So­phia Do­man­cich

Coup sur coup, So­phia Do­man­cich sort un al­bum en pia­no so­lo et avec son quin­tette Pen­tacle. Deux al­bums puis­sants. Entre les deux, nos coeurs ba­lancent.

Jazz Magazine - - LE GUIDE - tøFRANCK BER­GE­ROT Sans Bruit / Band­camp

D’em­blée, dans “So” [CHOC] – pour So­lo et pour So­phia – la pia­niste pèse ses “mots”, don­nant à chaque note et à chaque du­rée son poids exact. Ain­si qu’à chaque si­lence, à l’écoute de ce qui ré­sonne en­core sur les cordes et dans leurs har­mo­niques comme pour se faire dic­ter ce qui va ve­nir. Beau­coup d’es­pace donc, même lors­qu’elle charge l’har­mo­nie. Elle oc­cupe tout le cla­vier des graves à l’ai­gu, les mains sou­vent très écar­tées, dans le res­pon­so­rial (la gauche comme en écho à la droite), dans le contre­point, ou dans l’ho­mo­pho­nie sur des voi­cings ico­no­clastes qui donnent sou­dain corps à cette théo­rie har­mo­lo­dique d’Or­nette Co­le­man, qui nous a sou­vent fait sou­rire. D’Or­nette à Paul Bley… On ne peut pas ne pas pen­ser à ce der­nier, mais on ne sau­rait ré­duire à son in­fluence cette mu­sique fol­le­ment libre et in­ter­ro­ga­tive, voire dou­lou­reuse mais qui s’in­ter­dit le lar­moie­ment que pour­raient an­non­cer l’ori­gi­nal Pool of Tears comme le fa­meux “re­quiem” de John Le­wis, Djan­go. Telle est aus­si la marche fu­nèbre écrite par Jür­gen Knie­per pour L’Etat des choses de Wim Wen­ders dans la­quelle s’éva­nouit la cam­brure du fla­men­co de Pi­na, évo­quée en dé­but de plage par l’éner­gie ryth­mique sou­daine d’abs­traites pal­mas pia­nis­tiques. Il y a dans tout ce­la un sens du drame com­mun au disque live de Pen­tacle “En Hi­ver comme au Prin­temps” [CHOC] à l’ex­pres­sion moins sombre, aux rythmes moins abs­traits. La par­tie en trio d’En El Bar­rio de Tria­na m’évoque les mo­ments les plus fous du Se­cond Quin­tette de Miles. Mais comme si To­ny Williams par­ta­geait ses ba­guettes avec Paul Mo­tian : elles sont en fait te­nues par Si­mon Gou­bert, Sé­bas­tien Bois­seau étant à la contre­basse, Jean-Luc Cap­poz­zo à la trom­pette et Mi­chel Marre à l’eu­pho­nium. Ils se jettent tous à corps per­dus, les oreilles grandes ou­vertes, sur ces par­ti­tions aux contours ja­mais at­ten­dus. Et c’est cette fois Car­la Bley qui vient à l’es­prit, des an­gu­la­tions d’En El Bar­rio de Tria­na (on pense à Ic­tus) à cet es­prit d’or­phéon qui a fait com­pa­rer Car­la Bley à Kurt Weill. Ce que cette der­nière re­jette mais qui nous ra­mène à ce sens du drame oni­rique com­mun à nos deux dames.

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