage, osée et ras­su­rante, mé­lo­dique et abs­traite, dé­fi­ni­ti­ve­ment poé­tique, et que l’on clas­se­rait vo­lon­tiers, au­jourd’hui – et pour­quoi pas – dans la ca­té­go­rie elec­tro-jazz, ten­dance “ci­né­ma­tique”. De­puis qua­rante-cinq ans, ce disque me hante. Des titres comme Cé­cile, Qu’ils se fassent un vil­lage ou bien c’est nous qui s’en al­lons, Quiet Days In Prison ou en­core De D.C. par J.T. (of­fert par Don Cher­ry) valent bien, pour moi, les plus belles en al­lées d’un Sun Ra ou les pe­tits bi­be­lots d’in­ven­tion so­nique d’un Fran­çois de Rou­baix. Alors, je­tez si vous vou­lez cette gi­rafe à la mer, mais ne man­quez pas de (re)dé­cou­vrir ce disque, s’il vous plaît. Et n’ou­bliez pas, n’ou­bliez ja­mais que Gé­rard Ter­ro­nès était un sa­cré pro­duc­teur. •

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