Tim Berne’s Sna­keoil

In­ci­den­tals

Jazz Magazine - - LE GUIDE - THIER­RY-PAUL BENIZEAU

1 CD ECM / Universal

NOU­VEAU­TÉ. Avec “In­ci­den­tals”, qu’on pour­rait tra­duire par im­pré­vus ou in­ci­dences, Tim Berne et Sna­keoil ins­tallent dès la pre­mière plage les cli­mats chan­geants d’une mu­sique si­nueuse et la­by­rin­thique, es­sen­tiel­le­ment to­nale et qui n’a rien d’aléa­toire, quand bien même elle laisse une large part à l’im­pro­vi­sa­tion. Conni­vence im­pli­cite entre mu­si­ciens ins­pi­rés : les idées cir­culent et s’échangent dans les thèmes – tous si­gnés Tim Berne – qui sont suc­ces­si­ve­ment dé­ve­lop­pés, trans­for­més, dé­cons­truits et ré­in­ven­tés, en une sorte de mor­phing so­nore (Stin­gray Shuffle, In­ci­den­tal Contact). Si­de­show, sans doute la pièce la plus am­bi­tieuse de l’al­bum, se dé­ploie à par­tir d’un mo­tif fu­gué amor­cé par le pia­no de Matt Mit­chell, les contre­points de gui­tare sa­tu­rée et de saxo­phone (Ryan Fer­rei­ra, Tim Berne) se fondent en­suite dans des nappes so­nores agi­tées par les dé­chai­ne­ments ryth­miques des per­cus­sions (Ches Smith) et les ar­pèges su­per­so­niques de la cla­ri­nette basse (Os­car No­rie­ga). Ten­sion et dé­tente al­ternent de fa­çon cy­clique dans cette pièce aux ré­mi­nis­cences tay­lo­riennes (on se sou­vient alors d’ “Unit Struc­tures”). “In­ci­den­tals” s’ins­crit comme une oeuvre pa­ra­doxale : une mu­sique puis­sante, aux so­no­ri­tés ru­gueuses et fra­giles à la fois, une li­ber­té sous contrôle, d’où jaillissent une in­ven­tion sans li­mite, et un for­mi­dable ly­risme. Une reus­site Tim Berne (as), Os­car No­rie­ga (cl, bcl), Ryan Fer­rei­ra (elg), Matt Mit­chell (p, elec), Ches Smith (dm, perc, timb). New York, Club­house stu­dio, dé­cembre 2014

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