Le Jour où Bill Dixon dé­clen­cha la ré­vo­lu­tion

Jazz Magazine - - ÉDITO -

En ce jour jazz, dans un ca­fé du quar­tier étu­diant de Man­hat­tan, le trom­pet­tiste et com­po­si­teur Bill Dixon or­ga­ni­sa un fes­ti­val de quatre jours in­ti­tu­lé The

Oc­to­ber Re­vo­lu­tion in Jazz en ré­fé­rence à une autre ré­vo­lu­tion dont on fê­te­ra le cen­te­naire le mois pro­chain. Le free jazz y ac­quit une cou­ver­ture mé­dia­tique qui lui fai­sait jusque-là dé­faut.

En­core ap­pe­lé “New Thing”, le free jazz reste mal­ve­nu dans les clubs newyor­kais même si, en août, John Col­trane vient de par­rai­ner l’en­trée d’Ar­chie Shepp au ca­ta­logue Im­pulse. Le trom­pet­tiste Bill Dixon, qui par­ta­geait un quar­tette de 1961 à 1963 avec Shepp, n’a pas eu cette chance. Néan­moins, en quête de tra­vail au prin­temps 1964, il dé­couvre, sur la 91ème Rue, à l’ouest de Cen­tral Park et à l’angle de Broad­way, le Cel­lar Ca­fé d’une ca­pa­ci­té de 90 per­sonnes, qui pro­gramme poé­sie, ci­né­ma, folk et jazz. Le pa­tron lui concède une pro­gram­ma­tion le di­manche après-mi­di. Outre son sex­tette, Dixon y fait jouer le quar­tette de Paul Bley (John Gil­more, Ga­ry Pea­cock et Paul Mo­tian), le Sun Ra Sex­tet (où l’on re­trou­vait Gil­more) et le Free Form Im­pro­vi­sa­tio­nal En­semble, quin­tette for­mé par Bur­ton Greene et Alan Sil­va. À l’au­tomne, l’in­té­rêt des étu­diants de la Co­lum­bia Uni­ver­si­ty toute proche in­cite Bill Dixon à y or­ga­ni­ser un fes­ti­val in­ti­tu­lé The Oc­to­ber Re­vo­lu­tion In Jazz et le 1er oc­tobre, on fait la queue sur deux-cents mètres dans l’es­poir d’en­tendre pour 1 $ le trio de Joe Ma­ne­ri, le quar­tette d’Ali Jack­son, le New York Art Quar­tet de John Tchi­cai et Ros­well Rudd, le quin­tette de Paul Bley, Jim­my Giuffre et la mu­sique élec­tro­nique du com­po­si­teur Charles Wit­ten­berg. Les trois jours sui­vants, Giu­seppe Lo­gan, Alan Sil­va, Bill Dixon, Ken McIn­tyre et Sun Ra se suc­cé­dèrent, ain­si que dif­fé­rents dé­bats sur le ra­cisme, l’éco­no­mie du jazz, son dé­clin face à la vogue folk, la place du com­po­si­teur, le re­jet du free jazz par la com­mu­nau­té noire…

Le 15 oc­tobre, The Vil­lage Voice titre « La ré­vo­lu­tion d’oc­tobre conti­nue » et an­nonce la consti­tu­tion de la Jazz Com­po­sers Guild par Ce­cil Tay­lor, Shepp, Sun Ra, Mike Mant­ler, Greene, Rudd, Tchi­cai et Dixon, aux­quels s’ajou­te­ront Alan Sil­va, Paul et Car­la Bley. Tan­dis que les concerts se mul­ti­plient, un se­cond fes­ti­val au Jud­son Hall, du 28 au 31 dé­cembre, sus­cite l’in­té­rêt de Down Beat, du New York Times, de The Na­tion et du New Yor­ker et, dé­but 1965, les concerts de la Guild dé­mé­nagent au Con­tem­po­ra­ry Cen­ter de la cho­ré­graphe Edith Ste­phen, un loft si­tué deux étages au-des­sus du Vil­lage Van­guard, où son or­chestre, le Jazz Com­po­sers Or­ches­tra, ré­pète les oeuvres de ses membres sous la di­rec­tion de Car­la Bley et Mike Mant­ler. Hé­las, les ten­sions sont vives au sein de la Guild où Sun Ra, dans sa grande sa­gesse in­ter­ga­lac­tique, s’of­fusque de l’ad­mis­sion d’une femme, Car­la Bley elle-même. Le dras­tique rè­gle­ment in­té­rieur est l’ob­jet de mul­ti­tudes de cris­pa­tions, no­tam­ment au su­jet du contrat si­gné par Ar­chie Shepp avec Im­pulse. Les que­relles per­son­nelles et idéo­lo­giques tra­versent toute l’avant-garde newyor­kaise, no­tam­ment entre Dixon, le jour­na­liste et poète LeRoi Jones (Ami­ri Ba­ra­ka) par­ti­san du na­tio­na­lisme noir et l’avo­cat blanc Ber­nard Stoll­man qui lance ESP en 1965. Néan­moins, ce la­bel offre une large vi­trine au free jazz qui, bien qu’en ordre dis­per­sé, part à l’as­saut des scènes de Man­hat­tan, du 4MVH T BV 7JMMBHF 7BOHVBSE FU Z HBHOF TFT MFUUSFT EF OPCMFTTF t

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