Re­né Ur­tre­ger & Agnès De­sarthe Pre­mier ren­dez-vous

Re­né Ur­tre­ger a in­vi­té sa bio­graphe Agnès De­sarthe à un “pre­mier ren­dez-vous” pho­no­gra­phique. Notre en­voyé spé­cial était au stu­dio Sex­tan pour as­sis­ter à la mé­ta­mor­phose réus­sie de la ro­man­cière en “chan­teuse de jazz ”.

Jazz Magazine - - LE GUIDE - PAS­CAL AN­QUE­TIL

Troi­sième jour d’en­re­gis­tre­ment à Ma­la­koff. C’est la pause dé­jeu­ner au stu­dio Sex­tan di­ri­gé par Vincent Ma­hey, ins­ti­ga­teur et in­gé­nieur du son de la séance. Re­né Ur­tre­ger, en­joué et dé­ten­du, de­mande le si­lence à toute la com­pa­gnie : « J’ai une dé­cla­ra­tion à faire : Je suis heu­reux. » Cette af­fir­ma­tion de bon­heur ra­dieux, plein et se­rein s’ex­plique d’abord par la qua­li­té de la re­la­tion ami­cale qui unit le pia­niste à l’écri­vaine de­puis l’écri­ture du livre Le roi Re­né. Mais aus­si par le sen­ti­ment de cer­ti­tude de la réus­site de la séance, loin d’être as­su­rée au dé­part. Le pre­mier jour, les mu­si­ciens in­vi­tés (Si­mon Gou­bert, Pierre Bous­sa­guet, Gé­ral­dine Laurent et Alexis Lo­gra­da) mar­chaient sur des oeufs, ne sa­chant où al­lait les conduire cette aven­ture ha­sar­deuse avec Re­né et sa bio­graphe dans le rôle, tout nou­veau pour elle, de chan­teuse et ré­ci­tante. « La joie de Re­né, dit Agnès De­sarthe, vient du fait que cet en­re­gis­tre­ment s’est dé­rou­lé comme une sorte d’uto­pie réa­li­sée. Ce n’était pas évident de ras­sem­bler ces mu­si­ciens qui sont tous des lea­ders et évo­luent dans des mondes dif­fé­rents les uns des autres et réus­sir, dans un cli­mat de confiance et de bien­veillance ré­ci­proques, une telle mayon­naise.”

La mu­sique et les mots “Pre­mier Ren­dez-Vous” s’af­firme au­jourd’hui comme le com­plé­ment mu­si­cal du dia­logue qu’avaient en­ga­gé le pia­niste et la ro­man­cière pour le livre, mais aus­si l’abou­tis­se­ment d’un pro­jet qui a pris six mois de pré­pa­ra­tion. « Un tra­vail à trois, entre Agnès, Re­né et moi, cha­cun avec ses com­pé­tences », pré­cise Vincent Ma­hey. J’avais de­puis

long­temps en­vie de faire un disque avec Re­né, que j’ad­mire. En juillet 2015, alors que j’étais di­rec­teur du fes­ti­val de jazz de Vannes, j’ai pro­fi­té de l’oc­ca­sion pour en faire l’in­vi­té d’hon­neur. C’est ain­si que j’ai ap­pris à ap­pri­voi­ser et ai­mer l’homme. J’ai ga­gné sa confiance, suf­fi­sam­ment pour l’em­me­ner dans cette aven­ture pho­no­gra­phique ris­quée sur des ter­rains qui ne lui étaient pas fa­mi­liers. Le pres­sen­tant dans une ou­ver­ture to­tale, mon rôle a été de le pous­ser avec di­plo­ma­tie dans ses re­tran­che­ments et grâce à des stra­té­gies douces de dé­sta­bi­li­sa­tion à bous­cu­ler ses ha­bi­tudes de jeu. » Il n’est que d’écou­ter ses trois so­los sé­lec­tion­nés dans le disque, prin­ci­pa­le­ment Eve­ry­thing Hap­pens to Me, pour se convaincre que ja­mais “le roi Re­né” n’a joué avec au­tant de li­ber­té ai­lée, de lâ­cher-prise et de sens de l’épure pour al­ler, sans fio­ri­tures, à l’es­sen­tiel. « C’est la pré­sence d’Agnès, confie le pia­niste, qui m’a don­né l’au­dace de dé­ve­lop­per pour la pre­mière fois des fa­cettes plus in­times de moi-même. »

Ce sont aus­si sa confiance et son in­sis­tance qui ont su vaincre les ré­sis­tances de sa com­plice à en­dos­ser les ha­bits neufs de “chan­teuse de jazz”. « Je lui ai of­fert les mots, écrit-elle à la fin de sa bio­gra­phie, il m’a of­fert la mu­sique. Je l’ai ac­cueilli dans un livre, il m’a ac­cueillie sur scène », un soir au Duc des Lom­bards. Et au­jourd’hui sur un disque. « Avec Agnès, j’ai sen­ti qu’il y avait un fi­lon à ex­ploi­ter. C’est une vraie chan­teuse qui chante avec beau­coup de fee­ling et de jus­tesse, avec un art de la dic­tion très na­tu­rel. Elle en­tend tout. Et ça, les mu­si­ciens le com­prennent tout de suite. » Et Agnès De­sarthe d’ajou­ter en s’ex­cu­sant presque : « Je chante comme un écri­vain, c’est à dire que je ra­conte des his­toires et que je ré­flé­chis très in­ten­sé­ment à ce que disent les pa­roles. » Pour preuve, sa ver­sion de Body And Soul qu’elle in­ter­prète de ma­nière très dé­pouillée avec une es­pèce de las­si­tude ré­si­gnée qui colle par­fai­te­ment au texte du stan­dard de John­ny Green. « Re­né an­ti­ci­pait mes er­reurs et com­pre­nait avec une se­conde d’avance ce que j’al­lais bien faire, ou mal faire. Et d’une bê­tise, il en fai­sait tou­jours un or­ne­ment. De la mu­sique ! » Et Vincent Ma­hey de conclure : « Tout au long de l’en­re­gis­tre­ment, leur en­tente m’a scot­ché. » Nous aus­si

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