Soul

Tan­dis qu’on ré­édite un tré­sor ou­blié de la soul­wo­man Alice Clark et le pre­mier al­bum de D’An­ge­lo, Dee Dee Brid­ge­wa­ter re­vient à ses pre­mières amours avec “Mem­phis... Yes I’m Rea­dy”.

Jazz Magazine - - LE GUIDE - PE­TER CATO

De­puis son pre­mier al­bum, le coeur de Dee Dee Bridg­wa­ter a tou­jours ba­lan­cé entre les mu­siques qui ont fait d’elle la chan­teuse qu’elle est au­jourd’hui : une au­then­tique jazz­wo­man qui peut se per­mettre tout ce qu’elle veut, et no­tam­ment d’en­re­gis­trer un disque en forme de re­tour aux sources, en évi­tant l’écueil de la nos­tal­gie. Ain­si l’on peut je­ter un oeil dans le ré­tro­vi­seur sans son­ner obli­ga­toi­re­ment ré­tro, et “Mem­phis... Yes I’m Rea­dy” (1) [CHOC] en est la preuve écla­tante. En­re­gis­tré sur place, à Mem­phis, Ten­nes­see, sa ville na­tale, la ci­ta­delle éter­nelle de toutes les Grandes Mu­siques Noires, cet al­bum sans faille vibre du bon­heur re­trou­vé de chan­ter les chan­sons qui ont mar­qué la jeu­nesse d’une in­ter­prète qui, est-il be­soin de le rap­pe­ler, s’était ré­vé­lée au grand pu­blic en en­re­gis­trant en duo avec le prea­cher/pê­cheur ori­gi­nel, The Ge­nius, Ray Charles ? Gi­ving Up (que par ailleurs on aime tant chan­té par Don­ny Ha­th­way), I Can’t Get Next To You (re­mem­ber The Temp­ta­tions ou, plus “Mem­phis” en­core, Al Green), I Can’t Stand The Rain (mer­veille créée par Ann Peebles), Try A Lit­tle Ten­der­ness (Otis Red­ding), The Th­rill Is Gone (pour B.B. King, parce que le blues et la soul sont in­dis­so­ciables), Hound Dog (El­vis en­ca­naillé, on adore)... : sur un ré­per­toire en or mas­sif et quelques pé­pites de der­rière les fa­gots (B.A.B.Y.), Dee Dee s’offre une cure de jou­vence, chante et en­chante comme si le temps n’avait pas de prise sur ses cordes vo­cales. Ju­bi­la­tion ? Émo­tion aus­si, via le (Take My Hand) Pre­cious Lord fi­nal.

Le seul et unique al­bum (épo­nyme) d’Alice Clark est un au­then­tique tré­sor ou­blié, voire un mys­tère. Ex­cel­lence de la pro­duc­tion, des ar­ran­ge­ments (si­gnés Er­nie Wil­kins), des mu­si­ciens (in­con­nus, même si l’on ju­re­rait que Chuck Rai­ney est à la basse et Ber­nard Pur­die est der­rière les fûts), qua­li­té du song­wri­ting (Don’t You Care et Ne­ver Did I Stop Lo­ving You sont deux ins­tants clas­sics)... : com­ment un en­semble d’une telle qua­li­té, sans par­ler de l’in­ter­prète elle-même, qui ar­rive à s’éman­ci­per sans pour au­tant rompre les amarres avec ses grandes soeurs (Are­tha Frank­lin ou Ro­ber­ta Flack, pour n’en ci­ter que deux), a-t-il pu pas­ser à tra­vers les mailles du fi­let ? Il n’est ja­mais trop tard : ache­tez ce disque.

Vingt-deux ans après “Brown Su­gar” (3), D’An­ge­lo n’a hé­las que trois al­bums stu­dio au comp­teur. C’est peu pour un ar­tiste de sa sta­ture. Ce­la dit, ils ont le mé­rite d’être aus­si dif­fé­rents que com­plé­men­taires. Avec cet opus inau­gu­ral, il im­po­sait d’em­blée une es­thé­tique nou­velle, an­crée dans l’his­toire (les âmes com­bi­nées de Mar­vin Gaye et d’Al Green sem­blaient s’être lo­vées au­tour de ses cordes vo­cales) et tour­née vers le fu­tur, via des grooves et une ma­nière de gouaille hé­ri­tés du hi­phop. Outre des clas­siques qui font tou­jours fris­son­ner ses fans sur scène (Brown Su­gar, Me And Those Drea­min’ Of Mine, La­dy...), on no­te­ra la pré­sence de Lar­ry Gre­na­dier, Will Lee et Gene Lake. Et aus­si, dans le se­cond CD bo­nus de cette édi­tion De­luxe, des ver­sions re­mixes plus sou­vent ex­ci­tantes que mé­ca­niques.

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