James Ja­mer­son

Jazz Magazine - - DOSSIER -

Au car­re­four de la basse, il en est le centre de tri, le poste d’ai­guillage, il a tout in­ven­té. Le nom du bas­siste de Mo­town (il y en eut d’autres) est res­té long­temps in­con­nu, dans l’ombre de Mar­vin Gaye, du jeune Ste­vie Won­der, de Smo­key Ro­bin­son, Dia­na Ross... On le connaît pour ses ara­besques dé­fi­ni­tives dans What’s Going On, pour les anec­dotes qui contri­buent à la lé­gende, les lignes de basse en­re­gis­trées al­lon­gé par­terre, le jeu à un doigt (main droite) pour une émis­sion des notes tou­jours plus har­mo­nieuse, les cordes qu’il ne chan­geait ja­mais (« The dirt keeps the funk »)... L’amour du jazz et de ses lignes de basses – il était éga­le­ment contre­bas­siste – à la fois com­plexes et fonc­tion­nelles (wal­king

bass) a don­né au jeu de Ja­mer­son une ri­chesse in­édite dans la mu­sique po­pu­laire de l’époque. On sort alors avec dif­fi­cul­té de l’axe to­nique/quinte, pôles ab­so­lus de la ras­su­rante sta­bi­li­té har­mo­nique. Ja­mer­son mixe un sens in­ouï de la syn­cope ryth­mique et un flair mé­lo­dique hors-normes, n’hé­si­tant pas à sau­pou­drer le tout de ful­gu­rants chro­ma­tismes, qu’il uti­li­sa comme peu avant et après lui. Le champ es­thé­tique de ses fils spi­ri­tuels (84% des bas­sistes post-an­nées 1960) donne une idée de la ri­chesse de sa pro­po­si­tion mu­si­cale. Il est sans nul doute le chef de gare de la Bass Sta­tion, et pro­ba­ble­ment le plus im­por­tant bas­siste élec­trique de la jeune his­toire de l’ins­tru­ment.

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