Eso­te­ric Re­cor­dings

Ce la­bel an­glais spé­cia­li­sé dans les ré­édi­tions de rock pro­gres­sif s’aven­ture ré­gu­liè­re­ment en terres jazz et jazz­rock. La preuve avec The Flock, le pre­mier groupe de Jer­ry Good­man, et “Where For­tune Smiles”, fea­tu­ring John Sur­man et John McLaugh­lin.

Jazz Magazine - - LE GUIDE - PE­TER CATO Eso­te­ric Re­cor­dings / Cher­ry Red

Entre la fin des an­nées 1960 et le dé­but de la dé­cen­nie sui­vante, les lignes bou­geaient entre le jazz et le rock. Si le brouet de bitches touillé par Miles Da­vis à l’été 1969 sort du lot (“Bitches Brew” poin­ta des di­rec­tions in mu­sic des plus in­ouïes), des groupes de rock-mais-pas-que-de-rock comme Chi­ca­go, Blood, Sweat & Tears ou Soft Ma­chine ont leur im­por­tance. D’autres aus­si, certes moins connus, comme The Flock, si­gnés par Co­lum­bia à la même époque et pro­duits par John McC­lure, connu pour son tra­vail avec Dave Bru­beck, Leo­nard Bern­stein et Igor Stra­vins­ky (ex­cu­sez du peu). “Truth The Co­lum­bia Re­cor­dings 1969-1970” [----] réunit leurs deux al­bums et pro­pose une mu­sique dé­bri­dée, loin des standards pop, proche de celle de Chi­ca­go et qui ba­lance entre éner­gie rock et di­gres­sions jazz – les cuivres sont om­ni­pré­sents et bouillon­nants, sur­tout dans le deuxième al­bum, “Di­no­saur Swamp”. Leur so­liste ve­dette ? Le vio­lo­niste Jer­ry Good­man, qui ap­porte sa touche ly­rique in­can­des­cente et ne tar­de­ra pas à re­joindre le Ma­ha­vi­sh­nu Or­ches­tra de John McLaugh­lin. En­re­gis­tré en mai 1970 à New York par de pres­ti­gieux ex­pa­triés – l’Al­le­mand Karl Ber­ger et les trois An­glais John McLaugh­lin, John Sur­man et Dave Hol­land –, “Where For­tune Smiles” [----] est un clas­sique mi­neur ou­blié. Leur jazz convul­sif et li­ber­taire peut aus­si être se­rein et mé­lo­dique. Les deux duos, Ear­th­bounds Hearts (Sur­man au saxo­phone ba­ry­ton, McLaugh­lin à la gui­tare, dont la mé­lo­die a des faux airs de Fol­low My Heart, l’un des joyaux d’“Ex­tra­po­la­tion”, le pre­mier disque de McLaugh­lin) et le mor­ceau-titre (McLaugh­lin avec Ber­ger au vi­bra­phone) contrastent avan­ta­geu­se­ment avec les trois autres mor­ceaux, puis­sants et en­ga­gés (New Place, Old Place), por­tés par la contre­basse souple et pré­cise de Hol­land et la bat­te­rie sa­vam­ment agres­sive de Mar­tin (Hope). Men­tion à Sur­man et McLaugh­lin, vi­si­ble­ment heu­reux de re­tra­vailler en­semble loin de leur pays na­tal. Le plus éton­nant dans cette his­toire ? Que John McLaugh­lin joue à ce point sans garde-fou, si peu de temps avant sa grande aven­ture avec le Ma­ha­vi­sh­nu Or­ches­tra.

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